Géa et ses livres 


Légende

 Exposition à la Bibliothèque cantonale et universitaire
Palais de Rumine – Lausanne
du 17 mai au 29 septembre 2002

           

Catalogue rédigé par Silvio Corsini (BCU) avec le concours d’Antoine Baudin (Université de Lausanne), concepteur de l’exposition consacrée à Géa Augsbourg présentée au Musée historique de Lausanne.

Présentation de l'exposition

Vitrines:

Vies en images
Au fil du texte
Une terre et ses gens
USA, Cévennes & Cie
Dessins et L'Exode
Un peu de tout 

 

Présentation de l'exposition

En complément à l’exposition Géa Augsbourg : la vie au bout du crayon visible au Musée historique, à la Cité, Géa et ses livres propose un voyage à travers un choix d’ouvrages dessinés ou illustrés par cet artiste cher au cœur du public romand et plus particulièrement vaudois. Associé en premier lieu à la création d’une imagerie régionale forte et pittoresque à la fois, centrée sur les valeurs terriennes et artisanales, sur la vigne, le vin… et les buveurs, le parcours de Géa procède d’un cheminement moins ethnocentrique qu’on le croit trop souvent, fait de rencontres, de voyages, de remises en question aussi. Sa carrière parisienne, où il vit essentiellement des dessins qu’il fournit à divers organes de presse, de la fin des années vingt jusqu'au début des années cinquante, est mal connue en Suisse romande. Géa Augsbourg rencontre alors nombre d’auteurs et d’artistes, ainsi que des éditeurs comme Roberto Corrêa où Guy Lévis-Mano. Il collabore avec des figures littéraires romandes de premier plan, Charles-Albert Cingria, Paul Budry, ou encore C.-F. Ramuz, dont il illustre plusieurs textes. Les ouvrages exposés proviennent, à une exception près, des collections patrimoniales de la BCU. Divers documents originaux (dessins préparatoires, maquettes d’ouvrages jamais publiés, etc.) mis à disposition par l’Association des amis de Géa Augsbourg complètent ce tour d’horizon.

Vitrines

 

Vies en images

Dès 1933, Géa travaille à des biographies imagées de personnages célèbres. Ces " vies en images " sont pour beaucoup dans la notoriété qu’il acquiert alors dans les milieux artistiques parisiens. Non sans relation, dans l’esprit, avec les expériences de Géa dans le domaine du dessin animé, elles renouvellent le modèle traditionnel des "vies exemplaires". La narration s’y développe essentiellement par l’image, selon un découpage rythmé où alternent dessins descriptifs et elliptiques de diverse nature : scène complexe réunissant sur un même plan personnages et événements, gros plan sur une figure ou une situation anecdotique, animations à partir d’un élément précis saisi dans différentes situations (par exemple la présentation des mains). Outre de nombreuses "vies en image" sommaires publiées dans la presse, c’est surtout dans les albums que Géa déploie tout le potentiel narratif et expressif du genre. Sa particularité, par rapport aux nombreux recueils de dessins satiriques du temps, est d’éviter le piège de la caricature : "Son souci essentiel est de choisir dans la réalité quelques éléments fortement caractérisés et de les douer d’une vie très puissante et synthétique" (Georges Charensol). Après le musicien Darius Milhaud (1935), c’est le chef d’orchestre Willem Mengelberg (1936) puis le danseur Serge Lifar (1937) qui retiennent l’attention du dessinateur. La série se termine en 1943 par Ernest Ansermet. La vie en image du général Guisan (1939) occupe une place particulière, où l’on sent Géa moins libre de ses mouvements : elle prend place dans le contexte spécifique de la mobilisation générale et de l’hagiographie naissante du Général.

1. La vie de Darius Milhaud en images, dessinées par Géa Augsbourg, accompagnées d'un poème de Jean Cocteau (Paris, Corrêa, 1935)
NEDB 3980

Rencontré probablement par l’entremise d’Arthur Honegger (co-auteur avec Géa de projets de dessins animés jamais concrétisés), Darius Milhaud est la première personnalité à laquelle Géa ait appliqué la formule des vies dessinées qui fera son succès, formule "nouvelle et fort heureusement accordée à une époque où l’image est reine et où la hâte nuit à l’us de la lecture" (Le Radio, 28 juillet 1933).
L’ouvrage, paru en 1935, est le fruit d’un long processus : reportages auprès du musicien, à Paris et à Aix, centaines de dessins, organisés souvent en séquences, etc. Son tirage confidentiel (155 exemplaires) l’a rendu rarissime.

2. " Au temps des 6 " Planche tirée de La vie de Darius Milhaud en images

Aux côtés de Germaine Tailleferre, on reconnaît Poulenc (de profil), Honegger, Milhaud (avec canne) et Auric. Le photographe n’est autre que Jean Cocteau.

3. "Jeanne Bathori chante Alissa" Planche tirée de La vie de Darius Milhaud en images

Cette pièce musicale est basée sur des extraits de La Porte étroite, d’André Gide, qui apparaît en médaillon. Jane Bathori, douée d’une musicalité rare et d’une curiosité insatiable, a repris la direction du Théâtre du Vieux-Colombier au départ de Jacques Copeau pour l’Amérique, en 1918. Elle s’est entourée de jeunes compositeurs, qu’elle a fait connaître à un public composé surtout d’étudiants.  

4. "Une rencontre décisive" Planches tirées de La vie de Darius Milhaud en images

Cette scène en deux temps est représentative des techniques de montage utilisées, proches de celles du dessin animé.

5. Mengelberg : sa vie en images, préface de M. G. Arntzenius (Amsterdam et Paris, 1936)
Prêt du Musée cantonal des beaux-arts

C’est probablement par la peintre Mena Loopuyt, épousée en 1934, que Géa Augsbourg rencontra Willem Mengelberg, alors directeur du prestigieux Concertgebouw d’Amster-dam. Commencé en Hollande, le travail se poursuivit jusqu’en 1936 aux Grisons, dans le nid d’aigle du maître. Dans cette "vie", plus que la carrière elle-même, c’est surtout la gestuelle du chef ainsi que sa maison du Val Zuort qui ont retenu l’attention de Géa.

6. La vie en images de Serge Lifar, maître de ballet, premier danseur du Théâtre national de l'Opéra, par Georges Augsbourg (Paris, Corrêa, 1937)
NB 897

Cette "vie" est sans conteste celle qui a le plus contribué au succès du genre. L’album a été tiré à 500 exemplaires. Serge Lifar, alors au faîte de sa gloire, est l’objet d’une médiatisation où percent des enjeux politiques qui vont du Front populaire aux cercles les plus conservateurs. Les premiers dessins ont été publiés dans La semaine à Paris en 1936. "Je me suis rendu compte que le travail individuel de Lifar, c’est l’aspect technique, mécanique de son art. Il me fallait bien en tenir compte comme d’une armure. Mais ce qui importe le plus, c’est Lifar animant un cadre quel qu’il soit, l’animant par la danse" (cité par André Ulmann, dans Vendredi, 13 mai 1938).

Images (178 Ko)

7. Planches extraites de La vie en images de Serge Lifar (reproductions)

8. La vie en images du Général Guisan, dessinée par le caporal Géa Augsbourg, préface du colonel Henry Vallotton (Lausanne, Payot, 1939)
NB 1291

Mobilisé, Géa ne perd pas ses habitudes : " e crois qu’il est militaire, mais puisqu’il est tout le temps en train de dessiner, je n’en suis pas certaine" (Madeleine Masson). La vie en images du Général Guisan témoigne de cette activité, sans qu’on puisse dire si elle procède d’une commande officielle ou d’une initiative personnelle. Quoi qu’il en soit, la présentation hagiographique du général est exempte de toute déformation visuelle. Tout au plus peut-on sentir poindre, dans une planche comme celle intitulée "Promenade matinale", une certaine ironie, d’autant plus nette si on la rapproche de celle dessinée pour la vie de Serge Lifar, sa quasi jumelle…

9. Ernest Ansermet et l'Orchestre de la Suisse romande, une vie en images dessinée par Géa Augsbourg, commentée par Paul Budry, suivie d'une note d’Ernest Ansermet sur Le geste du chef d'orchestre et de 84 portraits des membres de l'O.S.R. (Lausanne, L'Abbaye du livre, 1943)
CB 85

Publiée pour le 60e anniversaire du musicien, cette "vie" diffère sensiblement des précédentes. La partie biographique intégre des dessins de formats divers au commentaire de Budry, qui commande l’itinéraire. Tiré à 1000 exemplaires, ce livre a connu un succès considérable, notamment au sein du public romand. Ici, sous le titre "Les Cahiers vaudois à Grandvaux", on reconnaît Edmond Gilliard (de dos), Stravinsky, Ansermet, Ramuz et Paul Budry (avec la pipe).

10. Dessins pour Ernest Ansermet  (encre)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

11. Ernest Ansermet, une vie en images dessinée par Géa Augsbourg, commentée par Paul Budry et Romain Goldron (Neuchâtel,Delachaux et Niestlé, 1965)
RAB 1183

Réédition de l’album paru en 1943. Elle présente de nombreuses différences avec l’édition originale.

12. Maquette intermédiaire pour la couverture de la réédition d’Ernest Ansermet  en 1965
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

13. " Le geste du chef d’orchestre " (reproductions)

Les 22 dessins en pleine page qui mettent en images "Le geste du chef d’orchestre" permettent à Géa de retrouver une plus grande liberté par rapport à ceux qui illustrent la partie biographique. Le trait et sa trajectoire sont adaptés à la silhouette longiligne d’Ansermet.

Images (107 Ko)

14. Planche pour Ernest Ansermet (reproduction) "Rio – Sao Paolo…

Les locomotives brésiliennes sont des pipes sans couvercles qui, par la sécheresse, fichent joyeusement le feu partout. Un jour c’est au train des ballets. On stoppe en pleine forêt vierge pour voir flamber les wagons des décors […]". Au premier plan on reconnaît Picasso, Ansermet et Stravinsky occupés à repeindre les décors.  

Image (70Ko)

Au fil du texte

Au cours de ses nombreux séjours à l’étranger, en particulier à Paris, Géa s’est plu à fréquenter, plus que les coteries de peintres, les milieux littéraires. On le voit dès 1927, se mêler aux écrivains qui gravitent autour de Max Jacob, qui lui permettent de faire la connaissance d’éditeurs comme Roberto Corrêa ou Guy Lévis-Mano.

Sa première tentative parisienne connue dans le domaine de l’illustration, une planche pour La visite du domaine, de Jean Follain, sort des presses expérimentales de Guy Lévis-Mano, à Paris, en 1935. Suivent chez le même éditeur, en 1936, les 80 comptines pour enfants sinistres de Fernand Marc, ornées de dix dessins. Les auteurs romands prennent ensuite le relais : C.-F. Ramuz, Paul Budry, C.-A Cingria, Maurice Zermatten, etc.).

Mis à part le conte intitulé La Fée des neiges, paru en 1937 aux Editions Alpic, à Lausanne, qui constitue un des rares essais dans le domaine de l’illustration polychrome, la carrière d’illustrateur de Géa se décline essentiellement en noir et blanc, dans un style qui n’est pas sans rappeler Cocteau ou Picasso, qu’il a d’ailleurs le privilège de côtoyer.

Une place particulière a été faite dans cette section à la personne de Charles-Albert Cingria, avec lequel Géa Augsbourg devait nouer une longue amitié. Leurs deux noms sont associés à plusieurs entreprises, des Petites feuilles publiées par la Chambre-Haute siégeant à l’Auberge de l’Onde, à Saint-Saphorin (avec la complicité de Paul Budry) au Journal de la Maison Charles Veillon, dont Géa fut le créateur et qui accueillit de nombreux textes de Cingria. En 1955, peu après la disparition du poète, Géa lui consacra un album qui reste l’un des ouvrages les plus réussis qu’il ait produit.

15. Paul Budry, Trois hommes dans une Talbot : avec Henry Bischoff et C.-F. Ramuz à la recherche de la France (Lausanne, Payot & Cie, 1928)
1M 8015 B

Cette couverture en couleurs constitue la première apparition de Géa en tant qu’illustrateur d’un ouvrage littéraire. Elle renvoie, par son esthétique inspirée du purisme, à l’influence de Georges Aubert, ancien condisciple de Le Corbusier, son professeur à l’Ecole cantonale de dessin. Géa signe encore G. A.

Image (44 Ko)

16. Jean Follain, La visite du domaine, avec un dessin de Géa Augsbourg (Paris, GLM, 1935)
NEDB 4585

Au début des années trente, Géa Augsbourg se lia d’amitié avec deux poètes qui fréquentaient la Maison des Artistes de La Sarraz, le Bruxellois Pierre-Louis Flouquet et Jean Follain, qui lui donna l’occasion d’inaugurer sa carrière parisienne d’illustrateur. La visite du domaine a été tirée sur les presses expérimentales de Guy Lévis-Mano à 70 exemplaires seulement.

17. Fernand Marc, 80 comptines pour enfants sinistres, avec dix dessins de Géa Augsbourg (Paris, GLM, 1936)
NEDA 12953

Les 80 comptines constituent un ouvrage à part dans la production de Géa Augsbourg. Les figures, très simples, sont traitées sur un mode distant, ironique, en adéquation avec les jeux langagiers pseudo enfantins de l’auteur, connu sans doute par l’entremise de Jean Follain ou de Guy Lévis-Mano. Ce livre a été tiré à 350 exemplaires.

Images (47 Ko)

18. Pages extraites des 80 comptines pour enfants sinistres de Fernand Marc (reproductions)

19. C.-F. Ramuz, Le garçon savoyard (Lausanne, La Guilde du livre, 1936)
TVA 25038

Si Ramuz ne s’est pas prononcé sur le talent de Géa, il lui a confilé, au faîte de sa gloire parisienne, l’illustration de plusieurs textes, parmi lesquels Le garçon savoyard, paru à Paris dans la revue Vendredi, organe du Front populaire. L’édition publiée à Lausanne la même année par Albert Mermoud à l’enseigne de la Guilde du livre ne reprend qu’une partie des images réalisées pour Vendredi. Dans ce travail remarquable, sites et personnages s’unissent au texte dans un laconisme rigoureux conforme à l’écriture et à l’esprit de la tragédie ramuzienne.

Images (115 Ko)

20. Planches extraites du Garçon savoyard, de Ramuz (reproductions)

21. Charles-Albert Cingria, Le camp de César, lithographies de Géa Augsbourg (Lausanne, Au Lys rouge, 1936)
1NE 9348

22. Gaston Bonheur, La fée des neiges, dessins de Géa Augsbourg (Lausanne, Alpic, 1937)
TVB 11345

Ce livre insolite, tant par la forme que par son contenu, se relie aux expériences parisiennes de Géa. L’auteur, Gaston Bonheur, poète et romancier, est un journaliste en vue à Paris (il deviendra rédacteur à Paris-Match). L’ouvrage met en scène une fée aux prises avec les rigueurs du rude hiver montagnard helvétique.

Tiré à 650 exemplaires, il constitue également le support d’une campagne publicitaire pour une ligne de vêtements baptisée "Schwyzerli", proposée par Fred Picard.

23. Maurice Zermatten, Les solitudes amères (Fribourg, LUF, 1942)
NA 9588

Géa a probablement rencontré Zermatten avant guerre sur le tournage de L’or dans la montagne, où l’écrivain œuvrait en qualité de conseiller délégué par C.-F. Ramuz. Les huit dessins au crayon lithographique pour Les solitudes amères se distinguent par leur caractère monumental, presque brutal.

24. Paul Budry et Géa Augsbourg, Bêtes de mon coeur (Lausanne, Imprimerie Ruckstuhl, 1946)
1NED 1309

Impression privée, réservée aux clients et amis de l’Impri-merie Ruckstuhl, de ces quatrains imagés constituant un abécédaire animalier.

25. Géa Augsbourg, Charles-Albert Cingria, choix de citations, gloses, notules et prétextes par Georges Anex (Genève, Pierre Cailler, 1955)
DB 271

Après une brouille de huit années, Charles-Albert Cingria et Géa Augsbourg ont noué une amitié durable dont la publication de Notre terre et ses gens constitue, en 1937, la manifestation la plus évidente. Edition bibliophilique tirée à 100 exemplaires, ce livre propose une quinzaine de portraits, jouant du corps massif et de la "gueule" du personnage, récemment décédé. Composées dans un Garamond classique et élégant, les citations s’agencent harmonieusement avec les dessins, dans une mise en page où le blanc a "son mot à dire".

26. Pages extraites de Charles-Albert Cingria (reproductions)

Images (200 Ko)

27. A.-L. Chappuis, Quand la grêle et le vent…, illustré par Géa Augsbourg (Vulliens, Mon village, 1960)
DA 885

Une terre et ses gens

Publié sous l’égide de la Guilde du livre en 1937 avec la complicité de Charles-Albert Cingria, le recueil intitulé Notre terre et ses gens infléchit de manière décisive la carrière de Géa au service de l’imagerie locale. Il s’inscrit dans une thématique où les métiers de la terre, et surtout la figure emblématique du vigneron, occupent une place centrale. Présente dès le début de sa trajectoire, confirmée en 1936 à l’occasion de l’illustration du Garçon savoyard, de C.-F. Ramuz, la veine régionaliste prend avec Notre terre et ses gens une nouvelle dimension, à l’origine d’un engouement populaire que sauront nourrir divers albums et d’innom-brables contributions graphiques. L’imagerie " terrienne " chère à Géa et à son public n’a rien d’idyllique : le dessin amplifie la rudesse du sujet en utilisant le plus souvent le crayon lithographique, moins précis, mais qui permet de rendre les visages plus expressifs, les gestes plus forts et les objets plus présents. D’où "l’émouvante authenticité" et "l’humanité" (parfois féroce) louées par la critique. Mise au service de poètes chantant les beautés du pays romand (Gilles ou C.-F. Ramuz, bien sûr), cette esthétique a été également exploitée pour de nombreux imprimés commémoratifs et promotionnels.

28. Notre terre et ses gens, dessins de Géa Augsbourg, texte-préface de Charles-Albert Cingria (Lausanne, Guilde du Livre, 1937)
UMA 19255

Les quarante planches de Notre terre et ses gens proposent un périple dans les cantons romands, Vaud et Valais surtout, à travers paysages, objets et personnages vaquant à leurs activités, principalement agricoles ou artisanales. Elles constituent une typologie régionale qui va fixer durablement la perception de l’imagier Géa dans le public, où plus de 3000 exemplaires de Notre terre sont vendus. Exemplaire du Dr. Charles Rochat avec notes au crayon, révélant l’identité de certains personnages "croqués" par l’artiste.

Images (119 Ko)

29. Planches extraites de Notre terre et ses gens (reproductions)

30. Projet d’un ouvrage intitulé " Gens du lac ", destiné à constituer le tome 2 de Notre terre et ses gens (aquarelle et crayon)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

31. C.-F. Ramuz, Une province qui n’en est pas une, orné de seize dessins par Géa Augsbourg (Paris, Grasset, 1938)
1NE 3803

Le texte reproduit une conférence prononcée en juin 1938 à Paris dans le cadre des festivités organisées par Géa en prélude au soixantième anniversaire de l’écrivain, célébré en septembre. Ce travail s’inscrit dans la droite ligne de Notre terre et ses gens. Une carte, puis des "types", hommes et sites, visualisent avec distance la spécificité romande que Ramuz entend mettre en relief. "En tout cas, recommandez à Augsbourg de ne pas se laisser aller à la caricature, mais de soigner extrêmement ses personnages, de les faire mignons, soignés, tout à fait dans le ton de cette conférence" (Ramuz à Henri Poulaille).

Image (20Ko)

32. Planche extraite de Une province qui n’en est pas une (reproduction)

33. Paul Budry,  La vengeance de Madame Panchaud" dans : Almanach pour l’an de grâce 1942 (Lausanne, Le Verseau, 1941)
CB 144

Les illustrations ont été dessinées directement sur la plaque lithographique. Clin d’œil en forme de cul-de-lampe : Paul Budry attablé avec la sirène emblématique du Verseau…

34. Ces messieurs au café, quinze dessins de Géa Augsbourg, texte de Paul Budry (Lausanne, Au Grand Saint-Jean, 1947)
1NED 1310

Centré sur l’institution par excellence de la convivialité vaudoise, masculine s’entend, cet ouvrage propose quinze portraits réalisés "à  la pointe d’un Caran d’Ache", certains d’entre eux recourant à la hachure, à l’estompage ou encore aux contrastes de valeurs.

35. Lausanne dessinée par Géa Augsbourg, texte de Gérard Buchet (Lausanne, Spes, 1957)
DB 1021

Réalisé à la demande de la ville de Lausanne, qui en réserva à elle seule 8'500, cet album a été imprimé à 10'000 exemplaires, le plus fort tirage de tous les livres de Géa. De la périphérie au centre-ville, le paysage citadin se décline au fil d’un itinéraire où alternent larges perspectives et effets de zoom, sites pittoresques et construc-tions témoignant d’une modernité que la ville entend promouvoir. "Gérard Buchet m’a également suivi en poète dans ma fantaisie. Des collaborations de ce genre sont rares et précieuses. Car j’ai fait les dessins d’abord. Pourquoi l’illustrateur serait-il toujours le parent pauvre du livre ?" (propos recueillis par Luce Rigaux, "Comment Géa Augsbourg en vint à dessiner Lausanne" dans Lausanne – Rendez-vous, janvier 1958).

36. Planche extraite de Lausanne dessinée par Géa Augsbourg (reproduction)

Image (17 Ko)

37. La terre vaudoise et ses vignes, par Géa Augsbourg, texte de C.-F. Landry (Lausanne, Le Verseau, 1958)
3NED 10524

La nature publicitaire de cette suite de quinze planches dessinées directement sur la plaque lithographique se dissimule derrière une typologie augsbourgienne classique du vigneron vaudois et des travaux de la vigne.

38. Jean Villard Gilles, La Venoge et autres poèmes, mis en images par Géa Augsbourg (Lausanne, Payot et Editions du Verseau, 1960)
DB 1758

Cette publication, qui constitue l’une des contributions les plus abouties de Géa dans le registre régional, se distingue par une mise en page animée et dynamique. Exécuté à l’aide d’un trait d’une rare finesse, le dessin suggère une lecture allégée, non stéréotypée, des vers de Gilles, qui n’est pas sans partager avec Géa, aux yeux de l’opinion, le rôle de chantre du Pays de Vaud.

39. Dessin original pour La Venoge  (crayon)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

40. Jean Villard Gilles, Chansons que tout cela, mis en images par Géa Augsbourg (Lausanne, Rencontre, 1963)
DB 2525

41. Dessin original pour la couverture de Chansons que tout cela (crayon)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

USA, Cévennes & Cie

La verve dont fait preuve Géa dans la constitution d’une imagerie vaudoise (et plus largement romande) s’est également exercée dans une série de "reportages" graphiques consacrés à d’autres terroirs et à d’autres cultures. L’album intitulé Mes Amériques, paru en 1951, constitue dans ce domaine l’une de ses réussites majeures. Comme plusieurs autres livres du début des années cinquante, il a été publié par les Editions Vineta. Basée, semble-t-il, à Bâle et dotée d’antennes à Paris et à Lausanne, cette entreprise, dont on sait très peu de choses, recrute ses principaux collaborateurs dans les milieux de la gauche artistique et intellectuelle non communiste. Un de ses projets, apparemment jamais réalisé, ne visait rien moins que la création d’une revue européenne d’art et de littérature, Valeurs, groupant autour de l’éditeur Jean Daniel des personnalités telles Jean Grenier, Albert Camus, Louis Guilloux ou encore Elio Vittorini. Le voyage d’Amérique prélude à d’autre découvertes géographiques et humaines qui infléchiront la trajectoire de Géa Augsbourg à la fin des années cinquante : on le retrouve en Espagne, en Roumanie, en Tunisie, en Chine, mais aussi, plus près de chez nous, dans le Midi, où il séjourne à plusieurs reprises en 1955 et 1956. Paru en mai 1957, le livre intitulé Cévennes, fruit d’une collaboration avec André Chamson, sera le seul, parmi divers projets non aboutis, à concrétiser ce mode d’appréhension partiellement renouvelé des "terres et gens d’ailleurs".

 

42. Mes Amériques (Bâle–Paris-Lausanne, Vineta, 1951)
NEDA 13573

Publié à Paris dans Libération en mai 1949, le reportage "Je découvre l’Amérique" relate un voyage entrepris en février-mars de la même année en compagnie du journaliste Michel Gordey. Sous-titré "USA, tournant dangereux", il se veut, dans le contexte de la guerre froide, relativement critique, dénonçant pêle-mêle le racisme, le dollar, la mode psychanalytique et la "marche inconsciente vers le fascisme" (l’expression est de Géa). Dans la reprise de 1951, le dessin prend le pas sur le récit. Tout autant que le renversement de la relation texte-image, la sélection des sujets et la composition de l’ensemble mettent l’accent sur la ville et son architecture, qui tendent à dominer l’élément humain. La dimension critique, présente en 1949, est de ce fait en bonne partie gommée. "Les Amériques de Géa Augsbourg ne sont pas une moquerie. Elles affirment une admiration attentive et, aussi, une communion dans la force et dans la vélocité, qui ne pourrait être blessante que si elle n’était parfois elle-même blessée" (Jacques Audiberti).

Image (38 Ko)

43. Mes Amériques : exemplaire revu et annoté par Géa

Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

44. Dessins originaux pour Mes Amériques (crayon)

Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

45. Planche extraite de Mes Amériques (reproduction)

46. Géa Augsbourg, Bâlade : un crayon und vier Fäädere (Basel-Pully, Vineta-Verlag, 1951)
OBLA 1352

Cet opuscule propose une flânerie bâloise en une trentaine de croquis, accompagnés de poèmes en schwyzertütsch de satiristes locaux, dont Rudolf Suter, éditeur du volume.

47. Dessins originaux pour Bâlade (crayon)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

48. Planches extraites de Bâlade (reproduction)

Images (170 Ko)

49. Cévennes, dessins de Géa Augsbourg, texte d’André Chamson (Neuchâtel, La Baconnière, 1957)
DB 943

Parmi les 65 compositions que comporte le volume, plusieurs sont rehaussées d’un trait de pinceau verdâtre en surimpression qui accentue la tendance à la "picturalisation" des sujets. Le propos de Chamson se développe en contrepoint des images, conjuguant deux visions protestantes d’une contrée aux contours parfois âpres, dont le cousinage avec le pays helvétique est patent.

Image (15 Ko)

50. "Alès"  : Dessin original pour Cévennes (crayon)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

52. Planche extraite de Cévennes (reproduction)

53. Projet d’un livre relatif à la Tunisie, avec la complicité de Charles-Henri Favrod (aquarelle et crayon)
Prêt de l’Association des amis de Géa Augsbourg

Dessins et L’Exode

Les albums de planches destinés à un public choisi de bibliophiles ou d’amateurs d’art constituent la part congrue dans la production de Géa. Ce type d’ouvrages, dont le tirage est limité à quelques centaines d’exemplaires imprimés sur du papier luxueux, s’accordait probablement assez mal aux idéaux et à la pratique d’un artiste trouvant dans le dessin de presse un mode de diffusion plus en rapport avec sa vision du monde. Le recueil intitulé Dessins, publié en 1931 chez Corrêa à Paris a été tiré à 200 exemplaires. Les 44 dessins choisis par l’éditeur rendent compte d’une approche encore assez traditionnelle de la technique, où l’on sent l’influence de maîtres tels Picasso ou Bosshard. "Ce qui frappe dans ces études qu’un pénétrant pouvoir d’observation vivifie et éclaire, c’est d’être, dirait-on, dessinées d’un seul trait, issues d’une seule poussée, comme pour mieux nous conquérir d’assaut" (Préface de Roberto Corrêa). L’album intitulé L’Exode, a été imprimé à Vevey chez Klausfelder en 1941 à 100 exemplaires. Il est constitué de huit grandes planches reproduisant des scènes de la Débâcle dessinées sur le vif. Pour ce travail, réalisé dans un style presque désincarné, l’artiste a cherché à éviter toute dramatisation du sujet : "Géa, lui, dessine à sec. Ni salive, ni larmes. C’est ainsi qu’il a pu raconter l’atroce Exode sans s’apitoyer un instant" (Paul Budry).

53. Géa Augsbourg, Dessins (Paris, S. Corrêa, 1931)
NB 1596

Images (342 Ko)

54. Géa Augsbourg, L’Exode : dessins (Vevey, Klausfelder, 1941)
3NE 5426

L’ouvrage est précédé du fac-similé d’une lettre de Jean Giono, avec lequel Géa envisageait de publier un ouvrage, Arcadia, jamais paru : "Va aux bergeries, va aux pâturages[…]. Fais ton compte, et rapportes-en des dessins aussi magnifiques que ceux que je regarde maintenant et avec lesquels il appartiendra ensuite aux autres de faire également leurs comptes."

Un peu de tout…

Une partie importante de la production de Géa Augsbourg consiste en dessins de commande pour des publications promotionnelles, des guides ou autres manuels scolaires et professionnels. Ce domaine d’activité s’inscrit probablement dans la droite ligne des contributions fournies par l’artiste à la presse, dont l’exposition présentée au Musée historique de Lausanne montre quelques échantillons. "Je n’aime guère que la commande, affirmait-il déjà en 1938 à propos de son travail sur Serge Lifar, car je sens bien qu’il faut une stricte discipline du dessin ; plus j’ai d’obligations, plus je me sens libre dans mon dessin." Son engagement décisif dans la genèse du Journal de la Maison Charles Veillon, dont il assure la rédaction de 1944 à 1956, en offre un exemple saisissant, même si la "philosophie" qui entoure le projet lui permet de faire éclater le cadre strictement commercial d’une telle publication, destinée avant tout à promouvoir les articles vendus par Veillon. Dans l’esprit et la forme, le Journal adapte au monde du commerce une formule esquissée dans les Petites feuilles, publiées avec la complicité de Charles-Albert Cingria (collaborateur régulier du Journal) et Paul Budry. Diverses publications participent de ces travaux inclassables : recueil anniversaire pour les CFF, guide à l’usage des cavistes publié par la Fédération ouvrière vaudoise, guide touristique (Le chemin de Zermatt, rédigé par Paul Budry). On signalera également un manuel à l’intention des écoles de commerce, Aimer la grammaire, de Michel Buenzod et Pierre Favrod.

Home

Webmaster   5 juin, 2002