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no 15 oct. 1999
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La vie de Jeanne d'Arc en bref

Jeanne d'Arc et le cinéma

Histoires d'une histoire

 par Jacques-Olivier Pidoux, journaliste RP

Du bûcher au film de Luc Besson, dès le 27 octobre sur les écrans romands, Jeanne d'Arc est très présente dans l'histoire récente : canonisée par le Vatican en 1920, revendiquée à droite et à gauche, elle a aussi captivé les biographes qui n'ont cessé de réécrire sa vie.

Jeanne est exécutée à Rouen

statue à RouenJeanne d'Arc n'a pas été ménagée au cours des dernières décennies.

Récupérée par le Front national qui en a fait un symbole anti-immigrés, happée en 1940 par l'idéologie réactionnaire du gouvernement de Vichy, elle a aussi incarné la France qui résiste à l'Allemagne durant la Première Guerre mondiale.


Entre-temps, en 1920, elle fut canonisée par le Vatican qui l'éleva au rang de sainte. «On est en présence d'un mythe, Michel Granjeannote Michel Grandjean qui enseigne l'histoire du christianisme dans les universités de Lausanne et Genève. Avec François d'Assise, Jeanne d'Arc est l'une des figures chrétiennes les plus fascinantes du Moyen Age.»

Le mythe provient surtout du contraste entre sa condition de simple paysanne illettrée et son rôle dans la Guerre de Cent Ans.

Devant pareil destin, les historiens ont donné de multiples interprétations : «Jusqu'au XVIIIe siècle, on avait de Jeanne d'Arc une image bien précise : non pas la sainte ou l'héroïne, mais l'instrument utilisé par Dieu pour accomplir deux missions très précises : libérer Orléans et conduire Charles VII au sacre. Cela accompli, elle devait rentrer dans le rang. On pouvait donc lui reprocher d'avoir attaqué les Anglais à Compiègne où elle fut capturée. On tenait donc sa condamnation à mort pour un juste châtiment puisqu'elle avait outrepassé sa mission.»

La fille de la République

Il fallut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour découvrir une nouvelle Jeanne d'Arc grâce à l'historien Jules Quicherat qui sortit de l'oubli les actes du procès de condamnation de 1431. On y découvrait une fille de 18 ans, illettrée, face à un aréopage de théologiens qui voulaient à tout prix l'inculper :

«C'est le même fossé culturel qu'il y aurait aujourd'hui entre une collégienne et des physiciens du CERN qui l'interrogeraient», relève Michel Grandjean.

Jeanne réussit pourtant à désamorcer les questions perfides et à toujours rester elle-même, parfaitement authentique, ne parlant que de ce qu'elle connaissait : «A un moment donné, on lui demande si elle est en état de grâce. Si elle répond oui, on pourra l'accuser d'être présomptueuse, si elle répond non, on conclura qu'elle ne peut avoir de visions comme elle le prétend. Mais Jeanne a ces mots :

    «si j'y suis (en état de grâce), que Dieu veuille m'y maintenir, si je n'y suis pas, qu'il veuille m'y mettre.»

Dès lors, la perspective sur Jeanne d'Arc change. Elle devient la fille du peuple qui s'est sacrifiée pour la France mais a été trahie par l'Eglise. Dans la foulée, Jules Quicherat publie un document du XVe siècle prouvant la trahison de Charles VII vis-à-vis de Jeanne d'Arc à qui il avait promis son appui dans le cas où elle attaquerait les Anglais, ce qu'il ne fit pas. Brûlée par l'Eglise et trahie par le roi, Jeanne d'Arc avait désormais tout pour jouer un rôle clé dans l'idéologie des républicains français, lesquels vont en faire leur héroïne : «Cette sainte que le Moyen Age a rejetée doit devenir la sainte des temps modernes», écrivait Jules Quicherat. Une image populaire et patriotique corroborée par les travaux de Jules Michelet contemporains de ceux de Quicherat.

Une patriote canonisée

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, catholiques et républicains français ne vont cesser de se disputer la mémoire de Jeanne d'Arc : «Jeanne d'Arc était si présente dans le débat politique que le bombardement de la cathédrale de Reims (ndlr: lieu du sacre de Charles VII) par l'aviation allemande est ressenti comme un sacrilège et une preuve de barbarie. Si l'on consulte l'iconographie de cette période, on s'aperçoit d'ailleurs qu'on y trouve maintes images de Jeanne d'Arc armée d'un glaive et conduisant les soldats au combat», indique Michel Grandjean.

Le débat sur Jeanne d'arc qui a agité la vie politique française de 1860 à 1920 se nourrissait des travaux des historiens qui publiaient leurs recherches au fur et à mesure à l'intention de l'opinion publique : «Cela n'est pas sans rappeler la Suisse d'aujourd'hui où les historiens étudient la mémoire de la Shoah, l'accueil des réfugiés, les fonds en déshérence, etc. à partir des interrogations du présent.

La France avait aussi un problème d'identité à la fin du dix-neuvième siècle. Elle ne savait pas si elle était un pays de tradition républicaine ou monarchiste. Dans cette problématique, il importait de connaître le rôle de l'Eglise et de la royauté vis-à-vis de Jeanne d'Arc. On se trouvait devant un problème de gestion de la mémoire», explique Michel Grandjean.

Canonisée en 1920 par le Vatican, Jeanne d'Arc entre définitivement dans la sphère symbolique de l'Eglise catholique. Entre 1940 et 1945, le gouvernement de Vichy la prend comme emblème de «l'ordre nouveau». Elle apparaît alors sur des affiches portant l'inscription : «Pour que la France vive, il faut comme Jeanne d'Arc bouter les Anglais hors d'Europe.» Sans grand succès selon l'historien Gerd Krumeich qui estime qu'il est impossible d'utiliser Jeanne d'Arc comme modèle pour des innovations politiques.


La simple contre les savants

Si le rôle de Jeanne d'Arc dans la Guerre de Cent Ans n'est plus au cœur des préoccupations des historiens, elle continue de stimuler la réflexion dans des perspectives nouvelles. Par exemple en tant que personnage sans instruction face à la culture savante. Son procès où d'éminents théologiens usent de tous les stratagèmes pour l'inculper illustre en effet jusqu'à la caricature le mépris des savants pour les gens simples :

le procès

«Les docteurs universitaires étaient exaspérés par la religion des humbles qui revendiquaient le droit de s'exprimer librement, conclut Michel Grandjean. Ils ne pouvaient admettre que Dieu s'adresse à des femmes sans instruction plutôt qu'à eux-mêmes. C'est l'une des raisons pour lesquelles ils mirent tout en œuvre pour l'accuser.»

Condamnée par un tribunal d'inquisition en 1431, Jeanne a été très largement récupérée par l'Eglise catholique depuis sa réhabilitation en 1456

 

En bref

Vers 1412

Naissance de Jeanne d'Arc à Domrémy (vallée de la Meuse), de parents laboureurs.

Vers 1425

Elle entend pour la première fois des voix lui ordonnant de chasser les Anglais et de faire sacrer Charles VII à Reims. Dès ce moment, elle va tenter de rencontrer Charles VII, lui envoyant des lettres et négociant avec ses conseillers.

1429

Charles VII accepte de la recevoir à Chinon. Elle se présente à lui comme l'envoyée de Dieu chargée de lever le siège d'Orléans, de le conduire à Reims pour qu'il soit sacré Roi de France et de «bouter» les Anglais hors de France. Avant de lui confier une armée, Charles VII la fait examiner par des hommes d'Eglise qui la soumettent à un examen de moralité et de virginité.


Elle part au combat équipée d'une armure complète, comme un homme.
Elle libère Orléans le 8 mai 1429, puis Jargeau, Meung, Beaugency, Patay, Auxerre, Troyes, Châlon, permettant ainsi l'ouverture de la route de Reims.

Le 17 juillet , Charles VII est sacré en la cathédrale de Reims conformément aux prédictions de Jeanne d'Arc.

Le 8 septembre, l'assaut de Paris échoue, ainsi que d'autres opérations militaires conduites par Jeanne d'Arc.

1430

Elle est capturée par les Anglos-Bourguignons pendant la bataille de Compiègne.

1431

Elle comparaît devant un tribunal d'inquisition pour des motifs exclusivement religieux. Siégeant à Rouen, la cour formule toutes sortes de griefs (port de vêtements d'hommes, refus de soumission à l'Eglise, tentative de suicide, visions dues à la sorcellerie) et la condamne au bûcher.

Le 30 mai, Jeanne est suppliciée en place du Vieux marché à Rouen. Ses dernières paroles furent : «Je ne suis ni hérétique ni schismatique. Mes voix furent de Dieu. Tout ce que j'ai fait fut de l'ordre de Dieu».

Charles VII, qui pourtant lui devait son trône, ne fit rien pour la sauver.

1456 (posthume)

Jeanne d'Arc est réhabilitée par l'Eglise qui annule le procès de 1431.

 

 

 

 

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