par Alexandra Rihs, journaliste RP

Elles tuent, mais elles guérissent aussi: entre les plantes et lespèce humaine, cest une vieille histoire qui vaut son pesant dor vert. Despoir aussi, car lunivers végétal na pas encore livré le dixième de ses fabuleuses capacités thérapeutiques. Des chercheurs de lInstitut de pharmacognosie et de phytochimie de Lausanne les traquent dun bout à lautre de la planète...
Remise au goût du jour par la mode nature, lidée de se soigner par les plantes (la phytothérapie) est sans doute aussi vieille que lhomo sapiens. Lequel, en ces temps reculés, fut tenté de goûter à tout ce qui lui tombait sous la main, sexposant ainsi à de cuisantes confrontations aux immenses pouvoirs de créatures végétales apparemment inoffensives. Au fil des siècles, apprenant à distinguer le comestible du mortel, à se servir des substances toxiques aux dépens du gibier et de ses ennemis, à reconnaître ou sublimer les vertus curatives cachées dans les herbettes, racines, fleurs et autres écorces de son environnement naturel, notre aïeul a légué à ses descendants une longue chaîne de savoirs traditionnels dont se montre friande la médecine actuelle.
Allemands et Français gros consommateurs
Utilisées par près de 90 % des habitants de certains pays en voie de développement pour se soigner, les plantes forment la matière première de 35 % des médicaments prescrits aujourdhui dans les pays industrialisés et dune bonne moitié des médications en vente libre. En Europe, où lAllemagne vient en tête des pays consommateurs avec 45 % du marché, suivie de la France, la palme de la popularité et du chiffre daffaires revient sans conteste au gingko biloba, dont lextrait de feuilles remédie notamment aux troubles circulatoires cérébraux.
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Arbre originaire de Chine, ce «fossile vivant» de 150 millions dannées na pas évolué dune feuille depuis lépoque des dinosaures. Il est aussi le préféré du
Professeur Kurt Hostettmann, directeur de lInstitut de pharmacognosie et de phytochimie de lUniversité de Lausanne.
Dans un livre accessible au grand public : «Tout savoir sur le pouvoir des plantes, sources de médicaments», paru aux Editions Favre en 1997, ce dernier présente les principales représentantes dune terra incognita de quelque 500000 espèces, dont 90 % restent à explorer.
Le gingko y côtoie dautres vedettes connues depuis lAntiquité, tel le saule, dont Hippocrate (Ve siècle av. J.-C.) relevait déjà les propriétés anti-inflammatoires et analgésiques et qui inspira la découverte de laspirine. Ou le taxol, substance active de lif, conifère duquel Celtes et Romains tiraient un poison pour leurs flèches, qui partage avec la pervenche de Madagascar et quatre autres plantes le privilège de jouer un rôle essentiel dans la chimiothérapie du cancer.
Les poisons viennent aussi de la nature
Télévision, collaborations internationales
Des gentianes, des guérisseurs et des pesticides
L'If, la pervenche de Madagascar et le cancer
En termes de santé comme de marché, les sujets danalyse de lInstitut de pharmacognosie et de phytochimie de Lausanne nont certes pas fini dintéresser les médias. Ni de susciter de grandes espérances : sil est vrai quil existe une plante pour chaque maladie, la longue quête de lhomme dans le très mystérieux royaume végétal ne fait peut-être que commencer.
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