Zoologie

 
 
 
 
 
 

1. Les hommes deviendront-ils fous pour avoir mangé ces vaches?

2. Il y a certainement 50 millions d'Anglais contaminés

3. Si je compare au Sida, l'investissement est encore trop faible


© N. Chuard

Vaches, moutons, chats fous... L'homme tremble. Mais que risque-t-il vraiment, Dr Ghika?

Les hommes deviendront-ils fous pour avoir mangé ces vaches?

Si on résume brutalement, «50 millions d'Anglais sont contaminés, soit la totalité du pays, et une bonne partie du continent européen, qui a acheté à l'Angleterre de la farine pour nourrir ses bovins.» Est-ce dangereux? «Aucun scientifique ne peut dire actuellement si nous allons vers une catastrophe ou si nous sommes en présence d'une épidémie «anecdotique». Nous serons fixés vers 2050.»

A l'origine de l'encéphalopathie spongiforme, on trouve la protéine prion, présente dans certaines carcasses utilisées pour l'élaboration de farines alimentaires. Chauffée à 140°, cette préparation n'a jamais infecté d'être vivant. Mais en 1980, les fabriquants anglais (qui nourriront d'aliments contaminés leurs troupeaux et ceux d'une partie de l'Europe jusqu'en 1986) ont eu la dangereuse idée d'abaisser le degré de cuisson à 100° pour diminuer les frais de production. Une économie qui pourrait nous coûter cher à terme: les vaches sont devenues folles parce qu'elles ont mangé cette farine. Les hommes deviendront-ils fous pour avoir mangé ces vaches?

Réponse du Docteur Joseph-André Ghika, médecin au service de neurologie du CHUV de Lausanne et responsable dans cet établissement du registre des personnes décédées de la maladie de Creutzfeld-Jakob.

 

Docteur Joseph-André Ghika, médecin au service de neurologie du CHUV de Lausanne

© N. Chuard


Allez savoir!:
Après les moutons et les vaches, on parle maintenant d'autres espèces animales touchées. N'y a-t-il aucune limite à la contamination par la protéine prion?

En théorie, non. N'importe quelle espèce animale peut être contaminée si elle est en contact avec le prion, que ce soit par voies alimentaires, sanguines, par des greffes ou encore par l'épiderme. Il existe bien ce qu'on appelle «la barrière de l'espèce»: un porc et un être humain sont génétiquement très proches, un chat beaucoup moins. Plus il y a de distance entre les deux espèces, plus la protéine de l'hôte présentera de différences avec la protéine pathologique, et plus le temps d'incubation sera long. Mais la maladie finira vraisemblablement par se déclarer quand même. Ont ainsi été atteints des animaux très divers, notamment dans certains zoos anglais. Ceci est l'explication théorique. La réalité est un peu différente: sans qu'on sache pourquoi, la transmission ne s'est pas faite du mouton (victime d'une maladie proche de la vache folle qu'on appelle «la tremblante») à l'homme. Il existe ainsi des zones d'ombre dans notre compréhension des mécanismes en action.

Est-on maintenant sûr que des humains morts de la maladie de Creutzfeld-Jakob ont été contaminés par la viande de boeuf?

Dans les milieux scientifiques, le doute n'a plus vraiment cours: la trace moléculaire transmise du bœuf au singe lors d'expériences est assez claire et l'image du cerveau des primates ainsi infectés est semblable à celle que l'on voit chez les personnes atteintes de la nouvelle forme de cette maladie. La question est par contre plus débattue en ce qui concerne la transmission dite «verticale», soit de vache à veau. Est-ce que le petit a été contaminé lors de sa gestation ou parce qu'il a mangé la même farine que sa mère? Est-ce que des êtres humains pourraient par le même biais infecter leur descendance?

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Allez savoir! Le magazine de l'Université de Lausanne - No 12, Octobre 1998