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 Réalisation: Catherine.Flutsch

janvier 2006

 

 

re: LEAR

d'après William Shakespeare 

Version plurilingue

Dans le cadre du 8ème Festival de Théâtre Universitaire de Lausanne
Théâtre du Pommier
Neuchâtel
16 mai 2003

Grange de Dorigny
Lausanne
26-28 juin 2003

jeu:

Evelyne Braun
Eleonora Gianetta
Jérôme Giller
Roelof Overmeer
Joëlle Richard
Pierric Tenthorey


scénographie:

Lucienne Favre
Vincent Marolf

lumière:

Nicolas Mayoraz

mise en scène collective


 

Inutile, à priori, de présenter King Lear, chef d'œuvre incontesté de William Shakespeare, tant les divers motifs qu'il dépeint - folie du roi, aveuglement, manipulation et trahison - ont marqué au plus profond notre inconscient collectif. L'histoire, brillant amalgame de tradition celtique et de conte populaire, trouve grâce au génie poétique et scénique du Barde un souffle et une puissance qui en font la tragédie de tous les impératifs. Présenter re: Lear, adaptation plurilingue de ladite pièce, se révèle en revanche infiniment plus délicat, tant tendre à expliquer la démarche d'une mise en scène relève généralement du défi. Il était une fois, donc, un roi et ses trois filles… Trois filles, comme trois langues d'ailleurs, l'anglais, l'italien et le français, qui se croisent et se répondent à travers leurs différences en se faisant tour à tour interprètes de la douleur. A l'exception de cette (presque) coïncidence numérique, re: Lear joue plutôt la carte de la dualité : deux, d'abord, comme deux rois, qui se parlent et se complètent lorsque la raison s'effiloche, comme deux sœurs également, aussi ambitieuses que cruelles, dont l'hypocrisie leur vaut de devenir ce reflet de l'autre qu'elles haïssent. Deux, comme ces frères enfin, fils légitime et bâtard dans l'ombre, qui, en se fondant en un seul interprète forcément ambigu, dénoncent les limites d'un manichéisme souvent trop arrangeant. Car s'il y a une ligne directrice à chercher dans cette adaptation, elle se trouve certainement, dans la lignée d'UnTropPeu-, au cœur de cette quête perpétuelle d'équilibre qui n'a de cesse de se jouer de toute tentative de catégorisation. Si folie et raison se confondent quelquefois - qui est le fou, qui est le roi ? - il en va ici de même pour d'autres extrêmes - masculin/féminin, comédie/tragédie - qui finissent par se rejoindre en dépassant des frontières superficielles et par trop castratrices. C'est dans cette liberté de jeu, de respirer, d'exister face à une œuvre si intimidante, que re: Lear puise sa force : grâce au ludisme d'un - double ! - travail de construction et de mise à mal du sens, au plaisir du travail en groupe et à la poésie des mots naît une véritable recherche d'authenticité qui insuffle à cette adaptation une vie qui lui est propre. Toute en décalage, en tendresse et en acidité, re: Lear dépeint de manière douce-amère la descente aux enfers d'un père qui se devra d'apprendre à travers sa folie que la compassion est plus importante, peut-être, que tous les attributs du pouvoir, plus importante, oui, sûrement, comme semble vouloir le lui chuchoter cette fille flottant au-delà de sa souffrance, cette fille rêvée, absente… et à jamais perdue.

Joëlle Richard


 

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