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Quelle université
pour l'an 2000?
Selon un projet déposé l'automne dernier,
les Universités de Lausanne et de Genève,
ainsi que de l'Ecole Polytechnique de Lausanne, devraient
subir de profondes mutations. Les explications du recteur de
l'UNIL Eric Junod.L'Université de Lausanne pourrait
considérablement se transformer à l'horizon
2000. Fin octobre 1998, les recteurs des Universités
de Lausanne et de Genève, Eric Junod et Bernard
Fulpius, présentaient conjointement avec leur
homologue de l'EPFL, le président Jean-Claude Badoux,
un projet commun de développement et de coordination
novateur et audacieux pour les trois hautes écoles.
Ce projet prévoit la redistribution
géographique de certaines branches scientifiques sur
l'arc lémanique.
Pour ce qui touche directement l'Université de
Lausanne, la pharmacie serait regroupée à
Genève et les mathématiques, la physique et la
chimie de l'UNIL seraient transférées à
l'EPFL. Ces mouvements dégageraient dans le budget de
l'UNIL plusieurs dizaines de millions de francs
d'économies qui seraient utilisés au
développement de la biologie et des sciences humaines
à Dorigny.
De son côté, pour intégrer les
mathématiques, la physique et la chimie
abandonnées par l'Université de Lausanne,
l'EPFL attend une rallonge budgétaire de la
Confédération de l'ordre de 50 millions de
francs. L'espoir est permis, car le projet lémanique
va tout à fait dans le sens de la politique que
défendront conjointement ce printemps les deux
conseillers fédéraux Ruth Dreifuss et Pascal
Couchepin devant les chambres fédérales. Cette
politique mise sur la matière grise et prévoit
d'augmenter de 5% en 2002 et encore de 5% en 2003
l'investissement de la Confédération dans la
science et la recherche. Par ces moyens, elle vise la
construction d'un réseau d'universités suisses
plus profilées dans lequel se développeraient
des pôles d'excellence scientifique
.
L'analyse d'Eric Junod,
recteur de l'Université de Lausanne
Allez
savoir!: De la décision que prendront les
parlementaires dépend le financement du projet.
Qu'est-ce qui vous permet de rester confiant ?
- La volonté de soutenir les hautes
écoles et la recherche s'exprime dans notre pays
de plus en plus clairement et de plus en plus largement:
dans les milieux de la recherche comme dans ceux de
l'économie, et dans tous les courants politiques.
Que le message d'encouragement du Conseil
fédéral soit présenté et
soutenu conjointement par deux conseillers
fédéraux de grands partis d'orientations
différentes est d'ailleurs significatif. En outre,
le message traduit très clairement la
volonté de replacer l'enseignement
supérieur et la recherche au niveau des
priorités nationales, à l'instar de ce qui
se fait actuellement dans d'autres pays, tels les
Etats-Unis ou le Japon.
L'influence des autres pays joue donc un grand
rôle ?
- Oui, le climat général se modifie. On
prend conscience qu'en entravant le développement
de l'enseignement supérieur et de la recherche, on
entrave le développement du pays. Construire de
manière plus coordonnée le système
universitaire suisse apparaît dès lors comme
une priorité.
Se dirige-t-on vers une université
fédérale, répartie sur l'ensemble du
territoire helvétique ?
- Je ne le crois pas. La Confédération
est une partenaire qui ne finance les universités
qu'à hauteur de 20% environ. La part des cantons
reste de loin la plus élevée. Mais la
Confédération sera de plus en plus
soucieuse d'affecter ses ressources à un ensemble
cohérent. Et son rôle dans le
développement des sciences et de la
médecine ira en s'accentuant parce que les cantons
auront probablement une peine croissante à
subventionner les développements de la recherche
dans ces deux secteurs.
Votre projet aura-t-il des répercussions sur le
budget des cantons de Vaud et de Genève ?
- Non. Le projet prévoit que le budget de
l'Université de Lausanne reste à sa hauteur
actuelle et que les ressources libérées par
le transfert des mathématiques, de la physique et
de la chimie à l'EPFL, soient affectées
à la biologie et aux sciences humaines. Du
côté de Genève, il n'y a pas non plus
de modification du budget prévue.
Comment réagit l'Université à cette
annonce ?
- Le Sénat de l'Université a
examiné ce projet à la fin du mois de
novembre 98. Il lui a donné un réjouissant
et large accord de principe. Il s'agit maintenant
d'élaborer des propositions de
développement, et il y faut du temps. Mais
déjà les Facultés des sciences
humaines travaillent ensemble. Nous avons demandé
aux doyens des premières esquisses pour la fin du
mois de février. Les délais sont courts. Il
règne actuellement à l'Université
une espèce d'effervescence autour de la
construction de projets, car il faut aussi
répondre en même temps aux appels d'offres
du Fonds national pour les pôles de
développement. Après le temps des plans
d'économies, le climat change. On travaille
aujourd'hui sur des perspectives de
développement.
Le rapprochement UNIL &endash; UNIGe vise-t-il toujours
la mise en place d'une structure unique sur deux sites ? A
quelle échéance ?
- Ce rapprochement vise la constitution d'un ensemble
universitaire. Et encore plus clairement avec notre
projet parce que les développements en sciences
humaines et en biologie devront être
élaborés en commun par les deux
Universités. Ils doivent répondre à
une volonté forte de coordination. Par ailleurs,
nous avons travaillé à une harmonisation
des chapitres de lois sur les étudiants et les
enseignants. Mais il faudra aller plus loin dans
l'organisation des universités et aboutir à
des systèmes plus compatibles et à
davantage de règles communes. Cela dépendra
en grande partie de la volonté politique de
retoucher les lois universitaires pour les
harmoniser.
Quelle influence sur votre projet aura l'initiative sur
la fusion des cantons de Vaud et Genève ?
- Quel que soit le résultat de l'initiative, sa
discussion fera avancer les esprits dans le sens de la
nécessité d'une politique internationale
plus coordonnée et plus cohérente. C'est en
ce sens que je suis favorable à cette initiative.
On peut toutefois lui reprocher d'avoir été
conçue dans une perspective assez
étroitement économique entre deux cantons
importants et riches, en proie aux mêmes
difficultés financières. Elle
s'intègre mal dans une perspective d'ensemble. Les
cantons qui nous entourent peuvent s'en inquiéter.
Il y a peut-être là une réflexion un
peu égoïste entre deux cantons
privilégiés.
Cette même réflexion égoïste
n'est-elle pas présente dans votre projet ?
- Non. Nous avons engagé un rapprochement avec
l'Université de Genève parce que c'est une
université complète, de taille et de
structure comparables; donc un partenaire relativement
naturel. Mais, aussi bien dans le cadre du rapprochement
avec Genève que dans le cadre de la
présentation de notre projet, nous avons toujours
dit que nous restions ouverts à un partenariat
avec d'autres hautes écoles. Nous en avons
notamment discuté avec l'Université de
Neuchâtel. Je crois que c'est à ces hautes
écoles de dire si ce type d'association les
intéresse ou non. D'autre part, le réseau
des Universités de Berne, Fribourg et
Neuchâtel (BENEFRI) a sa raison d'être. Je
suis sûr que la Confédération
accueillerait un projet de développement BENEFRI
avec grand intérêt.
Les étudiants et assistants ont regretté
de ne pas avoir été consultés au stade
de l'élaboration du projet. Que leur
répondez-vous ?
- Ce projet n'est pas une opération simple,
puisqu'il associe sept partenaires: trois hautes
écoles, deux cantons, le Conseil des écoles
polytechniques fédérales et la
Confédération. Il nous a semblé
indispensable de l'élaborer complètement
avant de le soumettre à une consultation
générale. Durant sa période
d'élaboration, personne, ni les étudiants,
ni les enseignants, n'a été
consulté. Au demeurant, il faut souligner que le
projet n'est pas né du cerveau de trois personnes,
mais qu'il repose en très large partie sur des
suggestions nées et déjà très
largement discutées entre chimistes,
mathématiciens et physiciens des trois hautes
écoles et pharmaciens de Genève et
Lausanne. A bien des égards, les idées
s'étaient déjà exprimées dans
les conseils de faculté ou dans les sections.
Quand pourra commencer la concrétisation de votre
projet ?
- Nous voulons achever l'étude de
faisabilité au printemps 1999. Elle est complexe,
car elle comporte de nombreux aspects académiques,
administratifs, financiers, etc. Pour l'instant, la
direction des trois hautes écoles a
créé des groupes de travail chargés
d'instruire les problèmes et, à notre avis,
la réalisation devrait pouvoir commencer à
la rentrée 2000. Mais notre première
attente est la réponse des Chambres
fédérales au message du Conseil
fédéral.
Propos recueillis par Joël
Christin
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