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Se soigner peut nuire à la santé |
![]() ![]() Parmi les nombreux exemples d'effets indésirables de médicaments, on cite souvent celui de la perte d'effet de la pilule contraceptive en présence d'un antibiotique, la rifampicine. C'est ainsi que sont nés des enfants "rifampicine", nés de mères soignées avec un médicament qui a réduit leur protection contraceptive Certaines études montrent que quelque 2-3% des patients admis dans un hôpital souffrent à l'entrée de graves effets médicamenteux indésirés. |
«Toute substance active sur le plan pharmacologique comporte un risque», écrit Jacques Diezi, professeur de pharmacologie et toxicologie à lUniversité de Lausanne, dans un ouvrage intitulé «Les médicaments sont-ils (tous) dangereux ?» Au cours de lété dernier, le fabricant Bayer retirait de la vente un médicament destiné à traiter le cholestérol. Connu sous le nom de Lipobay, celuici pouvait occasionner des troubles musculaires sévères en association avec une autre substance ou à forte dose. Il aurait même été à lorigine de plusieurs dizaines de décès, principalement aux Etats-Unis et en Espagne. Mais aucun cas na été constaté en Suisse. Cette affaire nest quun exemple. Dautres produits, pourtant dûment enregistrés par lOffice intercantonal de contrôle des médicaments (OICM), ont aussi disparu du circuit commercial (voir encore en page 40) parce quils comportaient des risques pour la santé. Est-ce donc si périlleux de se soigner? La réponse est oui, sans aucun doute. Elle se trouve dans un petit livre intitulé «Les médicaments sont-ils (tous) dangereux?», paru en septembre dernier sous la plume de Jacques Diezi, professeur de pharmacologie et toxicologie à lUniversité de Lausanne dont il est encore vicerecteur. Trouver le bon rapport risque-bénéfice «Toute substance active sur le plan pharmacologique comporte un risque, fait-il remarquer. Ceci dit, une vraie maladie en fait courir un également. Lenjeu est donc de trouver un rapport risque-bénéfice positif.» Comment est-il possible que des produits problématiques passent la rampe des contrôles? Parce que certains effets indésirables et graves napparaissent que lors dune application quotidienne à grande échelle. «Cest une question de statistique et de nombre, explique Jacques Diezi. Ce nest quà partir du moment où des centaines de milliers de personnes sont traitées que ces effets se manifestent. Encore une fois, lefficacité a son revers: une toxicité potentielle.» Efficacité et toxicité sous surveillance Lune et lautre sont étudiées de près. Les médicaments, les «vrais», sont passés au crible dune série de tests sévères. Et lon ne peut pas dire quon brûle les étapes : leur durée de développement varie entre cinq et douze ans. Et sur cinq mille produits de départ... un seul sera commercialisé. Nombreux sont ceux, dailleurs, dont la carrière sarrête avant quils aient été administrés à des humains. Nos amies les bêtes rongeurs, chiens ou singes sont mis à contribution. Ces derniers le sont dailleurs de plus en plus, à mesure que se développent les médicaments obtenus par génie génétique. Ceux-ci étant souvent des protéines humaines, ils produisent en principe moins danticorps chez les singes que chez les rongeurs. Ce qui permet une meilleure évaluation de leur toxicité éventuelle, pendant les études dites précliniques. Testés sur lhomme Les phases suivantes, dites cliniques, font, elles, intervenir des humains. Durant ces phases, lefficacité et la toxicité du produit sont testées sur quelques milliers de personnes, dans le meilleur des cas. «Deux à trois mille sil sagit dune maladie fréquente comme linsuffisance cardiaque ou lhypertension artérielle, estime le pharmacologue lausannois. Pour une maladie très rare une forme particulière dépilepsie, par exemple , le processus sera plus long. Tout simplement parce quil faut réunir un nombre suffisant de personnes souffrant de cette maladie.» Reste que, malgré lampleur des essais auxquels est soumis un médicament, le risque zéro nexiste pas. Quid des médecines douces ? Y aurait-il quelque espoir du côté des médecines douces? Epargnées par le soupçon qui pèse de plus en plus sur les médicaments «durs» du fait surtout de leurs effets indésirables , elles ont le vent en poupe. Mais on ne peut pas dire quelles trouvent grâce aux yeux de Jacques Diezi, même si son intention nest pas de les combattre. «Pour des raisons en partie historiques, on trouve dans le commerce de nombreux produits dont lefficacité nest pas démontrée de manière satisfaisante, estime-t-il. Les médicaments homéopathiques, par exemple, ont certes peu de chances davoir des effets secondaires sévères, à cause de leur formulation habituelle très diluée. Mais la présence de substance active est elle aussi quasi nulle.» Alors, si votre voisine de palier ne jure que par tel produit homéopathique, cela prouve une seule chose : quil est efficace... pour elle. Réalité dont on ne saurait se satisfaire en «bonne science médicale». Tant il est vrai que lefficacité en termes pharmacologiques nest pas celle reconnue par un individu mais bien celle qui est constatée sur un groupe. Vers un traitement personnalisé Ceci dit, la pharmacogénétique tend bien vers cet idéal : traiter chaque individu en fonction de ses propres caractéristiques physiologiques : «Quand on connaîtra le génome de chacun, on aura des informations supplémentaires qui pourraient permettre, par exemple, dadapter les posologies aux cas individuels. Cette mesure prend tout son sens lorsque lon sait quune personne sur deux est non compliante (cest-à-dire quelle ne se conforme pas aux prescriptions sur la durée, le rythme, la quantité). Et ceci, entre autres, parce quelle subit des effets non désirés.» On nen est pas encore tout à fait là. Mais on voit déjà poindre les questions cruciales que pose cette évolution. Celle-ci, par exemple : comment fixera-t-on la limite entre la norme et la maladie? «Ce type de médecine nest de toute façon pas une urgence absolue en termes de santé publique au niveau mondial», note le pharmacologue. Les médicaments ne règlent pas tout La banalisation de la notion de médicament est, en revanche, tout à fait dactualité : «Le développement des médicaments dits de confort, type Viagra ou Xénical (contre lobésité), ainsi que la confusion grandissante entre aliment et médicament y contribuent, estime Jacques Diezi. Ce qui est en cause également, cest la question des coûts collectifs. Est-ce justifié? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, cest que nous vivons de plus en plus avec la conviction, totalement illusoire, que tout problème a une solution médicamenteuse.» Moralité? En cas de rhume assez sérieux,
on peut prendre une aspirine (qui nest pas un produit anodin). On
peut aussi sen dispenser, comme le professeur de pharmacologie Jacques
Diezi qui assure : «Personnellement, je suis très peu consommateur
de médicaments.» |
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«Cest dans la
tête !»
Comment démontrer de façon statistiquement acceptable lefficacité dun produit? Il faut le faire consommer par un groupe de personnes souffrant de la maladie en cause. Et comparer les résultats avec ceux dun groupe souffrant de la même maladie, mais qui ne reçoit pas le médicament ou absorbe un placebo. Dans ce dernier cas, la propriété pharmacologique nest pas responsable de leffet obtenu. Il arrive en effet que le simple fait de prescrire une substance produise un effet thérapeutique, surtout si cette prescription se fait dans le cadre dune bonne relation malademédecin. Nous vivons dans des rapports avec les autres, cest un fait. Peut-on dire pour autant que «cest dans la tête» que ça se passe? Léger énervement de Jacques Diezi, qui aimerait bien quon en finisse avec la sempiternelle dichotomie physiologique-psychologique. Une fois pour toutes, rien nest jamais purement et simplement dans la tête. «Un dysfonctionnement donné de lorganisme produira soit des boutons, soit des pensées dépressives. Il ny a pas dun côté des effets physiopathologiques purs et durs et de lautre des effets psychologiques qui relèveraient dun concept flou de pathologie mentale.» Il se passe dans le cerveau une série de processus chimiques, moléculaires, submoléculaires qui relèvent de phénomènes électriques, de transports à travers des membranes, dions qui passent par des canaux. On ne sait pas pourquoi cela fonctionne comme cela. Mais où voulez-vous que la pensée soit produite, ailleurs que dans le cerveau? Cest vrai aussi des émotions. «Après tout, et cest sans doute le dernier moment pour le faire, pourquoi ne pas proposer lhypothèse que les éléments de la pensée, sous une forme dénergie inconnue à ce stade, sont déposés dans notre cerveau à notre naissance? Ou bien quils arrivent, tels des fluides subtils émanant de dieu sait où, entrent dans le cerveau pour y occuper telle ou telle cavité? On peut tout imaginer... mais nous en reparlerons dans cent ciquante ans!» A LIRE : |
![]() Le kava |
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