Les canaux de Mars n’étaient

qu’un formidable bateau

par Jean-Bernard Desfayes, journaliste RP

 

 

Au mois de juillet de l’année passée, Pathfinder et Sojourner, la sonde américaine et son petit robot mécanisé à 6 roues, fascinaient tous les Terriens en envoyant des images de la planète Mars. En un seul jour, les différents sites Internet proposant ces photos ont été contactés... 50 millions de fois et dix fois plus pour l’ensemble du mois de juillet! On y découvrait d’immenses étendues ocres et désertiques, mais pas de canaux en vue...

Mars est une planète à part dans l’imaginaire des hommes. C’est la cousine germaine de la Terre, la seule du système solaire à «bénéficier» de conditions de survie pas tout à fait inhumaines (avec toutefois des températures très largement inférieures à zéro degré, des vents parfois très violents et une atmosphère composée de gaz carbonique).

Les indices de la vie sur la Planète rouge

Le phénomène des «petits hommes verts» n’est dans le fond que l’extrapolation excessive de tout un faisceau d’indices qui prêchaient, apparemment, en faveur de l’existence d’une forme de vie sur la Planète rouge.

 

Dans cette perspective, l’affaire des «canaux» de Mars, qui passionna le public dès la fin du siècle dernier, est un épisode révélateur de ce que même une partie de la communauté scientifique astronomique était prête à croire &endash; pour ne pas dire à gober. A un siècle de distance, Pierre North, astronome à l’Institut d’astronomie de l’Université de Lausanne, a tenté de comprendre le mythe, sa naissance, son exploitation, sa fin et les conséquences qu’on peut en tirer pour la recherche, pas toujours aussi rigoureuse qu’on pourrait le souhaiter.


 

 

Les canaux de Mars: une invention du XIXe siècle

 

 

L’explication psychologique

 

Mars et Marx, même combat!

Les Martiens, plus avancés, donc très intelligents et pacifiques, d’après la théorie, devaient forcément avoir une organisation planétaire dirigée par une élite. Lowell précisait encore que, dans l’économie mondiale martienne, seuls les plus aptes ont survécu. Parmi les adeptes de ces théories, certains n’oubliaient pas leur engagement politique bien terrestre. Ainsi ce journaliste de Boston, plein d’un enthousiasme révolutionnaire, qui écrivit en 1907 un poème intitulé «L’Évangile de Mars» dans lequel il exposait les conséquences des théories de Lowell, en l’occurrence l’abolition des frontières et des classes sociales. «Je vais montrer, écrivait-il, pourquoi Mars porte, à travers les cieux, le drapeau rouge-cur du socialisme.» Mars et Marx, même combat...

En 1916, l’année même de sa mort, Lowell écrira : «Depuis que la théorie de la vie intelligente sur la planète a été énoncée pour la première fois il y a 21 ans, chaque nouveau fait découvert a été trouvé en accord avec elle. Pas une seule chose n’a été détectée qu’elle n’explique point. C’est un résultat remarquable pour une théorie. Elle a, bien sûr, subi le sort de toute nouvelle idée, qui a simultanément la chance et la malchance d’être en avance sur son temps...» Les grands télescopes modernes d’abord, les sondes spatiales ensuite ont fait un sort à cette théorie; mais l’idée qu’il pût y avoir de la végétation sur Mars, idée étayée par les changements de coloration saisonniers de grandes surfaces de la planète, s’est maintenue jusque dans les années 1960.

La méthode scientifique a changé

Est-ce qu’une nouvelle affaire semblable à celle des «canaux de Mars» serait encore possible aujourd’hui? «Difficile à dire, hésite Pierre North. Autrefois, l’astronome observait et interprétait immédiatement l’image qu’il avait sous les yeux. En astrophysique moderne, plus personne n’observe directement à l’oculaire; et l’interprétation des données amassées par les instruments se fait après coup, ce qui laisse du temps pour prendre du recul. Toutefois, les présupposés de l’astrophysicien conservent une grande importance, car des faits d’observation tout à fait objectifs peuvent être interprétés de différentes manières.»

A cet égard, les domaines sensibles sont ceux qui côtoient le plus la métaphysique, à savoir la cosmologie et la vie dans l’univers : il n’est pas exclu qu’un jour, la recherche de signaux radio provenant d’une hypothétique civilisation extraterrestre engendre une affaire aussi grandiose que celle des «canaux de Mars».

En attendant, le chercheur de l’Université de Lausanne cite deux exemples actuels : l’interprétation du décalage vers le rouge des quasars, qui, selon certaines opinions à vrai dire peu crédibles, ne serait pas forcément lié à leur distance, ou encore les fameuses «bactéries» interstellaires, théorie peu probable mais impossible à réfuter. Ce qui permet à l’auteur de rappeler quelques principes utiles de la méthode scientifique, par exemple la vérification par autrui des travaux novateurs, la cohérence externe de la théorie avec toutes les lois qui lui sont pertinentes ou encore le souvenir des échecs antérieurs qui évite de répéter des erreurs.

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