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1676

Pierre Bayle, Correspondance

Vaut-il la peine de se procurer le texte d'un opéra ?

Un ami du frère de Pierre Bayle, Joseph, lui a demandé comment se procurer le texte d’un opéra. Il lui répond qu'un tel achat ne présente guère d'intérêt.

Ainsi l’opéra a commencé par le Cadmus et Hermione et a suivi par Alceste, Médée et Atys, qui est celui de l’année courante. Cela est fort beau à voir et à ouïr, tous les vers s’y chantent par des musiciens qui sont des élèves du fameux Baptiste Lully, Italien de nation, et on voit jouer les machines avec un succès enchantant. Mais hors de là rien de plus plat. M. Quinault, qui est l’[a]uteur des vers, pourrait bien mieux faire, mais il prend un tour qui puisse s’accommoder aux airs. Je conseille fort à votre ami de n’employer pas deux écus à l’achat de ces pièces-là. […] Il est inutile de chercher l’opéra avec les notes de musique, car on n’en vend point ainsi : ceux qui en veulent se les font noter par un maître de musique, et il en coûte bon. Mon avis est que vous tâchiez d’attraper les beaux endroits de la bouche de ceux qui les chantent bien, et c’est le parti que prennent ceux qui aiment la musique, et qui ne sont pas à Paris.

Lettre 126, Pierre Bayle à Joseph Bayle, Sedan, le 25 août 1676.

Correspondance disponible sur le site de l'Université de Saint-Etienne.


Pour indiquer la provenance des citations : accompagner la référence de l’ouvrage cité de la mention « site Naissance de la critique dramatique »