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1664

Jean de La Forge, La Joueuse dupée ou l'Intrigue des académies

Paris, Sommaville, 1664

Sur l'Impromptu de Versailles

Pour obtenir la main de Cléonice, Clidamant déguise son valet en Marquis afin de tromper sa mère, la joueuse Uranie. Alors qu'ils sont en train de préparer le déguisement, un autre marquis entre en scène

Scène III : CLIDAMANT, LE MARQUIS, TURLUPIN

CLIDAMANT :
Eh bien, mon cher marquis, que dit-on à la cour ?
N’as-tu point découvert quelque nouvel amour ?
Tu me sembles joyeux ; comment va la satire ?
Parle.

LE MARQUIS, riant de toute sa force.:
Je n’en puis plus, cousin, laisse-moi rire.

CLIDAMANT :
Mais quel est le sujet qui t’y convie ainsi ?

LE MARQUIS :
Je vais te le conter, mais ris en donc aussi.

CLIDAMANT :
On ne rit pas de même à la moindre parole,
Sans savoir…

LE MARQUIS :
Ah ! Parbleu, cet accident est drôle !
Je veux être pendu, si le tour n’est divin,
Jamais Italien n’en a fait de plus fin,
Et je veux dès demain que Molière le joue.

CLIDAMANT :
Qu’il le joue ?

LE MARQUIS :
Oui, mornon, de plus qu’on le loue.

CLIDAMANT :
Mais en si peu de temps peut-on venir à bout ?...

LE MARQUIS :
Les personnes d’esprit en un moment font tout.
N’as tu point remarqué L'Impromptu de Versailles ?

CLIDAMANT :
Fort bien et c’est ce nom qui fait que l’on le raille.

LE MARQUIS :
Oui ceux qui ne l’ont vu que les dernières fois,
Mais quand il me l’a lu, il n’avait que six mois.

CLIDAMANT :
Je le crois mais enfin ne veux-tu pas me dire ?

LE MARQUIS :
Mais encore une fois, promets-moi d’en rire.

CLIDAMANT :
Je le promets

LE MARQUIS :
Le tour est délicat ;
Sache que j’ai dupé le maître du hoccat.

Les Contemporains de Molière, V. Fournel, Théâtre du Marais, Tome III, p. 296-7   
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