Sea, sex and syphilis
Alberto Montesissa

Les trois familles honteuses
300 millions de nouveaux cas par an
La Suisse n’est pas épargnée
Ces quadras trop insouciants
Le retour de la «chaude-pisse» et de la syphilis
Un risque de stérilité
VIH et SIDA
500-600 nouveaux cas en 2002
Un dépistage plus efficace
20 % des Suisses ont un herpès
De sévères complications

À LIRE
SUR INTERNET

Durant ces dix dernières années, les cas de maladies sexuellement transmissibles (MST) virales ont augmenté dans nos contrées. Ainsi, 20% des Suisses ont un herpès.

Chaleur étouffante, envie de voyager, de s’évader. C’est l’été, la plage, les jupettes et les torses musclés. C’est le temps des fêtes, des longues soirées, des rencontres, des échanges. On se laisse aller. On oublie tout. Mari, femme, relations, boulot, stress : l’aventure c’est l’aventure! «Sea, sex and sun.» Sans souci puisque cela n’arrive qu’aux autres, de toute façon on n’a jamais rien attrapé, qu’on a passé l’âge, avec le temps, on pense être immunisé, alors on ne se protège pas, ou plus…

Mais au bout, il y a un gros risque de se retrouver non seulement avec de nombreux souvenirs, mais aussi des organismes indésirables tels que des virus, bactéries, parasites ou encore des champignons. Et l’été se termine par une visite aux urgences ou dans la salle d’attente de son médecin. Diagnostic probable : une MST. Derrière cet acronyme se dissimulent les maladies sexuellement transmissibles, aujourd’hui encore considérées comme des maladies honteuses.


Stefan Gerber, médecin en
gynécologie-obstétrique, au Centre
Hospitalier Universitaire Vaudois
(CHUV) de Lausanne

Les trois familles honteuses

Une MST, ou maladie vénérienne, est une maladie infectieuse susceptible de se transmettre lors de rapports sexuels, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels et quels que soient leurs modes : génital, oro-génital ou ano-génital. On dénombre une vingtaine de maladies infectieuses de gravité variable.

«On peut les classer en trois grandes familles : 1. les infections bactériennes comme le gonocoque, la chlamydia, la syphilis; 2. les infections parasitaires et fongiques dont font partie les trichomonases et les candidoses; 3. les infections virales comme le VIH, les hépatites, les condylomes ou encore l’herpès génital», précise Stefan Gerber, médecin en gynécologie-obstétrique, au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) de Lausanne. «Sur les dix dernières années, poursuit le Dr Gerber, les infections bactériennes, parasitaires et fongiquessont en diminution dans les pays industrialisés, alors que les infections d’origine virale sont en augmentation.»

300 millions de nouveaux cas par an

Les chiffres sont alarmants. LesMST sont en progression importante dans le monde avec 300 millions de nouveaux cas par an. Selon les chiffres de lĠOMS (Organisation Mondiale de la SantŽ), leur augmentation serait proche de 30 % pour lĠensemble de la plante. Alors quĠen 1990, le nombre dĠinfections Žtait de 250 millions de cas annuels, il y a deux ans, leur nombre sĠŽlevait ˆ 340 millions! LĠincidence des MST est ŽlevŽe et ne cesse de cro”tre selon lĠOMS. LĠune des explications est liŽe ˆ la mobilitŽ accrue des populations et ˆ la disparition progressive des coutumes traditionnelles, conduisant ˆ de nombreuses relations sexuelles avec des partenaires multiples.


Le Dr Amalio Telenti, responsable de la consultation ambulatoire des maladies
infectieuses au CHUV

La Suisse n’est pas épargnée

Ces maladies qui, pour de nombreuses personnes, sont encore taboues, ne sont pas l’apanage des pays non industrialisés et la Suisse n’est pas épargnée. «L’image d’une Suisse «propre», avecabsence de toute MST, n’est pas une réalité scientifique. Nous sommes plutôt surpris de voir des incidences très élevées, comme pour l’herpès ou d’autres infections telles les annexites (infections des trompes)», souligne le Dr Gerber. De plus, contrairement aux idées reçues, les groupes dit «à risque» ne sont pas seulement les toxicomanes ou les homosexuels, mais de plus en plus, les hétérosexuels âgés de 30 à 45 ans. Pour quelles raisons? «Certes, notre souci est centré sur les groupes marginaux, mais ce sont les gens qui ne s’estiment pas à risque qui sont les plus touchés. Ils pensent que les MST et surtout le SIDA sont liés à l’homosexualité ou à la toxicomanie. En réalité, la moitié des nouveaux cas sont des hétérosexuels. L’âge moyen de la personne infectée par le VIH est de 42 ans. Il est très difficile de faire des catégories : vous trouverez à nos consultationsaussi bien des ouvriers, des directeurs d’entreprise, des jeunes, des très vieux, des paysans que des personnes du milieu médical. Tout le monde», explique le Dr Amalio Telenti, responsable de la consultation ambulatoire des maladies infectieuses au CHUV.

Ces quadras trop insouciants

«Peut-être que l’été favorise les rapports sexuels, tout comme le contexte des vacances, les voyages... Mais on ne peut pas dire qu’il existe de relation particulière entre l’été et les MST», tient à clarifier le Dr Gerber. Si les jeunes sont les plus menacés et que la moitié de cette population est en danger de se faire contaminer par une MST avant l’âge de 20 ans, ce sont les quadragénaires qui font exploser les statistiques. L’explication? Pour les adolescents, la capote a un prix. Il faut toujours en avoir une sur soi et, de ce fait, la spontanéité disparaît. Mais pour les plus âgés, on met plutôt en cause le ras-le-bol. On leur a répété durant des années que, s’ils ne portaient pas cet objet, la mort finirait par les emporter. Mais aujourd’hui, le SIDA ne leur fait plus peur. Avec les progrès en médecine, les vaccins et autres médicaments, la tendance est au relâchement, à l’insouciance!

Le retour de la «chaude-pisse» et de la syphilis

Le sentiment d’une omnipotence des nouveaux médicaments pousse à diminuer notre vigilance ou à relâcher notre attention quant à la prévention. De plus si l’on écoute l’Eglise, l’abstinence est de rigueur, et le port du condom proscrit… Pour le Dr Telenti, spécialiste du SIDA, nul doute : «Le préservatif est le seul moyen de se protéger des MST.» L’utilisation correcte de ce contraceptif, aussi durant les préliminaires, est un moyen simple et efficace d’éviter l’infection par les agents responsables des MST. Mais dans les couloirs des urgences ou des cabinets médicaux, les MST sont d’actualité, et certaines infections aux noms évocateurs font un retour en force comme la «chaude-pisse», que l’on appelle aussi «chtouille» ou blennorragie (écoulement purulent), la syphilis (appelée aussi vérole), le chancre mou ou encore l’herpès génital.

Un risque de stérilité

Les conséquences des maladies sexuellement transmissibles peuventêtre graves. Certaines entraînent la stérilité, surtout chez la femme. Elles peuvent engendrer des grossessesextra-utérines, des accouchementsprématurés, des infections transmises aux nouveaux-nés, ou encore des cancers du col de l’utérus. Si certaines (comme la syphilis) ne sont pas traitées, elles peuvent conduire à des lésions variées, par exemple neurologiques ou cardiaques. De plus, mis à part les symptômes spécifiques à chacune de ces maladies, le danger réside dans le lien entre MST et VIH (Virus de l’Immuno-déficience Humaine). Car les MST augmentent le risque de transmission sexuelle du virus du SIDA.

VIH et SIDA

«Il faut savoir que l’on ne meurt pas du virus du SIDA, mais des conséquences d’autres maladies induites par l’infection virale, poursuit le chef dela consultation des maladies infectieuses Amalio Telenti. En premier lieu, il faut différencier le SIDA (Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise), du VIH. Le VIH est une infection par le virus, et la personne contaminée peut être totalement asymptomatique. Il s’agit d’une première phase de la maladie (jusqu’à dix ans) qui est plus ou moins silencieuse. Quant au SIDA, il s’agit de la phase où la maladie se déclare, entraînant des problèmes de santé sévères (infections graves, cancers, …). Le virus détruit le système immunitaire de la personne atteinte.»

500-600 nouveaux cas en 2002

Toute personne infectée par le VIH peut transmettre le virus. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), il y a eu un total de 7’032 cas de SIDA déclarés en Suisse entre 1983 et 2000, dont 5’046 sont décédés. Le nombre annuel de nouveaux cas de SIDA a régressé depuis 1995. Selon les estimations de l’OFSP, il y aurait entre 190 et 240 nouveaux cas par année. En ce qui concerne les infections par le VIH, entre 1985 et 2000, 25’011 personnes ont été testées positives (31,6% de ces cas sont des femmes). La plupart des nouvelles infections sont transmises par voies sexuelles (contacts homosexuels 18 % et hétérosexuels 57 %!) et non par voie sanguine. Le groupe d’âge le plus touché est celui des 30 à 44 ans (53 % chez les hommes et 43 % chez les femmes…). Environ deux tiers des personnes atteintes (VIH/SIDA) habitent dans les agglomérations urbaines des cantons de Zurich, Genève, Vaud, Berne, Bâleville et de Saint-Gall. «En 2002, il y aura entre 500 et 600 nouveaux cas de personnes infectées par le virus, en Suisse. Nous arriverons à traiter de manière optimale 2/3 de ces personnes, qui pourront s’attendre à une évolution contrôlée de la maladie», conclut le Dr Telenti.

Un dépistage plus efficace

Malgré des chiffres statistiques inquiétants, il est difficile de faire une radiographie précise des MST en Suisse puisque seulement deux d’entre elles hépatite B et SIDA / VIH) sont «à déclaration obligatoire» par les médecins et les laboratoires. Alors que les infections comme la gonorrhée, la chlamydia, le HPV et l’herpès ne le sont pas. Le Dr Gerber donne l’explication suivante : «Paradoxalement, si les statistiques sont alarmantes, c’est aussi que les outils de dépistage sont beaucoup plus performants. Il y a deux ou trois ans, sur dix personnes porteuses d’une MST, nous n’en découvrions que deux ou trois qui étaient atteintes. Aujourd’hui, ce sont huit personnes sur dix!»

20 % des Suisses ont un herpès

Et sur ces huit personnes, en marge du VIH, l’herpès génital, ou herpès de type 2, tient la vedette des MST. L’infection par ce virus provoque des lésions de la peau et des muqueuses génitales et anales, sous la forme de petites bulles avec une importante inflammation s’ulcérant par la suite, ce qui peut donner de fortes brûlures et des douleurs. C’est le pendant génital du bouton de fièvre, situé en général sur les lèvres et dont l’origine est l’herpès de type 1. Selon des estimations (puisque ce virus n’est pas à déclaration obligatoire), l’herpès génital de type 2 toucherait plus de 20 % de la population suisse, soit une personne sur cinq. En soi, cette infection n’est pas très grave et entraîne rarement des complications majeures. Mais elle peut empoisonner la vie, notamment en altérant la qualité des relations du couple.

De sévères complications

C’est une maladie dont on ne se débarrasse plus une fois contractée et qui peut récidiver sous l’influence du stress, de la fatigue, du soleil, d’un rapport sexuel et sans être forcément accompagnée de lésion génitale. «Le problème de l’herpès est qu’il est asymptomatique dans 70 % des cas et qu’il est récurrent, lui conférant ainsi un profil idéal pour la transmission, souligne le Dr Gerber. Les complications les plus sévères ont lieu lors des grossesses. En effet, 80 % des enfants contaminés et qui font un herpès néonatal proviennent de mères qui ne présententaucun signe de la maladie lors de l’accouchement. Dans 60 % des cas, les enfants meurent ou ont un handicap neurologique grave.»

Et voilà la chlamydia et le HPV

Avec l’herpès génital, la chlamydia tient aussi l’oscar des consultations. Cegerme induit une infection qui touche 92 millions de personnes dans le monde et un nombre croissant en Suisse, notamment chez les adolescentes. C’est une des premières causes de stérilité féminine, due à l’atteinte des trompes. L’infection est asymptomatique dans la moitié des cas et se traduit par une inflammation de l’urètre chez l’homme et de l’ensemble de l’utérus chez la femme. La maladieétant sournoise, il est recommandé de procéder à un dépistage si l’on a des rapports sexuels avec des partenaires multiples. Une autre MST menaçante est le HPV (Human Papilloma Virus), un virus dont il existe 70 types différents, dont certains provoquent la banale verrue cutanée, d’autres sont à l’origine de condylomes sur les organes génitaux. Certains présentent une action particulièrement virulente sur le col de l’utérus.«Il est traqué, surtout chez la femme, s’empresse de préciser le Dr Gerber. Car depuis cinq ans, on sait que certains types de HPV sont liés au cancer du col de l’utérus!»

Un meilleur diagnostic

Toutes les MST ne sont pas aussi sournoises, mais il en résulte que la femme est plus à risque, qu’elle est un très bon vecteur et surtout qu’elle est très vulnérable face à ces maladies. Et ce sont les femmes qui en subissent les plus grosses conséquences. «Aujourd’hui, le dépistage et l’information sont meilleurs. Nous avons le sentiment de bien mieux contrôler ces maladies et ceci parce que nous les diagnostiquons mieux», complète le Dr Gerber. Pour se prémunir d’une MST, mieux vaut se protéger. Et savoir que l’absence de symptôme ne veut pas dire absence de maladie. C’est dire qu’il est vivement conseillé de consulter un médecin si vous êtes volage.

À LIRE :

«Les maladies sexuellement transmissibles», Collection Que sais-je?

«MST, maladies taboues», Collection Autrement.

«SIDA et VIH en Suisse. Situation épidémiologique à fin 2000», (à télécharger sur le site internet de l’Office fédéral de la santé publique, adresse ci-dessous).

SUR INTERNET, LES SITES DE :

l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : www.who.int

Office fédéral de la santé publique : www.bag.admin.ch

L’association herpès en France : www.herpes.asso.fr

Tout sur les MST : www.affection.org