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TOUTES LES DÉCISIONS IMPORTANTES DU CONSEIL FÉDÉRAL
SONT LE FRUIT DE NÉGOCIATIONS. UN COURANT BLOCHÉRIEN AURAIT
DÈS LORS DE LA PEINE À FAIRE SURFACE.
Vu le succès rencontré par lUDC,
la question est aujourdhui posée de voir siéger un
second UDC, de laile dure, au Conseil fédéral. Ce
projet est-il légitime et souhaitable sur le plan démocratique
?
Que se passerait-il si, hypothèse assez improbable,
le Parlement élisait comme ministre un représentant de la
ligne blochérienne? Pas grand-chose, paradoxalement. Dabord,
toutes les décisions importantes du Conseil fédéral
sont le fruit de négociations. Un courant blochérien aurait
dès lors de la peine à faire surface. Ensuite, une fois
élus, les ministres sont vite absorbés par la direction
de leur département. Résultat: leur couleur politique pâlit
et la logique départementale prime clairement sur la logique politico-
partisane. Rien à craindre, donc, dun ministre proche de
la ligne blochérienne : il consacrerait son énergie avant
tout à la direction de «son» département.
Faut-il se préparer à un nouveau vote
anti-establishment le 22 septembre, avec la consultation populaire sur
la Fondation Suisse solidaire?
Ce type de vote est motivé par la méfiance
envers les élites. Pour lappréhender, lidéal
est de se concentrer sur le vote populaire lorsquil sexprime
en réaction directe aux propositions des «élites politiques»,
gouvernement, parlement et partis gouvernementaux. Le meilleur baromètre
du soutien ou du rejet par le peuple se mesure sur les projets proposés
directement «den haut», autrement dit des référendums
obligatoires et facultatifs. Cest lobjet de ma thèse.
En septembre prochain, la configuration sera un peu différente.
Plus complexe aussi : le peuple se prononce sur une initiative populaire
et un contre-projet. Dans ce cas, les «oui» et les «non»
déposés dans les urnes ne pourront pas être interprétés
comme une réaction directe à un projet des élites.
Linitiative populaire est un projet «den bas».
Et le contre-projet est davantage une réaction à linitiative
quun projet proprement «den haut».
Une configuration de vote «à géométrie
variable» donc : le peuple peut accepter ou refuser le projet fédéral,
accepter ou refuser linitiative de lUDC
Comme le peuple a le choix entre deux projets, certains
citoyens, par exemple certains citoyens proches des milieux syndicalistes,
risquent dopter pour un vote tactique, le cas échéant
un double oui. Ou un double «non» pour ceux qui sont proches
des milieux économiques et préfèrent affecter lor
à lassainissement des finances fédérales. Difficile,
dans cette configuration, de cerner le vote antiestablishment.
Il se peut aussi que le peuple refuse les deux projets
et souhaite que lor reste à la BNS. Une nouvelle victoire
de lUDC face au gouvernement ?
LUDC sortira vainqueur du scrutin dans tous les cas
de figure. Car même si son initiative est rejetée, il y aura
toujours le contre-projet pour réaliser une partie de ses revendications
relatives à lAVS, un thème que lUDC a réussi
à imposer et qui a été intégré dans
le compromis. Et si les deux projets sont rejetés, lUDC pourra
se focaliser, avec le parti radical et les milieux proches de léconomie,
sur lobjectif «désendetter le pays» et élaborer
un projet visant à orienter lor de la BNS dans cette direction.
Car contrairement à la teneur de son initiative, ce sont moins
les questions sociales que nationales qui intéressent laile
dure de lUDC.
Sur quels thèmes lUDC marque-t-elle le
plus de points contre les élites ?
Le discours blochérien séduit surtout dans
sa composante patriotique et nationaliste. Ce que laile dure de
lUDC combat sur le plan de la politique fédérale,
cest louverture du pays et les engagements internationaux
que le gouvernement veut ou doit prendre. Si largent de la Fondation
Suisse solidaire avait été destiné à des projets
humanitaires en Suisse seulement, lUDC naurait sans doute
pas lancé son initiative. LUDC blochérienne est la
porte-parole des nostalgiques de lEtat-nation, centré sur
le «notre peuple dabord».
Mais le vote sur lONU est finalement passé
Cest vrai, après son refus en 1986 (76% de
non!), le projet a été accepté en mars dernier avec
un résultat relativement serré : une majorité populaire
de seulement 55 % et la majorité des cantons obtenue de justesse.
Ce qui est révélateur non seulement du décalage entre
le consensus au niveau des élites et le conflit au niveau du peuple,
maisaussi de la défiance dune partie de lélectorat
vis-à-vis des élites et de leur politique étrangère.


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