Allez Savoir!
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Le médecin nouveau
no 15 oct. 1999
Pour une université innovatrice et compétitive

Edito

L'AN 2000 A COMMENCÉ DANS LES ANNÉES 90

D'accord, c'est l'an 2000, et après? Ce tournant résonne depuis longtemps comme la promesse d'une ère nouvelle où la science-fiction devait devenir réalité. Mais à mesure que le rendez-vous approche, il nous faut bien redescendre sur Terre. Pas de navettes spatiales pour nous emmener en vacances sur la Lune comme on pouvait l'imaginer à l'époque dorée des fusées Apollo. Toujours pas de remède miracle contre tous les cancers, comme on l'espérait dans les années 70. Pas davantage de combustible pour remplacer l'essence des voitures ni de robots pour faire le ménage à notre place. C'est même pire que prévu : nous terminons les années 90 avec la perspective de devenir la première génération dont le niveau de vie sera moins élevé que celui de ses parents. De quoi se noyer dans un seau de champagne, même millésimé.

A moins que ce pessimisme ambiant ne soit qu'une manifestation de l'esprit «fin de siècle»? Un clone de ce spleen qui poussait nos ancêtres de 1890 dans le cynisme et le culte de la décadence propre à ces époques où on n'en finit pas d'en finir? Un de ces moments de l'histoire où l'humanité attend de passer un cap symbolique pour retrouver les forces nécessaires à l'accomplissement des révolutions dont elle ressent les signes avant-coureurs.

C'est sur cette hypothèse qu'a été élaboré le numéro d'«Allez savoir!» que vous tenez entre les mains. Nous avons ainsi tenté de cerner quelques-unes de ces métamorphoses lentes qui s'annoncent discrètement à la fin d'un siècle avant de bouleverser le début du suivant.

La première est médicale. La génétique, avec ce qu'elle implique de savoir sur l'avenir des hommes tel qu'il est écrit dans leur ADN, va transformer le médecin en devin et le patient en gestionnaire mieux informé de son capital-santé. Elle va assurément changer nos vies.

La deuxième révolution concerne l'alimentation. La nourriture actuelle vit ce curieux paradoxe d'être à la fois plus sûre et plus inquiétante qu'elle ne l'a jamais été. Les crises de ces derniers mois ont montré l'étendue des risques pris dans l'industrie agroalimentaire pour casser les prix. Elles annoncent une ère de méfiance où les contrôles de qualité joueront un rôle décisif.

La dernière grande révolution est politique et juridique. Elle véhicule une dose massive d'utopie parce qu'elle imagine un univers où les massacres seraient intolérables au point de pousser la communauté internationale à s'interposer systématiquement entre les bourreaux et les victimes. Une ingérence qui prendrait la forme de peines de prison pour les responsables de ces crimes comme d'interventions militaires à répétition dans les zones troublées.

Ce phénomène caractérise déjà les années 90. Il a le pouvoir de changer l'an 2000 et il a l'avantage de ressembler à un concept sorti tout droit d'une nouvelle de science-fiction.

Jocelyn Rochat

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