EDITORIAL: Chères études

IMPRESSUM

Sommaire:

HISTOIRE: Des siècles avant Harry Potter, des apprentis sorciers étudiaient
à l’Ecole des Alpes

  Le sabbat, une légende née en Suisse
Les chasses aux sorcières de Suisse romande

VOS DROITS: Etudes: ce que les parents doivent payer

  Ai-je droit à l’obligation d’entretien si…
Ai-je droit à l’obligation d’entretien même si…

SCIENCES: Cerf et bouquetin: La chasse assistée par ordinateur

  Presque disparus, bientôt en surnombre

INTERVIEW: "Nous sommes dans une situation de marché religieux"

 

Entretien avec le théologien de l’Université de Lausanne Roland Campiche …


topLa collection complète d'«Allez savoir!»

EDITO: Chères études

Autant vous prévenir tout de suite: ce numéro d’"Allez savoir!" contient un brûlot qui va provoquer quelques discussions animées autour de la table familiale, à l’occasion de la rentrée universitaire. Vous allez découvrir un article consacré à un conflit domestique aussi vieux que les études: la question des sommes d’argent que les parents doivent allouer à leurs rejetons en cours de formation. Une problématique épineuse que le droit suisse règle sous l’appellation pudique d’"obligation d’entretien". Il règle. Pour une fois, le mot n’est pas galvaudé. Car, de jugement en jugement, le Tribunal fédéral a élaboré une jurisprudence qui précise les contours de cette "obligation d’entretien" et qui, par son souci du détail, va bien au-delà de ce que l’on pourrait imaginer dans la grande majorité des familles où l’on résout le problème en bonne intelligence.
Quand il s’agit d’argent de poche, le Tribunal fédéral (TF) fait figure de père généreux, lui qui fixe le minimum vital d’un étudiant à 1010 francs par mois. Osera-t-on lui réclamer un studio en plus? On ose, mais le TF, soudain moins flexible, n’entre en matière que si la famille exerce une mauvaise influence sur sa progéniture. Limite "papa poule", le TF peut encore forcer les parents à se retrousser les manches quand il s’agit de faciliter les études de leur progéniture, lui qui a poussé certains d’entre eux à gagner davantage d’argent ou leur a demandé de renoncer à un travail à temps partiel.
Tout cela pour assurer une formation que l’enfant reste totalement libre de choisir. Parce que, dans ce cas de figure, celui qui paie ne commande pas, estime la loi suisse qui donne à l’étudiant la possibilité d’obliger ses parents à lui offrir les études qu’il préfère, y compris quand –un exemple au hasard– il entend faire Sciences sociales alors que ses géniteurs le verraient plutôt chef d’entreprise comme papa.
C’est dire à quel point le jeune en formation bénéficie de protections puissantes dans ce pays. La perspective est logique dans une Suisse qui considère à juste titre que la matière grise est sa seule matière première, celle qui garantit son avenir. Elle l’est moins pour les parents qui auront beau jeu de rappeler que –privés d’assurance maternité, peu soulagés en matière fiscale, mal soutenus quand il s’agit de payer des assurances ou d’encaisser des allocations– ils sont les éternels perdants financiers de l’affaire.
Dans un pays qui ne cesse de vieillir, cette situation déséquilibrée mérite que l’on y songe. Avant qu’elle n’incite trop de parents à ne plus mettre au monde ces futurs étudiants si bien encadrés.

Jocelyn Rochat

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