«Noël 1943»
Angiolo Luzzati, Milan, étudiant à l’Université de Lausanne durant la Deuxième Guerre mondiale


Roger Secrétan, recteur et professeur
de Droit à l'Université de Lausanne en
cette année 1943.

Cette lettre d’Italie, récemment adressée au Rectorat, raconte une époque où l’Université était une institution à taille humaine. Au point que le recteur, professeur de Droit, pouvait connaître la triste situation d’un étudiant en Chimie et lui proposer un Noël plus conforme à l’esprit de cette fête. Soixante ans plus tard, l’ex-étudiant n’a pas oublié. Il écrit :


M. le Recteur

En 1941 (donc il y a soixante ans), étant l’objet de persécutions de la part des fascistes italiens, je réussis à venir en Suisse, et je pus m’inscrire à l’Université de Lausanne, Faculté de chimie.
A l’Université de Lausanne, je trouvai des professeurs merveilleux (j’en nomme quelques-uns : M. Dutoit, de Chimie générale; M. Goldstein, Chimie organique; M. Haenny, Chimie générale; M. Blanc, Mathématiques; M. Perrin, Physique; M. Déverin, Minéralogie; M. Oulianoff, Minéralogie; M. Mellet, Chimie analytique; M. Fath, Chimie industrielle; M. Duboux, Chimie physique).

Tout le monde m’aida; tout le monde fut solidaire avec moi.

A Noël 1943, étant resté sans argent, je me trouvai dans une ferme du Mont-Pèlerin pour «l’aide à la campagne». Eh bien, le recteur de l’Université de Lausanne de cette année, M. Roger Secrétan (professeur de Droit), me téléphone dans la ferme pour m’inviter à passer le Noël chez lui. J’étais le dernier étudiant de l’Université et le recteur m’invitait chez lui! Cela peut arriver seulement en Suisse, le pays le plus démocratique du monde (et, à cette époque, le pays le plus démocratique du monde était entouré complètement par les troupes de la plus farouche dictature qui ait jamais existé).

A Lausanne, à l’Université et au dehors de l’Université, j’ai trouvé des camarades merveilleux.

Je vous ai écrit cette lettre, M. Le Recteur, parce que je veux que vous sachiez que, dans mon cœur, il est écrit, et il sera toujours écrit : «Vive l’Université de Lausanne».

Et il est aussi écrit, et il sera toujours écrit : «Merci Lausanne!», «Merci, Suisse!»

Votre dévoué Angiolo Luzzati, Milan