![]() |
|
![]() |
|
![]() |
Vie extraterrestre:
linvasion de la Terre a réussi il y a très longtemps
|
![]() |
A Lausanne, des chercheurs prennent leur carabine à plomb pour prouver quune forme de vie venue du cosmos a pu quitter Mars pour sinstaller sur notre planète. Le point à loccasion du retour dE.T. au cinéma, en avril prochain. E.T.revient. Vingt ans après son premier petit pas sur la Terre, le plus gentil des extraterrestres fera un nouveau pas en direction de lhumanité cinéphile début avril 2002, puisque ce film-culte de Steven Spielberg sera reprogrammé dans une version rallongée dune vingtaine de minutes. Non content de revenir «téléphoner maison» sur une planète qui a découvert le portable et ses facilités de communication, E.T. retrouve des Terriens qui ont beaucoup évolué à son égard. A commencer par la communauté scientifique qui niait jusquà la possibilité de son existence en 1982, mais qui travaille désormais à vérifier si théorie audacieuse la vie qui sest développée sur la Terre il y a quelques milliards dannées ne serait pas arrivée du cosmos. Ce qui ferait de nous des extraterrestres ou, plus précisément, les très lointains descendants de colons involontaires venus de la planète Mars. Un scénario de science-fiction? Rien nest
moins sûr, comme le montre le raisonnement qui suit, en forme de
fusée à cinq étages. |
![]() |
1. Pourquoi les scientifiques
ont changé davis sur E.T.
Comment expliquer une volteface aussi soudaine, radicale et spectaculaire des scientifiques qui ont toujours été ultrasceptiques quand il était question de vie extraterrestre? «Par la découverte inattendue de météorites inclassables dans les glaces de lAntarctique durant les années 80, répond Claude-Alain Roten, un chercheur à lInstitut de microbiologie fondamentale (anciennement Institut de génétique et de biologie microbiennes de lUniversité de Lausanne). Après analyse, il a bien fallu admettre que ces matériaux ne ressemblaient quà une seule chose connue: les brèches (réd. des conglomérats formés à la suite dimpacts) récoltées sur la Lune lors des missions Apollo. Les météorites de lAntarctique démontraient donc que, contrairement à ce que lon croyait, des pierres lunaires pouvaient bien être éjectées vers la Terre.» Cette théorie est confirmée quelques années
plus tard, quand une seconde équipe de scientifiques parvient à
démontrer, grâce à lanalyse des gaz qui y étaient
piégés, que dautres pierres inclassables de lAntarctique
proviennent cette fois de Mars. «Ces deux découvertes ouvrent
énormément de portes, apprécie Claude-Alain Roten.
Elles constituent une véritable révolution copernicienne
parce quelles étaient un scénario de panspermie, une
théorie vieille comme Anaxagoras de Clazomène, un Grec qui
vivait quelque 450 ans avant J.-C. et qui fut le premier à imaginer
que la vie existe partout dans le cosmos» (voir "Les
Grecs avaient tout compris"). |
|
|
2. Pourquoi nous sommes
peut-être des Martiens
«La panspermie postule que la vie sest dabord développée sur une autre planète que la Terre, par exemple Mars où les conditions étaient plus favorables, explique Claude-Alain Roten. Cette théorie imagine encore quune grosse météorite a percuté Mars, projetant ainsi des débris de la planète dans lespace, et quenfin ces fragments porteurs de micro-organismes martiens ont terminé leur course sur la Terre qui a alors été ensemencée.» Mais avant de «vouloir y croire», selon la formule popularisée par la série TV «X-Files», il faut pouvoir répondre à plusieurs questions cruciales, du genre : comment une forme de vie aurait-elle pu survivre à un tel voyage? Et comment aurait-elle pu résister à son entrée dans latmosphère terrestre qui désagrège tant de météorites? Il y a quinze ans encore, labsence de réponse
probante à ces questions faisait passer les défenseurs de
la panspermie pour de doux rêveurs. Ce nest plus le cas aujourdhui.
|
|
|
3. Où la vie séchappe
de Mars après une apocalypse
«Pour que des roches martiennes porteuses de vie puissent quitter la planète et son orbite, il faut un choc énorme qui peut être provoqué par larrivée dune météorite de lordre du kilomètre de diamètre au minimum. Nous savons en effet que limpact avec un tel objet provoque une explosion beaucoup plus violente quune bombe atomique», explique Claude-Alain Roten. Une forme de vie peut-elle survivre à un scénario
aussi apocalyptique? Le biologiste de lUniversité de Lausanne
est affirmatif : «Dans un tel cas, la météorite nentre
pas dans le sol de la planète de plus dun diamètre
et se gazéifie instantanément. La production de gaz suscitée
déclenche une onde de choc suivie dun dégagement de
chaleur qui devrait anéantir toute forme de vie. Du moins en théorie.
Car on a découvert, en étudiant des cratères de bombes
atomiques, que du matériel pouvait être éjecté
avant que la chaleur ne latteigne. Ce phénomène, appelé
spallation, permettrait à une grosse météorite qui
frappe une planète dexpédier des fragments de surface
dans lespace sans quils soient stérilisés par
la chaleur de lexplosion.» |
|
|
4. La véritable «soucoupe
volante» des Martiens était très rudimentaire
Reste à savoir si ce «vaisseau spatial» ou lithoscaphe (voir encadré en page 26) en forme de météorite martienne créé par cette version très réaliste de cette explosion originelle avait la moindre chance de traverser notre atmosphère sans se désintégrer. Là encore, Claude-Alain Roten est optimiste, lui qui évalue les chances de survie de ce véhicule inattendu à une sur deux. Si lon divise les météorites en quatre catégories, seules deux dentre elles sont réduites en cendres au contact de latmosphère terrestre. «Un objet de plusieurs tonnes garde une vitesse supersonique et explose au moment de limpact avec le sol. De même, une météorite de quelques centimètres de diamètre (on parle aussi détoile filante) se consume intégralement pendant sa traversée de latmosphère. Ces deux scénarios excluent larrivée dune bactérie extraterrestre sur la Terre», explique lexobiologiste de lUNIL. En revanche, deux autres «vaisseaux spatiaux»
offrent des conditions de vol permettant la survie. Les micrométéorites
dun diamètre inférieur à quelques millimètres
convertissent leur énergie cinétique en rayonnement et tombent
très lentement. «Et les météorites dont le
diamètre est compris entre quelques centimètres et un mètre
sont suffisamment ralenties par lair pour tomber en chute libre
à une vitesse oscillant entre 100 et 250 mètres par seconde.
Ces météorites sont suffisamment grosses pour que lintérieur
ne chauffe pas. Si elles devaient sabattre sur une surface meuble
comme du sable, la décélération à limpact
ne serait alors que de quelques milliers de g. Dans ce scénario,
comme dans lhypothèse de la micrométéorite,
les conditions du vol permettent à des pierres martiennes darriver
intactes sur la Terre», calcule Claude-Alain Roten. |
|
|
5. Lexpérience qui prouve que les Martiens ont pu envahir la Terre Admettons quune météorite ait bien volé de Mars à la Terre après un choc apocalyptique avec une météorite géante. Reste à prouver que ses passagers clandestins (des formes de vies martiennes microscopiques) ont pu survivre à un tel trajet avant densemencer la Terre, dy croître et dy prospérer. Pour Claude-Alain Roten, le sérieux de ce scénario est facilement démontrable scientifiquement grâce à lexpérience de la carabine à air comprimé, un exercice quil a fait rééditer à plusieurs reprises par des étudiants dans les locaux de lUniversité de Lausanne. Cette expérience a été réalisée en collaboration avec lexpert en balistique de lInstitut de police scientifique et criminologie Alain Gallusser. A ce stade, lhypothèse de la vie extraterrestre entre en phase dexpérimentation. Intérêt de cette étape : il nest pas nécessaire de postuler à la NASA (lagence spatiale américaine) ou à lESA (son pendant européen) pour travailler en exobiologie. On peut obtenir des résultats probants sans disposer dun budget astronomique, en se contentant simplement de manipuler une carabine à air comprimé et quelques projectiles. But de lexpérience qui débute sous vos yeux : soumettre différentes formes de vie aux conditions dun voyage interplanétaire. Et compter les survivants, sil y en a. Nos cobayes microscopiques seront des levures, bactéries et des virus qui sattaquent aux bactéries. Ils vont découvrir le stress dun décollage, soit une accélération de lordre de 10000 fois laccélération de la pesanteur (ou 10000 g, ce qui signifierait pour un être humain quil pèse momentanément 10000 fois son propre poids). Et ils seront encore confrontés à une décélération de quelques milliers de g correspondant à latterrissage dune météorite dans du sable. Des projectiles garnis de levures, bactéries et virus joueront le rôle des météorites éventuellement habitées par une forme de vie candidate au voyage interplanétaire. Et un tir dans des bouteilles contenant du sable stérile servira de simulateur de vol et datterrissage pour nos passagers clandestins. «Dans une carabine à air comprimé, le projectile subit une accélération de 100000 g qui est bien supérieure à celle dun transfert planétaire, explique Claude-Alain Roten. Quant au choc de la décélération enregistré par le projectile dans le sable, il est de 300000 g après un vol à 300 mètres par seconde. Cest également supérieur aux conditions dimpact dune météorite avec la Terre.» Rassurons tout de suite les rêveurs et les amis de la vie sous toutes ses formes: la plupart des cobayes microscopiques soumis à cette expérience beaucoup plus stressante quun vol interplanétaire vont survivre à lexpérience et sortir indemnes du sable stérile. Y compris des formes de vie complexes comme les bactéries et les levures. Les virus, en revanche, nont pas survécu au choc. «Cest dire si la vie a pu décoller de Mars pour peupler la Terre, conclut Claude-Alain Roten, qui peut dès lors esquisser une nouvelle Genèse. On peut donc imaginer quune forme de vie extraterrestre est venue ensemencer la Terre. Cette hypothèse expliquerait encore la rapidité par laquelle la vie a émergé sur notre planète. Dans ce cas, la vie que nous connaissons proviendrait soit dune autre planète de notre système solaire comme Mars, soit dun autre système planétaire. Elle aurait alors profité des comètes pour se déplacer et venir coloniser non seulement la Terre, mais probablement de nombreuses autres planètes dans lunivers.» |
|
|
A quoi ressemblent les extraterrestres ? Admettons avec Claude-Alain Roten, exobiologiste à lUniversité de Lausanne, que «la vie terrestre a très probablement une origine extraterrestre». Cela ferait de nous ces fameux «envahisseurs» que nous recherchons dans le ciel depuis 1947, année du grand boom des soucoupes volantes. Cette théorie de la panspermie nous permet-elle encore de savoir à quoi ressemblent les formes de vie extraterrestre, voire dimaginer que certaines formes extraterrestres ont pu se développer jusquà des stades humanoïdes du genre E.T. ? Nous le saurons peut-être bientôt. «Car aujourdhui, nous passons de la théorie à lexpérimentation, senthousiasme le chercheur lausannois. Avec des échantillons lunaires et martiens retrouvés sur la Terre, avec les échantillons martiens que nous irons bientôt chercher sur la Planète rouge ces prochaines années, avec ces atmosphères de planètes situées hors du système solaire que nous pourrons bientôt comparer et analyser, nous nous trouvons dans une position extraordinaire. Tout souvre. Notamment parce que les agences spatiales veulent absolument accrocher létiquette «exobiologie» sur leurs programmes spatiaux parce quelles savent que ce sujet passionne les gens.» Autant damateurs qui risquent cependant dêtre un peu déçus, car la plupart des formes de vie extraterrestre que lon risque de découvrir un jour seront probablement bactériennes. Mais pas Claude-Alain Roten : «Dès que lon découvre des bactéries construites avec les mêmes bases que celles qui ont permis la naissance et le développement de la vie sur la Terre puis de lespèce humaine, on peut sérieusement se poser la question de lexistence dE.T.». Pour les certitudes à ce propos, il faudra attendre le moment où lon pourra analyser la composition gazeuse des planètes situées hors de notre système solaire (projet Darwin de lESA prévoyant une flotte de cinq télescopes). «Si on découvre que 50% de ces planètes ont une atmosphère contenant de loxygène, on na peut-être pas vu E.T., mais on la démontré.» Savoir que nous ne sommes pas seuls dans lunivers,
quest-ce que ça change au fond ? «En tant que scientifique,
jai envie de savoir, de comprendre ce qui sest passé
au moment des origines, répond Claude-Alain Roten. Et si, à
larrivée, il savère que nous sommes tous des
étrangers sur notre propre planète, je trouve cette version
de lhistoire plutôt sympathique. Plus largement, la question
centrale que pose ce genre de recherches est la suivante : la Terre est-elle
un endroit banal dans lunivers, ou est elle un endroit magique,
le seul où la vie ait pu naître ? Personnellement, je reste
persuadé que la Terre est tout à fait banale.» |
|
|
|