@ tous droits réservés: Svetalana Gorshenina, « Voyageurs francophones en Asie centrale de 1860 à 1932 », Cahiers du Monde Russe, 39 (3) juillet-septembre 1998, Paris, p. 361-374.
SVETLANA
GORSHENINA
VOYAGEURS
FRANCOPHONES EN ASIE CENTRALE DE 1860 à 19321
La
découverte de l’Asie Centrale ne fut en rien le fruit du hasard ni le type
d’aventure romantique qui accompagna la découverte, en leur temps,
de l’Amérique,
des îles Sandwich ou de l’Inde. Cette
région a occupé de tout temps une place particulière dans l’univers mental
de l’Europe occidentale. Non seulement on en a appris très tôt
l’existence, mais il arrivait aussi que l’on ressente à son propos
l’impression d’une certaine supériorité, comme pour toutes les
civilisations asiatiques, dont les plus anciennes ont pu, à leur apogée,
supporter la comparaison avec les États hellénistiques ou la République
romaine.
Les
relations entre l’Asie et l’Europe n’ont jamais répondu au schéma
univoque « professeur-élève », calqué sur un système comprenant
des centres de progrès et des zones de diffusion. Elles suivent plutôt le
principe du dialogue réciproque, dont l’orientation, d’une époque à
l’autre, varie en faveur tantôt de l’Europe, tantôt de l’Asie. Au Moyen
Age, l’Asie Centrale s’ouvre maintes fois pour étudier l’Europe,
jouissant elle-même d’un niveau de civilisation sensiblement plus raffiné.
Les ruines dont les voyageurs du XIXe
siècle en Asie reconnaissent déjà la majesté évidente offrent un pâle
reflet de cette civilisation. Nulle part, dans les déserts, les steppes ou les
massifs montagneux, ces voyageurs ne semblent s’être sentis comme des maîtres
ou les représentants d’une culture supérieure, comme cela avait souvent été
le cas avec les peuples de l’Afrique ou de l’Amérique, dont l’héritage
culturel est paru au premier contact comme primitif et dépourvu de racines
profondes. Parvenu au centre du continent asiatique, l’Européen rencontrait
une civilisation fondamentalement différente, qui lui était mystérieuse et
incompréhensible, mais il savait qu’elle avait été remarquable dans le passé,
en y ressentant alternativement surprise, accablement ou ravissement. Sous ses
guenilles poussiéreuses de vieillard — image de l’Asie récente — tout
regard curieux pouvait saisir l’éclat des vêtement impériaux de l’autre
Asie, celle de la splendeur de l’époque médiévale. Un parcelle de mémoire
complaisante et d’imagination vive suffisait alors pour en sortir l’image du
néant, malgré la rareté des témoignages des voyageurs revenus de ces contrées.
Avant
le XIIIe siècle les Européens ne disposent pratiquement d’aucune
description de voyages en Asie. Les itinéraires les mieux connus alors sont
encore ceux que les géographes antiques avaient rédigés avant notre ère.
Pour obtenir des informations plus précises sur l’Asie Centrale, il faut
attendre la suite d’événements liés à la menace mongole, qui attirent au
fond de l’Asie des voyageurs comme Jean de Plan Carpin
(1245-1247)2 ou le franciscain Guillaume de Rubrouck
(1253-1255)3.
Dans les années 1370 a lieu la série de voyages des Polo, dont le
plus connu
est celui de Marco4. Pour l’époque
de Tamerlan et des timourides au début du XVe siècle, les témoignages les plus riches ont été livrés par
l’ambassadeur de Castille, Ruy Gonzales de Clavijo5 et par Johan Schiltberger6.
Au milieu du XVIe siècle les
voyageurs sont représentés essentiellement par Antoine Jenkinson, Richard
Johnson ou Bentink7.
S’ensuit une période
de silence, due au fait qu’avec la découverte de l’Amérique et des
nouveaux itinéraires maritimes l’Asie Centrale est sortie du domaine
des intérêts
et des ambitions des Européens. Après avoir atteint leur apogée au Moyen Age,
les connaissances tant géographiques qu’historiques sur l’Asie Centrale
restent inchangées durant des siècles, voire diminuent, au point que sur les
cartes la région finit par n’être plus qu’une tache blanche ou, comme le
dit le géographe allemand Henning, une « terra incognita ».
Les
itinéraires habituels des voyages « romantiques », des aventures
commerciales et des expéditions scientifiques en Orient ne diffèrent pas
sensiblement les uns des autres, excepté en Asie Centrale. La Turquie,
l’Irak, l’Iran et l’Inde — autres pays centre-asiatiques au passé
brillant —, ont été déjà longuement parcourus dès le XVIIe
siècle et, de ce fait, relativement bien étudiés et
cartographiés8.
Seule la partie correspondant à l’ancien Turkestan russe reste encore, comme
par le passé, une zone dessinée de manière fantaisiste ou arbitraire, selon
des connaissances conventionnelles ou semi-légendaires.
Ce
silence cartographique a des causes profondes et multiples, qui résident tant
dans les dangers des routes inexplorées, que dans l’esprit xénophobe des
habitants, profondément marqués par leur religion islamique et à tout moment
prêts à déclarer la guerre sainte contre les « infidèles », ou dans
les incessantes dissensions et conflits armés entre peuples et petits États.
D’autre part, enfin, la grande route de la soie a perdu l’importance
qu’elle avait au Moyen Age, époque où elle était, pour l’Occident comme
pour l’Orient, un axe géopolitique majeur.
Il
faut attendre le XIXe siècle et
l’occupation russe à partir de 1862, pour que se réveille l’intérêt
international pour l’Asie Centrale. Celle-ci occupe à nouveau une
place prépondérante
sur le plan géopolitique, provoquant des heurts entre intérêts russes,
allemands et britanniques, jusqu’à ce que les premiers l’emportent. S’étant
imposée politiquement au centre du continent, la Russie va ainsi devenir
logiquement la principale inspiratrice des études orientales
concernant la région.
La majeure partie des orientalistes travaille tout d’abord dans le cadre des
visées politiques impériales : en occupant les nouveaux territoires, la Russie
se doit de prendre prioritairement connaissance de la géographie et des
ressources géologiques, développant des disciplines que viennent compléter,
tout naturellement, l’histoire et l’ethnologie. La présence russe
dans la région
dicte les conditions de travail et les thèmes de l’orientalisme des autres
pays, offrant à leurs chercheurs une quantité de données, en quelque sorte
proportionnelle à la qualité des relations internationales de l’époque.
Comme l’admet M.A. D’jakonov, « la présence russe dans les provinces
de l’Asie Centrale y réduisit pratiquement à zéro la possibilité de
voyages occidentaux et c’est à grand peine que l’on pourrait mentionner une
expédition étrangère couronnée de succès au Turkestan. L’accès aux
possessions centre-asiatiques a été particulièrement interdit aux
Britanniques »9.
Exemptes
de toute arrière-pensée de guerre coloniale, les relations entre la France et
la Russie offrent aux voyageurs et chercheurs français des possibilités
d’accès sensiblement plus favorables pendant près d’un quart de siècle.
À la différence des autres pays impliqués dans la région, comme
l’Allemagne et la Grande-Bretagne, la France n’a à cette époque pas encore
développé d’intenses études centre-asiatiques, comme elle le fait pour
l’orientalisme ailleurs, en Afrique du Nord, en Indochine ou au
Proche-Orient10.
Son désengagement politique en Asie Centrale ne conduit cependant
pas à un désintérêt
total pour la région, ni sur le plan scientifique, ni sur le plan géopolitique
ou économique et financier11. Vu
l’absence de sujets de controverse politique ou coloniale avec la Russie, la
France obtient l’autorisation d’organiser un certain nombre de voyages et
elle a l’occasion non seulement de travailler en collaboration avec
les expéditions
scientifiques russes, mais aussi de lancer ses propres programmes de
recherche,
la première expédition indépendante française datant de 1876. Ces recherches
bénéficient du soutien et de la protection du gouvernement russe, qui offre
d’ailleurs des conditions souvent plus attrayantes que celles dont disposent
les spécialistes centre-asiatiques ou, parfois même, russes.
Deux
événements, notamment, vont donner un coup de fouet décisif à l’intérêt
du public d’Europe occidentale pour le lointain Turkestan : d’une part
l’organisation à Paris en 1873 du premier Congrès international des
orientalistes, où diverses communications sont consacrées à l’histoire et
à la culture du Turkestan12, d’autre part la décision russe de construire une grande
ligne de chemin de fer transasiatique. Ce projet est, pendant de
longues années,
un vecteur important de contacts entre les deux pays et l’un des principaux
facteurs qui donne naissance aux études orientales centre-asiatiques en langue
française. Par la suite, le chemin de fer focalise les itinéraires asiatiques
de tous les occidentaux, conduisant ces derniers à intégrer dans leurs récits
de voyages des descriptions sémantiquement identiques. Quelques-uns seulement,
Pierre-Gabriel Bonvalot, Jules-Léon Dutreuil de Rhins, Joseph-Fernand Grenard,
Charles Bonin, Paul Pelliot et Jacques Bacot, se montrent plus curieux et
sortent des chemins battus par les voyageurs russes ou anglais en
choisissant de
s’écarter du tracé du chemin de fer pour emprunter des itinéraires plus
particuliers.
L’utopie
millénaire qui voulait comprimer l’énorme distance entre l’Est et
l’Ouest se réalise au XIXe siècle
à travers les nombreux et gigantesques projets de chemins de fer
transasiatiques entre l’Europe et la Chine ou l’Inde, au premier rang
desquels devait figurer la ligne du Turkestan13.
L’idée russe d’une traversée des grandes étendues de la steppe centrale
trouve un écho en Europe occidentale : le thème de la « grande artère
transasiatique » que l’on faisait mousser, à des degrés divers, de la
haute politique à la presse populaire, fait l’objet de toute une série de
projets allemands, britanniques ou français. Le président de la
Société de géographie
de Londres, George Rawlinson, propose de ralier l’Inde par la Turquie,
l’Iran et l’Afghanistan. Le président de la Société berlinoise, Ferdinand
von Richthofen, quant à lui, considère la Chine comme l’objectif principal
de la route transasiatique. A la base du projet français établi par Charles
Cotar et Ferdinand de Lesseps — constructeur du célèbre canal de Suez —
figure un itinéraire qui, d’Orenburg, rejoint Tachkent avant de s’orienter
vers l’Inde. Fondé sur les idées du colonel Bogdanovi©, le projet russe
envisage de relier en un seul jet la Russie et l’Oural, pour lancer la voie
par Omsk et Semipalatinsk vers la frontière mongole et Pékin.
Le
projet russe inspira, voire – si l’on se réfère à l’opinion de N.
Broc – stimula, le processus de conquête du Sahara par la France,
poussant cette dernière à envisager sérieusement la construction d’une
ligne de chemin de fer entre l’Afrique du Nord et du Sud14.
L’achèvement de la voie Moscou-Orenburg permet à Ferdinand de Lesseps
d’obtenir le plus de voix favorables à son projet centre-asiatique, mais les
vicissitudes de l’histoire entraînent alors le choix d’une autre variante :
les mouvements antigouvernementaux et antirusses qui suivent la conquête de la
région, obligent à choisir un autre itinéraire, par le district transcaspien
d’Uzun-Ata vers Merv, Samarcande et Tachkent. La construction de la ligne
transcaspienne, commencée en 1880, est confiée au général M.N. Annenkov,
ancien attaché militaire à l’Ambassade de Russie à Paris et, de ce fait, lié
par des rapports d’amitié à plusieurs membres de l’élite intellectuelle
française. Plusieurs d’entre eux, notamment
E. de Voguè ou N. Ney, participent ainsi à l’ouverture commerciale de
la ligne transcaspienne, les relations avec la France permettant aussi
d’associer au projet des experts et ingénieurs comme Paul Lessar.
Au
fur et à mesure de leur avancement, les travaux vers le cœur de
l’Asie développent
un intérêt croissant de tous les niveaux de la société européenne :
banquiers, capitaines d’industrie, magnats des chemins de fer, écrivains,
artistes et savants. La littérature consacrée à l’Asie Centrale
s’enrichit spectaculairement, alors qu’elle était auparavant limitée à
des publications de contenu très général ou, par exemple, dans le dernier
tiers du siècle, qu’elle était l’objet d’un cours d’histoire générale
de L. Cahun à la Sorbonne15. Les
approches les plus populaires se font à travers les « voyages au
Turkestan », comme ceux des romans de Jules Verne et d’Alexandre Dumas père,
les analyses politiques des journaux, d’innombrables articles de la presse
populaire, les catalogues d’expositions et de collections privées contenant
des œuvres d’art et d’artisanat centre-asiatique. Paraissent aussi des
traductions d’ouvrages d’orientalisme russes, allemands et anglais. Les
savants français, quant à eux, se consacrent à la philologie. Les mentions
relatives au Turkestan entrent alors progressivement dans les encyclopédies et
les dictionnaires16. En
trente ans, la
littérature scientifique et de vulgarisation constitue un ensemble touchant
toutes les disciplines : économie, géopolitique, histoire, géographie et
technique de l’irrigation, anthropologie, ethnologie et zoologie, fondements
de l’orientalisme actuel en France.
Constituant
un maillon important de l’héritage scientifique de l’Europe occidentale,
ces publications sont encore souvent citées par les savants de
langue française,
tant celles qui sont issues de la recherche scientifique que celles
qui sont liées
à la mode des « voyages au Turkestan ». L’édification du « rideau
de fer » restreint en revanche la diffusion de ce savoir en ex-URSS ; des
sujets liés au thème des relations Est-Ouest, des rapports entre le Turkestan
et la France, ou l’approche historiographique de la recherche française en
Asie Centrale y sont donc à ce jour encore pratiquement
inconnus17.
En
URSS et dans cette zone du monde, l’historiographie de langue française est,
de nos jours encore, un sujet peu représenté et limité à quelques noms. Tombée
à tort dans l’oubli, elle n’a été traitée par la recherche soviétique
que dans un sens négatif conformément aux théories en vigueur, relatives à
la « nature impérialiste de la politique capitaliste » et à la
crainte de l’infiltration d’espions étrangers18.
Cet aspect de la vie intellectuelle, tant en Asie Centrale qu’en Europe
occidentale, doit être analysé, avec toutes les péripéties qui ont marqué
le dialogue entre ces cultures si diverses. Dans ce but, le contexte
historique
des voyages en Asie Centrale doit être reconstitué, comme doivent
être étudiées
les personnalités même des voyageurs : leur instruction, leurs
motivations, leurs méthodes d’approche, leur appartenance à telle ou telle
école scientifique ou nation, les sources de financement, leurs
relations, etc.
L’ouverture
des frontières et l’accès aux bibliothèques et archives européennes
permettent aux chercheurs de l’ex-URSS de combler ces lacunes19.
L’éventail des recherches sur les débuts de l’historiographie de langue
française de l’Asie Centrale est très large. Cette science est proche de
l’esprit d’universalisme typique des débuts de la recherche
centre-asiatique, ses représentants ventilant leur intérêt de la géographie
à l’ethnographie, la linguistique, l’histoire ou la politique. Les récits
de voyages constituent à ce propos le genre littéraire unificateur de ces
approches si différentes les unes des autres. Sans entrer dans le détail des
ouvrages reflétant la conception générale de l’Orient, nous nous limiterons
ici à une brève analyse de la recherche en langue française entre les années
1870 et les années 30 de ce siècle20.
Alors
même qu’elle n’avait jamais été d’un accès aisé en raison des
circonstances politiques ou des conditions naturelles, l’Asie Centrale ne
connaît avec sa transformation en colonie russe qu’une brève période
d’ouverture, avant de se refermer dès l’avènement de l’époque soviétique.
Mais c’est à cette époque que l’on doit toutefois la réouverture de la région,
qui redonne aux chercheurs étrangers un accès direct à leurs domaines de
recherche, étape nouvelle, sur laquelle l’orientalistique française joue un
rôle de premier plan21. Isolée du
temps présent par l’évolution de la science et par l’histoire, la première
étape de la recherche en langue française constitue donc un tout homogène,
caractérisé par une logique interne qui lui est propre et des traits distincts
de ceux de l’époque contemporaine.
Les
voyages au Turkestan entrepris pendant cette période historique sont en règle
générale de courte durée. Seuls font exception les voyages de Joseph-Antoine
Castagné, qui vécut plus de vingt ans en Russie, notamment de 1912 à 1920 au
Turkestan22. Comme nous l’avons dit ci-dessus, la plupart des itinéraires
dans la région ont été dictés par le tracé du chemin de fer transcaspien.
De ce fait, la plupart des récits de voyageurs présentent une unité de fond
et de forme certaine, tant par leur pluridisciplinarité que par leur caractère
universaliste. Les recherches thématiques, comme la monographie d’Henri Moser
sur l’irrigation de l’Asie Centrale sont relativement rares23.
D’autre part, le domaine des publications n’est que rarement restreint aux
limites géographiques du Turkestan : partant de la zone européenne de la
Russie, de Moscou ou de Saint-Pétersbourg où, bien souvent, ils ont également
vécu, les voyageurs englobent dans leurs récits des régions plus lointaines,
comme la Sibérie et la Mongolie, ou l’Afghanistan, l’Inde et la Chine. La
plupart des expéditions relèvent d’un seul programme officiel, dépendant du
ministère de l’Instruction publique ou des Affaires étrangères, ou,
parfois, de sociétés savantes. Quelques voyages d’aventure sont financés
par des mécènes, des commerçants et industriels, des chefs d’entreprises ou
amateurs d’antiquités, avec lesquels les voyageurs se sont liés d’amitié
ou sont financièrement associés. Les auteurs se distinguent enfin selon
qu’ils sont des hommes ou des femmes : chez les premiers prédomine
l’information brute, chez les secondes un point de vue plus littéraire, avec
une tendance à saisir l’inconnu sur un plan émotionnel.
Les
textes de contenu scientifique sont de qualité diverse : à côté d’études
sérieuses, encore utilisées de nos jours, apparaissent des
descriptions plus légères
ou littéraires. Les types de documents sont eux aussi très diversifiés :
outre les publications – monographies, articles, rapports, communications dans
des bulletins de sociétés savantes, articles de vulgarisation scientifique et
brefs articles d’information –, les données sont aussi constituées
d’archives inédites, surtout de la correspondance officielle ou privée, de
projets de recherche ou de documentation scientifique24.
Viennent enfin des catalogues d
e collections privées ou d’exposition,
mentionnant des objets d’artisanat ou d’art originaires du
Turkestan25,
et un riche fonds photographique26.
Parallèlement
aux écrits, la documentation photographique constitue une source
d’informations riche, d’autant plus importante qu’elle est en grande
partie inédite ou n’a jamais été exposée27.
Cet art, fixant à l’origine des moments instantanés d’une période en
mouvement, contribue maintenant à retrouver tout un pan du passé de l’Asie
Centrale, ressuscitant, en quelque sorte, l’« air du temps », que
traduit l’image des physionomies, des scènes de la vie quotidienne,
des événements
politiques ou des monuments d’architecture. Il montre en outre l’évolution
du regard individuel des voyageurs sur l’Asie en général, et l’Asie
Centrale en particulier, restituant dans le même temps la personnalité et la
particularité de chacun des photographes au fil des événements d’une période
clé de l’Asie Centrale russe, puis soviétique. Les images les plus anciennes
coïncident avec les premières étapes de la colonisation qui font entrer le
Turkestan dans l’aire socioculturelle occidentale et inaugurent
l’exploration scientifique centre-asiatique. Les toutes dernières vues,
celles d’Ella Maillart notamment, montrent le début du processus de
soviétisation
au moment de la fermeture hermétique de la région. Le demi-siècle séparant
les dernières vues des premières montre l’évolution de la société et les
mécanismes qui permettent à la fois l’association de la région à l’aire
culturelle européenne et la subsistance de certaines constantes de la société
traditionnelle, en dépit des pressions des systèmes politiques.
Constituant
une des grandes richesses de l’art centre-asiatique, nombre de monuments
architecturaux ont disparu dans le tourbillon des événements politiques, ne
laissant pour tout souvenir que des récits légendaires ou quelques documents
photographiques. D’autre part, dans le contexte récent des restaurations tous
azimuts, engagées parfois à la hâte et sans réflexion préliminaire, les
photographies anciennes offrent une image très différente des monuments que
l’on connaît aujourd’hui : la comparaison avec les photographies pourrait
donc apprendre à modifier les méthodes de restauration actuelles
dans les républiques
centre-asiatiques.
Outre
leur contenu artistique, les fonds iconographiques conservés dans les musées,
bibliothèques et archives françaises et suisses28
présentent un indéniable intérêt pour de nombreuses disciplines actuelles,
comme l’ethnographie, l’anthropologie, l’architecture et l’archéologie,
et constituent un véritable recueil original de sources pour l’histoire du
Turkestan.
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bsp;
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bsp;
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(Traduit du russe par
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- Voyage
de 1901 en Russie, Sibérie, Mongolie, Chine et Corée, rédigé par Mme
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de 1899 en Orient, Caucase, Asie centrale, Turkestan, rédigé par Mme
Marin,
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Marcel (1853-1918), 1898
- Le
tour d’Asie, Cochinchine, Annam, Tonkin, Paris, Plon, 1899.
- Itinéraires
à travers l’Asie, levé au cours du voyage accompli durant les années 1895,
1896, 1897, 1898, sur l’initiative et pour le compte du journal
Le Temps
; publié sous le patronage de la Société de géographie avec le concours du
ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Paris,
Plon, 1900.
MOSER,
Henri (Suisse, 1844-1923), 1868-1890
- A
travers l’Asie centrale. La steppe Kirghise - Le Turkestan russe - Boukhara -
Khiva - Le pays des Turcomans et la Perse. Impressions de
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L’irrigation en Asie centrale, étude géographique et économique, Paris,
Société édition scientifique, 1894.
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pays des Turcomans, Paris, Plon, 1899.
NEY,
Napoléon-Paul (1849-1900), 1888
- En
Asie centrale à la vapeur. La mer Noire, la Crimée, le Caucase, la mer
Caspienne, les chemins de fer sibériens et asiatiques, inauguration du chemin
de fer transcaspien, l’Asie centrale, Merv, Boukhara, Samarcande. Note de
voyage. Préface de Pierre Véron, Paris, Garnier frères, 1888. (La
couverture imprimée porte : Paris
Samarcand Paris en 43 jours).
PONTEVES-SABRAN,
Jean, comte de (1851- ?), 1888
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- De
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UJFALVY
DE MEZÖ KÖVESD (Kàroly Jenö) (Hongrie, 1841-1904), 1877-1880
- Les
chasses en Asie centrale, Paris, impr. de E. Martinet, 1878.
-
Cours complémentaire de géographie et d’histoire de l’Asie centrale et
orientale à l’Ecole spéciale des langues orientales vivantes, leçon
d’ouverture, Paris, E. Leroux, 1874.
- Expédition
française en Russie, en Sibérie et dans le Turkestan, Paris, E. Leroux, 6
vols, 1878-1880
[1]. Le Kohistan, le Ferghana et
Kouldja, avec un appendice sur la Kachqharie,
1878.
2. Le Syr-Daria. Le Zérafchâne.
Le pays des Sept-rivières et la Sibérie occidentale, 1879.
III. Les Bachkirs, les Vêpse et
les antiquités finno-ougriennes et altaïques, précédé des résultats
anthropologiques d’un voyage en Asie centrale, 1880.
[4]. Atlas anthropologique des
peuples du Ferghanah, 1879.
5. Atlas des étoffes, bijoux,
aiguières, émaux, etc. de l’Asie centrale, 1880.
6. Atlas archéologique des
antiquités finno-ougriennes et altaïques de la Russie,
de la Sibérie et du Turkestan, 1880.
- Expédition
scientifique française en Russie, en Sibérie et dans le Turkestan. Résultats
anthropologiques d’un voyage en Asie centrale, communiqués au congrès
anthropologique de Moscou (août 1879), Paris, E. Leroux, 1880.
-
Quelques observations sur les Tadjiks des montagnes appelés aussi
Galtchas,
Paris, impr. de A. Hennuyer, 1887.
- Voyage
au Zerafchane, au Ferghana et à Kouldja [communication adressée à la Société
de géographie dans la séance du 6 janvier 1878], Paris, impr. de E.
Martinet, 1878.
ZICHY,
Eugène, comte de (Hongrie)
- La
migration de la race hongroise et la description des
collections, Budapest,
Gustave Ranschburg libraire-éditeur, 1897.
*Les
dates entre parenthèses correspondent aux dates de naissance et de décès ;
les autres dates correspondent aux années passées au Turkestan ; la
nationalité
est précisée pour les voyageurs non français.
1. Sous le terme « Asie Centrale »nous comprenons ici l’ensemble des républiques de l’Asie Centrale anciennement soviétique. Outre les Français, le terme « francophone » englobe également les voyageurs et explorateurs suisses, luxembourgeois et hongrois relevant de ce même espace culturel et linguistique et ayant souvent œuvré dans le cadre des mêmes institutions politico-sociales ou des mêmes programmes scientifiques.
2. Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, traduction française et présentation du P. Clément Schmitt, O.F.M., Paris, Editions Franciscaines, 1961 ; Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, traduite et annotée par D.J. Becquet et par L. Hambis, Paris, Adrien-Maisonneuve, 1965 ; Pute"estvija v vosto©nye strany Plano Karpini i Gil’oma de Rubruka (Voyages dans les pays orientaux de Plan Carpin et de Guillaume de Rubrouck), Almaty, Gylym, 1993 (Serija : Pute"estvija. Otkrytija. Priklju©enija).
3. Dernière édition, la plus complète et pourvue
de nombreux commentaires précis : Guillaume de Rubrouck, Voyage dans l’empire Mongol (1253-1255), traduit du latin et
commenté par Cl. et R. Kappler, Paris, Payot, 1985 ; Pute"estvija v vosto©nye strany ..., op. cit.
4. Marco Polo, La description du monde, texte « intégral » en français moderne, avec introduction et notes par L. Hambis, Paris, Klincksieck, 1955 ; A.C. Moule, P. Pelliot, The description of the world, 4 vols, Londres, 1938 ; Marco Polo, Le devisement du monde. Le livre des merveilles, texte intégral établi par A.-C. Moule et P. Pelliot, version française de L. Hambis. Introduction et notes de St. Yerasimos, cartes de P. Simonet, Paris, François Maspero, 1980 ; P. Pelliot, Notes on Marco Polo, Paris, Imprimerie Nationale et Adrien-Maisonneuve, 3 vols : I, 1959, II, 1963, III, 1973. Kniga Marko Polo (Le livre de Marco Polo), Alma-Ata, Nauka, 1990 (Serija : Pute"estvija. Otkrytija. Priklju©enija). L’œuvre de Marco Polo est la première description de voyage rédigée en français, celles de ses prédécesseurs, Plan Carpin et Rubrouck, étant en latin.
5. Ruy Gonzàlez de Clavijo, La route de Samarkand au temps de Tamerlan. Relation du voyage de l’ambassade de Castille à la cour de Timour Beg, 1403-1406, traduite et commentée par L. Kehren, Paris, Imprimerie Nationale, 1990 ; Rui Gonsales de Klaviho, Dnevnik pute"estvija v Samarkand ko dvoru Timura (1403-1406) (Journal de voyage à Samarkand à la cour de Timour, 1403-1406), trad., préface et comment. de I.S. Mirokova, Moscou, Nauka, 1990.
6. The bondage and travels of Johann Schiltberger, a native of Bavaria, in Europe, Asia and Africa (1396-1427), Londres, The Hakluyt Society, 1879.
7. Histoire générale des voyages, ou nouvelle collection de toutes les relations de voyages par mer et par terre..., Paris, Chez Didot, VII, 1759.
8. G. Chaliand, J.-P. Rageau, Atlas de la découverte du monde, cartographie de C. Petit, Paris, Fayard, 1984 ; M. Jan, Le voyage en Asie centrale et au Tibet. Anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen Age à la première moitié du XXe siècle, Paris, Robert Laffont, 1992.
9. M.A. D’jakonov, Pute"estvija v Srednjuju Aziju s drevnej"ih vremen do na"ih dnej (Voyages en Asie centrale des temps anciens à nos jours), Leningrad, Nauka, 1932, p. 9.
10. N. Broc, Dictionnaire illustré des explorateurs et grands voyageurs français du XIXe siècle, I : Afrique, Paris, Éducation nationale, 1988.
11. R. Girault, Les relations économiques et financières entre la France et la Russie de 1887 à 1914, Thèse, Paris I, Service de reproduction des thèses de Lille -3, 2 vols, 1972.
12. F. Salamon, « Les langues ouralo-altaïques » ; L. Cahun, « Habitat et migration préhistorique des races dites touraniennes », in Ier Congrès international des orientalistes ; Comptes rendus de la 1ère session, Paris, 1874, 1, pp. 421-422, 431-441.
13. G.N. Curzon, Russia in Central Asia in 1889 and the Anglo-Russian question, Londres, Frank Cass & Co., 1967, pp. 34-62.
14. N. Broc, op. cit., II : Asie, p. XI.
15. L. Cahun, Introduction à l’histoire de l’Asie. Turcs et Mongols des origines à 1405, Paris, Colin, 1896 ; compte rendu par V.V. Bartol’d (Vvedenie v istoriju Azii. Tjurki i mongoly s drevnej"ih vremen do 1405 goda. PariÂ. 1896), in So©inenija (Œuvres), Moscou, Izd. vost. lit., 1968, 5, pp. 238–252.
16. P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Paris, 1866-1876 ; Dictionnaire de biographie française, Roman d’Amat, M. Prévost, H. Tribout de Morembert, eds, Paris, Letouzey Ané, 1933- ; V. de Saint-Martin, Nouveau dictionnaire de la géographie universelle, Paris, 1885 ; J. Tonnelier, Dictionnaire géographique de l’Asie centrale, Paris, 1869 ; Recueil d’itinéraires et de voyages dans l’Asie centrale et l’Extrême Orient, Paris, 1878.
17. Étude la plus complète consacrée à la présence française en Asie Centrale : M.H. Madanova, Kazahstan–Francija (Maloizu©ennye stranicy ob"©enija narodov v XIX veke) (Kazakhstan–France, pages mal connues des relations entre les peuples au XIXe s.), Almaty, Kazahstan, 1993.
18. Certes, tous les voyages entrepris pendant cette période se sont faits avec l’accord du ministère des Affaires étrangères français, par lequel ils ont souvent été financés. Ne divergeant par la suite en rien de la notion que l’ont avait à l’époque du patriotisme, les rapports de voyageurs fournis dans le cadre de ce service ont naturellement été utilisés comme une source d’information fiable. Il n’est également pas interdit de supposer l’existence d’une activité, prévue par les clauses de quelque contrat, spécialement orientée vers des travaux de reconnaissance qui allaient au-delà des simples observations d’un voyageur attentif. Il est ainsi difficile de lier au traditionnel genre littéraire des voyages les rapports de Paul Labbé relatifs à la propagande française en Russie (Archives du ministère des Affaires étrangères, Série : Papier d’agent, Sous-série : 010-Berthelot, 15, pp. 225-235). La consultation des archives du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Défense (Service historique de l’armée de terre) permet de confirmer qu’il n’y eut pas de département consulaire spécial pour le Turkestan de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe. Mais un grand nombre de documents diplomatiques relatifs à l’Asie Centrale reviennent d’une manière ou d’une autre sur la nécessité de créer au plus tôt dans cette région un département consulaire ou un réseau de services secrets. Pour être plus corrects, nous nous limiterons à signaler les personnes qui, en règle générale, remplirent pendant quelques brèves périodes la fonction d’agents consulaires : Pellissier (Krasnovodsk, 1918), Capdeville (Tachkent, 1918–1920), Castagné (Tachkent, 1915–1920) (Archives du ministère des Affaires étrangères, Série : Europe 1918-1940, Sous-série : URSS, Vol. 7, pp. 30-34, 42, 44 ; Vol. 4, p. 172 ; Vol. 58, pp. 8, 10, 46, 86-119). Ch. Bonin joua de ce point de vue un rôle important comme vice–résident au Tonkin et chef du Service d’information. C’est entre ses mains que plus tard, alors qu’il se trouvait à la tête des archives du ministère français des Affaires étrangères, passèrent pratiquement toutes les informations d’ordre politique relatives à la région (Archives du ministère des Affaires étrangères, Série : Papier d’agent, Sous-série : 026-Bonin).
19. La collecte, en cours, des documents relatifs aux premiers voyageurs et explorateurs de langue française en Asie Centrale (dans le cadre du projet « Premières étapes des études en langue française sur l’histoire et la culture de l’Asie Centrale ») compte aujourd’hui déjà plus de 60 dossiers, groupant des données de type biographique, bibliographique, iconographique et cartographique. Le présent article, qu’accompagne une bibliographie préliminaire, est un premier essai de synthèse générale. Il n’aurait pu voir le jour sans l’appui de la Maison des sciences de l’homme et de son administrateur, Maurice Aymard, de l’équipe de recherche « Hellénisme et civilisations orientales » (UMR 126-5 du CNRS, sous la responsabilité scientifique de Frantz Grenet) et de l’Institut français d’études sur l’Asie Centrale (IFEAC, Tachkent, sous la direction de Pierre Chuvin), auxquels l’auteur adresse ses plus sincères remerciements.
20. L’extension de la limite chronologique jusqu’aux années 30 de ce siècle s’explique comme suit : les voyages au Turkestan effectués par les Européens occidentaux ayant pris fin pratiquement dès le début de la Première Guerre mondiale, les données anciennes forment un ensemble de conception relativement homogène. La seule exception est le voyage tardif d’Ella Maillart dans le Turkestan soviétique de 1932. De multiples paramètres permettent cependant de rattacher pleinement à la période antérieure l’œuvre fournie par cette voyageuse, en dépit des transformations radicales qu’avait alors déjà subies la région dans le domaine politique
21. Plusieurs missions d’archéologues français œuvrent dans les territoires des diverses républiques d’Asie centrale ; à Tachkent a été ouvert un Institut français d’études sur l’Asie Centrale (IFEAC) ; des architectes français conduisent des recherches et des projets de restauration de monuments architecturaux anciens. Un tel essor de la recherche française dans le domaine de l’orientalisme centre–asiatique n’est pas seulement dû aux besoins de la géopolitique, mais résulte de l’héritage de la recherche scientifique en Orient. La première vague française en Asie Centrale est liée aux activités des voyageurs et explorateurs du dernier tiers du XIXe siècle au premier tiers du XXe et a constitué une base de données dans le domaine des sciences humaines qui lui est particulière. La seconde vague est liée aux travaux de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA, 1921-1982), seule expédition d’Europe occidentale à avoir obtenu l’autorisation de travailler dans l’aire centre–asiatique avant la dernière guerre. Historiquement et culturellement ce pays appartient à la même aire que celle des républiques soviétiques d’Asie centrale : les monuments en sont typologiquement proches et les études iconographiques, épigraphiques et numismatiques nécessitent des rapprochements permanents entre les deux zones. Cette spécificité de la recherche en Afghanistan a permis aux archéologues français de tisser des liens scientifiques étroits avec leurs homologues soviétiques, déterminant ainsi les objectifs actuels de la recherche centre-asiatique.
22. Svetlana Gorshenina, « Un précurseur de l’archéologie et de l’ethnologie françaises en Asie centrale : Joseph-Antoine Castagné (1875-1958) », Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, janvier-mars 1997, pp. 255-272.
23. Henri Moser, L’irrigation en Asie centrale. Etude géographique et économique, Paris, Société d’éditions scientifiques, 1894.
24. Les archives permettant de préciser certains détails relatifs à l’ « épopée du Turkestan » et offrant la possibilité de reconstituer dans une plus large mesure le contexte politique général de la région sont déposées aux Archives Nationales de France, aux Archives du ministère des Affaires étrangères, aux Archives du ministère de la Défense (Service historique de l’armée de terre), à la Bibliothèque Nationale de France (Départements des manuscrits, des cartes et plans, des estampes et de la photographie), ainsi qu’au Musée historique de Berne.
25. Pratiquement toutes les collections rassemblées par les voyageurs français entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe ont disparu sans laisser de traces. Les unes ont été dispersées dans des collections privées, les autres se trouvent dans des réserves de musées comme objets de provenance inconnue. La collection d’Henri Moser constitue une heureuse exception, car elle est presque tout entière exposée dans une des salles du Musée historique de Berne et dans un musée de Copenhague. Quelques objets des collections de Charle-Eugène Ujfalvy et d’Edouard Blanc se trouvent au Musée des Beaux-Arts de Lyon.
26. Les photographies rassemblées à ce jour forment un corpus de plus de 2 200 pièces, pour vingt-trois auteurs de langue française, parmi lesquels figurent notamment Robert Bonaparte, Léon Blot, Jules Brocherel, Henri Bouillane de Lacoste, Guillaume Capus, Jean Chaffanjon, Henri Dauvergne, Eugène Gallois, G. Durant, Hugues Krafft, Paul Labbé, A. de La Baume Pluvinel, Paul Lessar, Ella Maillart, Joseph Martin, Henri Moser, Paul Nadar, Edmond de Poncins, Albert Roger-Viollet, Charles-Eugène Ujfalvi, Samuel Salm.
27. Les publications consacrées aux voyageurs comportent pour la plupart des photographies, mais, en règle générale, ces documents ne constituent qu’une part infime des archives photographiques. D’autre part, les essais de publications de matériaux iconographiques relatifs à la fin du XIXe siècle et au début du XXe regroupent souvent des documents de voyageurs et explorateurs de plusieurs pays (Caught in time : Great photographic archives. I : Samarkand. Vitaly V. Naumkin, ed. , Reading, 1992). De même, les photographies d’archives des voyageurs francophones dans l’Empire russe n’ont été publiées qu’en partie : White Kenneth, Frontière d’Asie. Photographies et notes de voyage du fonds Louis Marin, Paris, Imprimerie Nationale, 1933 ; Ch. Deney, Le Transsibérien. Documents photographiques de la Société de géographie de Paris, Paris, Herscher, 1980 ; E. Maillart, La vie immédiate, Lausanne, Payot, 1996. Une publication rassemblant les documents des voyageurs francophones au Turkestan russe en tant qu’ensemble homogène fait, aujourd’hui encore, totalement défaut.
28. Tous les matériaux photographiques (sur papier ou sur verre) sont accessibles aux chercheurs ; ils se trouvent aux Archives Nationales de France, à la Bibliothèque Nationale de France (Départements des manuscrits, des cartes et plans, des estampes et de la photographie), au Musée historique de Berne, au Musée de l’Élysée de Lausanne, au Musée-hôtel Le Vergeur (Reims), dans le fonds Roger-Viollet, à la Maison Revillon, aux Archives photographiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, dans les archives privées de la famille Chaffanjon, dans la bibliothèque privée de M.J. Soustiel.