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Comment lordinateur va révolutionner lenseignement Selon Maia Wentland Forte, vice-recteur de lUniversité de Lausanne et professeur extraordinaire dentreprise et technologies de linformation à lEcole des HEC, le cyber-enseignement pourrait modifier en profondeur la vie académique. Interview futuriste. "Allez savoir!" : Pourquoi lordinateur
révolutionnerait-il lenseignement quand des moyens techniques
comme le rétroprojecteur ou la vidéo ny sont pas arrivés
? Malgré Maia Wentland Forte : Les concepts qui sont présentés de manière unilatérale dans le monologue dun enseignant peuvent être plus facilement perçus dans une autre forme de monologue, plus active celle-là, que létudiant conduira avec son ordinateur. En général, un cours ex cathedra expose un certain nombre de concepts que lon retrouve dans un polycopié. Ce document peut être présenté "en ligne" en étant considérablement enrichi par toute une série déléments tels que des questionnaires à choix multiples, de petites séquences vidéo pertinentes, des animations ou simulations qui apportent une valeur ajoutée réelle au document initial. Cest le seul changement ? Non. Cette aide informatique, si elle peut enrichir lapprentissage, modifie en même temps la relation avec léquipe enseignante. Cet impact est sensible sur la manière dont le cours est conduit et sur toute une série dautres paramètres liés à la vie du campus. Ne serait-ce que parce que, si les cours ex cathedra seront partiellement remplacés par une formation à distance, cela nécessitera davantage de tuteurs ou dassistanat pour assurer un suivi correct des étudiants. Quant aux enseignants, ils seront plus sollicités dans le cadre de séminaires et devront sengager dans une relation plus interactive avec leurs élèves. Là, il ne sagit plus de proclamer la Vérité, mais lon peut être interpellé. Il faut donc une connaissance de son domaine qui va bien au-delà du simple exposé. Ceci aura également des répercussions très importantes sur lorganisation de lespace et donc des bâtiments puisquil faudra moins de grands auditoires et plus de petites salles. Le cyber-enseignement aura donc un impact énorme sur toute la vie à luniversité. Comment lassistance de lordinateur va-t-elle bouleverser
le travail des enseignants Un exemple? On ne peut plus improviser quand on monte un cours en ligne. Il faut se préparer très soigneusement. Je peux vous le dire puisque je prépare mon cours MBA de cette manière. Ce cours, qui est un mix entre lenseignement présentiel et lenseignement en ligne, doit être constamment mis à jour, ce qui représente un travail considérable. Cela me prend beaucoup plus de temps et dénergie que de venir exposer un sujet que je connais relativement bien devant des étudiants. Avant, jutilisais des transparents et je parlais pendant une heure et demie, avant de passer à la discussion. Maintenant, ce sont les élèves qui donnent à ma place le cours que jai préparé à lavance. Jai donc fait un gros travail préalable qui prend beaucoup plus de temps quavant. Cela représente à peu près deux mois à plein temps de préparation pour un cours présentiel de 45 heures. Et deux assistants y collaborent toute lannée durant à 40 %. Et quels changements pour les étudiants ? Pour eux aussi, cela représente beaucoup plus de travail. Avant, ils mécoutaient ou ne mécoutaient pas, ce qui nest plus possible aujourdhui, puisquils donnent le cours. Les élèves sont beaucoup plus impliqués. Pour cela, ils sinspirent du matériel que vous mettez en ligne ? Ma stratégie pédagogique quelquun peut en avoir une autre repose sur un système de pré-session, session, post-session. La pré-session leur permet de préparer le travail. Je mets en ligne une série dinformations bibliographiques, des transparents, des hypertextes pédagogiques et des références à des sites web qui leur permettent de préparer le cours et leur présentation. La session est le moment où nous sommes en présence, sans ordinateur, ensemble, celui où il y a véritablement interaction. Dans la post-session, je leur donne un certain nombre dexercices à faire pour ancrer les concepts. Lidée de base, cest quon apprend mieux ce que lon doit enseigner ? Oui. Cest judicieux. Cela demande un gros effort, alors certains protestent, parce que le procédé est pour linstant inhabituel. Mais jaimerais beaucoup que ce genre de méthodes se généralisent. Cest pour eux effectivement une excellente façon dapprendre, et pour nous, une excellente façon de nous remettre en question. Cest aussi un peu déstabilisant, mais très utile. Si chaque cours demande un tel travail, pourrons-nous encore suivre des programmes aussi pléthoriques que cest le cas aujourdhui ? Cest bien là quest le problème. On demande à chacun, quelle que soit sa catégorie dâge ou son milieu socioprofessionnel ou socioculturel de savoir quasiment tout sur tout. Et comme on na rien sans rien, nous voilà confrontés à une réelle difficulté. Cest lune des raisons pour lesquelles il faudrait, à mon avis et cela va aussi à lencontre du credo actuel , rallonger les études et augmenter les équipes enseignantes. Cette façon de croire que les élèves vont arriver, après leur bac, à avoir des compétences de pointe en trois ans tout en étant polyvalents, mobiles, flexibles, souples, ouverts, dynamiques, curieux, et tout en ayant en plus des activités sportives (il faut aussi faire attention à son état physique) sans oublier de faire un peu la fête, tout cela avec un agenda de plus en plus chargé et des équipes denseignants réduites, cest curieux (elle éclate de rire) ! A terme, le cyber-enseignementva-t-il supprimer le contact direct entre létudiant et lenseignant ? Non. Normalement, sil est bien fait et si son but est bien lenseignement et non pas de vendre du matériel pédagogique pour faire de largent, tous les liens vont se resserrer. Je pense aux liens entre étudiants qui seront amenés à travailler davantage ensemble, mais encore aux liens entre les étudiants et léquipe enseignante qui devra être plus atteignable. Nous allons vers un enseignement qui provoque davantage déchanges et qui nest plus uniquement basé sur un déversement unilatéral, comme cest souvent le cas aujourdhui. Lenseignement assisté par ordinateur peut-il régler la question des effectifs, ou plutôt celle du nombre croissant détudiants qui arrivent dans des hautes écoles déjà bondées et qui ne sagrandissent pas ? Non. La technologie na jamais rien résolu seule, et ce nest pas une solution miracle pour diminuer les budgets. Cette voie permet une amélioration partielle de lenseignement et de la qualité de lapprentissage. Elle permettra détendre et de diversifier la palette des contenus et des relations. Lassistance de lordinateur permettra-t-elle des économies ? Non. La cyber-formation coûtera même plus cher. Ce qui est logique, puisquil sagit daméliorer la formation de davantage de personnes. Nous allons vers une société qui veut démocratiser la connaissance et qui cherche à en augmenter le niveau. A lavenir, nous serons donc tous beaucoup, beaucoup, beaucoup plus cultivés, mais ce progrès passe par lengagement de plus déquipes denseignement, et déquipes quelque peu différentes. Il faudra des gens plus polyvalents qui devront eux aussi être formés. Pour cela, il faudra une infrastructure complémentaire ou supplémentaire, revoir lorganisation de lespace dans les hautes écoles, etc. Cest une erreur de croire que, parce que lon dispose dun ordinateur, tout sera mieux pour moins cher. Tout sera peut-être mieux, mais pour plus cher. On a aussi cru quon utiliserait moins de papier dès que lon disposerait de lordinateur. Cest un exemple que je donne souvent. Il y a vingt ans, on croyait que, grâce à lordinateur, nous nimprimerions plus rien du tout. On saperçoit que, grâce ou à cause de lordinateur, nous imprimons beaucoup plus quavant. Beaucoup, beaucoup plus quavant. Avec lenseignement assisté par ordinateur, cest pareil : nous aurons besoin de plus de tuteurs, donc de plus dassistants, peut-être même de plus de professeurs. Et nous devrons revoir complètement leurs cahiers des charges. Le cyber-enseignement est donc un secteur davenir qui promet de nombreux emplois ? Oui, et aussi de nouveaux métiers comme, par exemple, lingénieur pédagogique. Comment imagine-t-on la collaboration des universités dans ce domaine ? Bien. Ne serait-ce que parce quil est possible de valoriser le développement de matériel pédagogique, par le partage et la réutilisation. Vous voulez dire quun cours donné à lUniversité X pourrait être réutilisé ailleurs ? Pas nécessairement tout le cours, mais des éléments du cours... certainement. Si quelquun développe par exemple un cours darchéologie en prenant soin de le composer à partir déléments pédagogiques bien ciblés (comme une construction de lego), il y en a peut-être que je peux reprendre, même si mon public-cible et ma stratégie pédagogique ne sont pas les mêmes, et même si je ne démarre pas au même point et que mes objectifs pédagogiques sont différents. Si nous avons une définition en commun, je peux la prendre et ladapter à lintention de mon propre public sans repartir de zéro. Derrière cela, il faut imaginer une banque de données déléments denseignement ? Cest ce quon appelle le vivier de connaissances. Il y en a maintenant quelques dizaines qui existent à travers le monde. Ils permettent de disposer, grâce à la connexion à un vivier central dans lequel sont insérés ces éléments pédagogiques, du matériel dont on souhaite se servir localement pour créer un cours. Ce vivier central se trouve à lUniversité catholique de Leuven. Et cest Lausanne qui est à lorigine de cette idée qui a fait lobjet dun développement baptisé Ariadne. Cétait un projet européen quand Lausanne la lancé. Cest désormais une fondation qui compte 160 adhérents. Propos recueillis
Un site Internet pour voir : http://www.ariadne-eu.org _______________________________________________________ Index -
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