UNE HISTOIRE EST PASSÉE

par Jocelyn Rochat

Qu’aimez-vous lire dans Allez savoir! ? Cette question, l’institut de sondages M.I.S. Trend l’a posée récemment à plus de 300 lecteurs. Et vous avez plébiscité l’histoire, devant les sciences et la médecine. Logiquement, donc, les articles consacrés au Titanic et au major Davel ont été les plus lus de notre numéro de janvier dernier (pour le détail, voir en page 57). Un résultat rassurant, sachant que, depuis ses débuts en juin 1994, Allez savoir! a choisi de réserver une place de choix aux sujets historiques et médicaux.

Comment expliquer cette passion pour l’histoire? La période indécise que nous traversons actuellement justifie en grande partie ce besoin de repères, cette envie de comprendre d’où nous venons à défaut de savoir où nous allons. L’an 2000 qui approche accentue certainement cette nécessité de faire le point, de mieux cerner ce millénaire avant de le quitter.

Signe tangible de ce phénomène : la réécriture du passé est désormais élevée au rang de mode. On relit Vichy à la lumière du procès Papon, on réévalue l’attitude de la Suisse durant la Deuxième Guerre mondiale, on réhabilite à tour de bras (Davel, Grüninger) et on ouvre de nouveaux procès (l’homo sapiens a-t-il provoqué le génocide de son cousin Neandertal?)... Bref, l’histoire fait des histoires...

Et cela ne s’arrête pas là, puisque nous vous en offrons volontiers une nouvelle tranche haute en couleur. Après vous avoir raconté comment les envahisseurs Burgondes se sont installés en terres vaudoises, au moment où l’empire romain déclinait, Allez savoir! se penche cette fois-ci sur le Moyen-Age lausannois. Un univers palpitant que nous découvrons grâce aux recherches patientes du médiéviste Jean-Daniel Morerod.

Dans le cadre d’une thèse monumentale qui sera publiée prochainement dans la Bibliothèque historique vaudoise, ce dernier a interrogé les pierres de la Cité. Il a fait parler ces statues muettes que nous questionnons en vain du regard, lorsque nous nous promenons autour de la cathédrale de Lausanne. Il nous raconte les bruits d’armures, le départ des croisés, le grand incendie et les épidémies, mais encore le triste sort de l’évêque tueur et la fin paisible des gisants qu’on installe pour l’éternité dans un coin de la cathédrale.

S’il réveille de vieilles rivalités locales avec les comtes de Genève, les Savoyards ou les Zaehringen de Fribourg, Jean-Daniel Morerod nous révèle aussi une Cité en contact avec le reste de l’Europe. Un lieu de passage où s’arrêtent des pèlerins qui font le chemin de Rome. Un territoire que rois, comtes et empereurs se sont disputés. Il nous montre enfin que Lausanne n’était pas coupée du monde. Que les évêques qui y étaient nommés ou élus conseillaient les papes, les rois ou les empereurs, qu’ils obéissaient à leurs ordres et qu’ils en mouraient parfois.

Un passé en forme de polar que nous vous invitons à découvrir (en page 11), non pas parce qu’il ouvre une nouvelle polémique, mais tout simplement parce qu’il est aussi passionnant que méconnu.

 

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