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Catalogue raisonné de l’oeuvre peint

Présentation du catalogue
En librairie
Historique du projet
Comment s’est élaboré le catalogue raisonné
L’Institut suisse pour l’étude de l’art (ISEA)

COMMENT S’EST ÉLABORÉ LE CATALOGUE RAISONNÉ

La démarche a comporté plusieurs aspects: le repérage des tableaux afin qu'ils puissent être photographiés et répertoriés avec leurs caractéristiques techniques; la reconstitution de leur histoire à travers leurs propriétaires successifs; leur identification dans le Livre de raison ainsi que dans les catalogues des expositions auxquelles ils ont figuré; enfin, la collecte des commentaires et des reproductions auxquels ils ont donné lieu pour l'établissement de leur bibliographie.

Repérage des tableaux
Le Livre de raison et le Livre de comptes du peintre, où sont indiqués les noms de la plupart des acheteurs, ont fourni les premières pistes. Sont venus les compléter les livres et fiches d'inventaire des principaux marchands de Vallotton, ainsi que les informations glânées auprès des descendants des premiers propriétaires ou encore dans des catalogues d'expositions et de ventes. Les archives photographiques des marchands ont apporté de précieux compléments lorsque le dépistage des œuvres elles-mêmes s'est avéré infructueux.

Expositions et bibliographie
Vallotton a laissé un carnet dans lequel il a listé les tableaux qu'il envoyait à des expositions ou qu'il confiait à des marchands et à des collectionneurs. Ce «Carnet 4», s'est révélé la source principale pour constituer le répertoire des nombreuses expositions auxquelles le peintre a participé de par le monde. Il a du même coup orienté les recherches vers des critiques de ces expositions, contribuant ainsi à un élargissement conséquent de la bibliographie.

Biographie
L'exploitation de sa correspondance, notamment des nombreuses lettres et cartes postales restées inédites, a permis de préciser nombre d'aspects biographiques – amitiés, changements de domicile, voyages, lieux de séjour – qui à leur tour se sont révélés riches de conséquences pour l'identification ou la datation de certaines œuvres.

Exploitation des données
Le gros de l'élaboration du catalogue raisonné a donc consisté à exploiter l'ensemble des informations fournies par les documents d'archives: sources, catalogues d'expositions, articles et ouvrages. Leur recoupement a résolu maintes questions restées en suspens et conduit par ailleurs à rectifier des erreurs et à affiner la connaissance du processus créatif de l'artiste. Les exemples développés ci-dessous aideront à mieux comprendre le rôle d'un catalogue d'exposition annoté par Vallotton pour suivre le parcours d'une toile vendue par une galerie zurichoise, l'apport d'une photographie pour situer tel tableau, ou celui des esquisses et dessins préparatoires dans l'analyse de l'œuvre. Ces investigations d'ordre très divers ont progressivement permis de dresser l'inventaire des 1704 peintures aujourd'hui répertoriées et de reconstituer l'histoire de chacune d'elles.




1. L’apport des documents d’archives
Le châle rouge est exemplaire pour éclairer la méthode dont usera le Vallotton rôdé par des années d’expérience lorsqu’il enverra des oeuvres à des expositions, des marchands ou des collectionneurs. Généralement datée du jour de l’expédition, la liste des tableaux, précédés chacun d’un numéro, est dressée dans le carnet ad hoc (Carnet 4).

Y sont indiqués le titre, le format, l’année d’exécution, le prix de vente et le prix net pour l’artiste. Le numéro correspondant se retrouve au dos du tableau avec le titre et la date, souvent inscrits au crayon bleu. Recopiée, la même liste est envoyée par courrier au destinataire.

Dans le cas particulier, le catalogue de l’exposition annoté par Vallotton a également été conservé. L’artiste y a ajouté, en regard des tableaux fournis par lui, les numéros correspondants à sa propre liste, et a marqué d’un «V» les oeuvres vendues, comme il l’a fait aussi
dans le Carnet 4.

Liste autographe des tableaux remis à Paul Vallotton pour l’Exposition Félix Vallotton, Zurich, Galerie Bernheim-Jeune
(20 janvier – 20 février 1920), Archives Fondation Félix Vallotton, Lausanne
Le châle rouge, 1915, huile sur toile, 115 x 89 cm, Collection privée, Suisse



2. L’exploitation des sources à l’origine des tableaux: photographies
«Merci de votre lettre et des photos», écrit Vuillard à Vallotton le 23 novembre 1899. Il doit songer à la série de photos incluant le cliché de cet enfant dans les bras de son père, vraisemblablement dû à Vallotton comme aussi celui dont a sans douté été tiré le fameux Ballon.

Photographie et tableau montrent en effet une vue identique sur l’allée incurvée du jardin, prise d’une fenêtre située à l’étage du Relais. Quant à l’arrière-plan, où deux femmes se tiennent sous les ramures, l’échelle minuscule des figures renvoie encore à une photographie. Si ce n’est celle de Misia Natanson dans le parc du Relais, du moins aura-t-elle appartenu à la même série.

Vue prise d’une fenêtre du Relais, la maison de Misia
et Thadée Natanson à Villeneuve-sur-Yonne, 1899, Archives Salomon, collection privée, Paris
Misia dans le parc du Relais à Villeneuve-sur-Yonne, 1899 (photographie d’Alfred Natanson), Archives Annette Vaillant
Le ballon, 1899, peinture à l’essence et gouache sur carton parqueté, 48 x 61 cm, Musée d’Orsay, Paris



3. L’exploitation des esquisses et des photographies d’expositions
Deux états ont précédé celui sous lequel la célèbre Femme au perroquet se présente aujourd’hui. Le dessin préparatoire montre bien le miroir dont elle était à l’origine suggestivement dotée. L’indécent objet a été éliminé avant la première exposition de l'artiste à la Galerie Druet dédiera en janvier 1910. Mais, ironie du sort, le repentir éclate à la cimaise comme une réticence de la Femme au perroquet à dévoiler son intimité. Ce n’est qu’en 1913, après l’acquisition du tableau par son frère, que le peintre s’attellera à masquer la trace du miroir avec une chaste serviette au drapé préalablement étudié dans deux dessins.

Nu couché au miroir, 1909, Mine de plomb sur papier, 21,3 x 31,9 cm, Collection privée, Suisse
Etudes de draperies, 1913, Mine de plomb sur papier, 20,1 x 31,2 cm, Collection privée, Suisse
Accrochage de l’Exposition de peintures de Félix Vallotton, Paris, Galerie Druet (10-22 janvier 1910), Fonds Druet-Vizzavona
Femme au perroquet, 1909, huile sur toile, 114 x 163 cm, Collection privée



4. Le recours aux esquisses pour la rectification de dates erronées
A la mort de Vallotton, un grand nombre de tableaux étaient restés non signés. Ses héritiers leur ont appliqué un timbre imitant sa signature, auquel a malencontreusement été jointe une date parfois fantaisiste, faute d’en référer au Livre de raison.

Comme dans d’autres cas, l'identité dans le Livre de raison et donc la date réelle d'exécution d'un paysage des environs de Cagnes ont pu être établies grâce aux carnets de croquis. Logée dans le carnet utilisé à Cagnes durant l’hiver 1920-21, l’esquisse du paysage y suit immédiatement celle qui a donné le jour à un tableau dont le Livre de raison atteste qu’il a été peint en 1921. En faisant état du château, absent dans la description du Livre de raison, la page de notes correspondante au croquis confirme non seulement l'identité de l'œuvre avec Vallée de la Cagne mais aussi son exécution en 1921, et non en 1924 comme l'indique la date fautive ajoutée au timbre de la signature.

Page du Carnet 1920-21, Archives Félix Vallotton, Collection privée, Paris
Page du Carnet 1920-21, Archives Félix Vallotton, Collection privée, Paris
Vallée de la Cagne, 1921, huile sur toile, 38,5 x 55 cm, Collection privée, Suisse



5. L’analyse de la technique
En complément des conclusions tirées de la confrontation des archives, un examen physique approfondi d'un ensemble représentatif d'œuvres mis à disposition par le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne a livré de multiples informations. Elles ont trait notamment à la qualité des supports, la fixation des toiles et leur préparation, l'existence de dessins sous-jacents, la structure et l'étendue de la couche picturale, la méthode d'application, la technique de signature ou encore la présence de vernis.

Ainsi, l'examen à la binoculaire de la juxtaposition des différentes parties de la couche picturale dans Le grand nuage a révélé une méthode de travail originale, extrapolable sans doute à ceux des paysages peints aux environs de Lausanne en 1900 qui répondent à pareil synthétisme. Des cinq principaux stades d’élaboration observés jusqu’à ce que le carton soit entièrement recouvert de couleurs, deux images montrent ici comment certains éléments étaient laissés en réserve tandis que le peintre progressait avec une même teinte de la valeur la plus claire à la plus foncée.



Le grand nuage, 1900, Décomposition de l’élaboration du tableau
Le grand nuage, 1900, huile sur carton, 34 x 45 cm, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne


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