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Sea, sex and syphilis Les trois familles honteuses |
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Durant ces dix dernières années, les cas de maladies sexuellement transmissibles (MST) virales ont augmenté dans nos contrées. Ainsi, 20% des Suisses ont un herpès. Chaleur étouffante, envie de voyager, de sévader. Cest lété, la plage, les jupettes et les torses musclés. Cest le temps des fêtes, des longues soirées, des rencontres, des échanges. On se laisse aller. On oublie tout. Mari, femme, relations, boulot, stress : laventure cest laventure! «Sea, sex and sun.» Sans souci puisque cela narrive quaux autres, de toute façon on na jamais rien attrapé, quon a passé lâge, avec le temps, on pense être immunisé, alors on ne se protège pas, ou plus Mais au bout, il y a un gros risque de se retrouver
non seulement avec de nombreux souvenirs, mais aussi des organismes indésirables
tels que des virus, bactéries, parasites ou encore des champignons.
Et lété se termine par une visite aux urgences ou
dans la salle dattente de son médecin. Diagnostic probable
: une MST. Derrière cet acronyme se dissimulent les maladies sexuellement
transmissibles, aujourdhui encore considérées comme
des maladies honteuses. |
![]() Stefan Gerber, médecin en gynécologie-obstétrique, au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) de Lausanne |
Une MST, ou maladie vénérienne, est une maladie infectieuse susceptible de se transmettre lors de rapports sexuels, quils soient homosexuels ou hétérosexuels et quels que soient leurs modes : génital, oro-génital ou ano-génital. On dénombre une vingtaine de maladies infectieuses de gravité variable. «On peut les classer en trois grandes familles :
1. les infections bactériennes comme le gonocoque, la chlamydia,
la syphilis; 2. les infections parasitaires et fongiques dont font partie
les trichomonases et les candidoses; 3. les infections virales comme le
VIH, les hépatites, les condylomes ou encore lherpès
génital», précise Stefan Gerber, médecin en
gynécologie-obstétrique, au Centre Hospitalier Universitaire
Vaudois (CHUV) de Lausanne. «Sur les dix dernières années,
poursuit le Dr Gerber, les infections bactériennes, parasitaires
et fongiquessont en diminution dans les pays industrialisés, alors
que les infections dorigine virale sont en augmentation.» 300 millions de nouveaux cas par an Les chiffres sont alarmants. LesMST sont en progression
importante dans le monde avec 300 millions de nouveaux cas par an. Selon
les chiffres de lĠOMS (Organisation Mondiale de la Sant), leur augmentation
serait proche de 30 % pour lĠensemble de la plante. Alors quĠen 1990,
le nombre dĠinfections tait de 250 millions de cas annuels, il y a deux
ans, leur nombre sĠlevait 340 millions! LĠincidence des MST est leve
et ne cesse de crotre selon lĠOMS. LĠune des explications est lie
la mobilit accrue des populations et la disparition progressive des
coutumes traditionnelles, conduisant de nombreuses relations sexuelles
avec des partenaires multiples. |
![]() Le Dr Amalio Telenti, responsable de la consultation ambulatoire des maladies infectieuses au CHUV |
Ces maladies qui, pour de nombreuses personnes, sont encore
taboues, ne sont pas lapanage des pays non industrialisés
et la Suisse nest pas épargnée. «Limage
dune Suisse «propre», avecabsence de toute MST, nest
pas une réalité scientifique. Nous sommes plutôt surpris
de voir des incidences très élevées, comme pour lherpès
ou dautres infections telles les annexites (infections des trompes)»,
souligne le Dr Gerber. De plus, contrairement aux idées reçues,
les groupes dit «à risque» ne sont pas seulement les
toxicomanes ou les homosexuels, mais de plus en plus, les hétérosexuels
âgés de 30 à 45 ans. Pour quelles raisons? «Certes,
notre souci est centré sur les groupes marginaux, mais ce sont
les gens qui ne sestiment pas à risque qui sont les plus
touchés. Ils pensent que les MST et surtout le SIDA sont liés
à lhomosexualité ou à la toxicomanie. En réalité,
la moitié des nouveaux cas sont des hétérosexuels.
Lâge moyen de la personne infectée par le VIH est de
42 ans. Il est très difficile de faire des catégories :
vous trouverez à nos consultationsaussi bien des ouvriers, des
directeurs dentreprise, des jeunes, des très vieux, des paysans
que des personnes du milieu médical. Tout le monde», explique
le Dr Amalio Telenti, responsable de la consultation ambulatoire des maladies
infectieuses au CHUV. |
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«Peut-être que lété favorise
les rapports sexuels, tout comme le contexte des vacances, les voyages...
Mais on ne peut pas dire quil existe de relation particulière
entre lété et les MST», tient à clarifier
le Dr Gerber. Si les jeunes sont les plus menacés et que la moitié
de cette population est en danger de se faire contaminer par une MST avant
lâge de 20 ans, ce sont les quadragénaires qui font
exploser les statistiques. Lexplication? Pour les adolescents, la
capote a un prix. Il faut toujours en avoir une sur soi et, de ce fait,
la spontanéité disparaît. Mais pour les plus âgés,
on met plutôt en cause le ras-le-bol. On leur a répété
durant des années que, sils ne portaient pas cet objet, la
mort finirait par les emporter. Mais aujourdhui, le SIDA ne leur
fait plus peur. Avec les progrès en médecine, les vaccins
et autres médicaments, la tendance est au relâchement, à
linsouciance! Le retour de la «chaude-pisse» et de la syphilis Le sentiment dune omnipotence des nouveaux médicaments
pousse à diminuer notre vigilance ou à relâcher notre
attention quant à la prévention. De plus si lon écoute
lEglise, labstinence est de rigueur, et le port du condom
proscrit
Pour le Dr Telenti, spécialiste du SIDA, nul doute
: «Le préservatif est le seul moyen de se protéger
des MST.» Lutilisation correcte de ce contraceptif, aussi
durant les préliminaires, est un moyen simple et efficace déviter
linfection par les agents responsables des MST. Mais dans les couloirs
des urgences ou des cabinets médicaux, les MST sont dactualité,
et certaines infections aux noms évocateurs font un retour en force
comme la «chaude-pisse», que lon appelle aussi «chtouille»
ou blennorragie (écoulement purulent), la syphilis (appelée
aussi vérole), le chancre mou ou encore lherpès génital. |
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Les conséquences des maladies sexuellement transmissibles
peuventêtre graves. Certaines entraînent la stérilité,
surtout chez la femme. Elles peuvent engendrer des grossessesextra-utérines,
des accouchementsprématurés, des infections transmises aux
nouveaux-nés, ou encore des cancers du col de lutérus.
Si certaines (comme la syphilis) ne sont pas traitées, elles peuvent
conduire à des lésions variées, par exemple neurologiques
ou cardiaques. De plus, mis à part les symptômes spécifiques
à chacune de ces maladies, le danger réside dans le lien
entre MST et VIH (Virus de lImmuno-déficience Humaine). Car
les MST augmentent le risque de transmission sexuelle du virus du SIDA. «Il faut savoir que lon ne meurt pas
du virus du SIDA, mais des conséquences dautres maladies
induites par linfection virale, poursuit le chef dela consultation
des maladies infectieuses Amalio Telenti. En premier lieu, il faut différencier
le SIDA (Syndrome dImmuno-Déficience Acquise), du VIH. Le
VIH est une infection par le virus, et la personne contaminée peut
être totalement asymptomatique. Il sagit dune première
phase de la maladie (jusquà dix ans) qui est plus ou moins
silencieuse. Quant au SIDA, il sagit de la phase où la maladie
se déclare, entraînant des problèmes de santé
sévères (infections graves, cancers,
). Le virus détruit
le système immunitaire de la personne atteinte.» Toute personne infectée par le VIH peut transmettre
le virus. Selon les chiffres de lOffice fédéral de
la santé publique (OFSP), il y a eu un total de 7032 cas
de SIDA déclarés en Suisse entre 1983 et 2000, dont 5046
sont décédés. Le nombre annuel de nouveaux cas de
SIDA a régressé depuis 1995. Selon les estimations de lOFSP,
il y aurait entre 190 et 240 nouveaux cas par année. En ce qui
concerne les infections par le VIH, entre 1985 et 2000, 25011 personnes
ont été testées positives (31,6% de ces cas sont
des femmes). La plupart des nouvelles infections sont transmises par voies
sexuelles (contacts homosexuels 18 % et hétérosexuels 57
%!) et non par voie sanguine. Le groupe dâge le plus touché
est celui des 30 à 44 ans (53 % chez les hommes et 43 % chez les
femmes
). Environ deux tiers des personnes atteintes (VIH/SIDA) habitent
dans les agglomérations urbaines des cantons de Zurich, Genève,
Vaud, Berne, Bâleville et de Saint-Gall. «En 2002, il y aura
entre 500 et 600 nouveaux cas de personnes infectées par le virus,
en Suisse. Nous arriverons à traiter de manière optimale
2/3 de ces personnes, qui pourront sattendre à une évolution
contrôlée de la maladie», conclut le Dr Telenti. |
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Malgré des chiffres statistiques
inquiétants, il est difficile de faire une radiographie précise
des MST en Suisse puisque seulement deux dentre elles hépatite
B et SIDA / VIH) sont «à déclaration obligatoire»
par les médecins et les laboratoires. Alors que les infections
comme la gonorrhée, la chlamydia, le HPV et lherpès
ne le sont pas. Le Dr Gerber donne lexplication suivante : «Paradoxalement,
si les statistiques sont alarmantes, cest aussi que les outils de
dépistage sont beaucoup plus performants. Il y a deux ou trois
ans, sur dix personnes porteuses dune MST, nous nen découvrions
que deux ou trois qui étaient atteintes. Aujourdhui, ce sont
huit personnes sur dix!» 20 % des Suisses ont
un herpès Cest une maladie dont on ne se débarrasse
plus une fois contractée et qui peut récidiver sous linfluence
du stress, de la fatigue, du soleil, dun rapport sexuel et sans
être forcément accompagnée de lésion génitale.
«Le problème de lherpès est quil est asymptomatique
dans 70 % des cas et quil est récurrent, lui conférant
ainsi un profil idéal pour la transmission, souligne le Dr Gerber.
Les complications les plus sévères ont lieu lors des grossesses.
En effet, 80 % des enfants contaminés et qui font un herpès
néonatal proviennent de mères qui ne présententaucun
signe de la maladie lors de laccouchement. Dans 60 % des cas, les
enfants meurent ou ont un handicap neurologique grave.» |
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Et voilà la chlamydia et le HPV Avec lherpès génital, la chlamydia
tient aussi loscar des consultations. Cegerme induit une infection
qui touche 92 millions de personnes dans le monde et un nombre croissant
en Suisse, notamment chez les adolescentes. Cest une des premières
causes de stérilité féminine, due à latteinte
des trompes. Linfection est asymptomatique dans la moitié
des cas et se traduit par une inflammation de lurètre chez
lhomme et de lensemble de lutérus chez la femme.
La maladieétant sournoise, il est recommandé de procéder
à un dépistage si lon a des rapports sexuels avec
des partenaires multiples. Une autre MST menaçante est le HPV (Human
Papilloma Virus), un virus dont il existe 70 types différents,
dont certains provoquent la banale verrue cutanée, dautres
sont à lorigine de condylomes sur les organes génitaux.
Certains présentent une action particulièrement virulente
sur le col de lutérus.«Il est traqué, surtout
chez la femme, sempresse de préciser le Dr Gerber. Car depuis
cinq ans, on sait que certains types de HPV sont liés au cancer
du col de lutérus!» Toutes les MST ne sont pas aussi sournoises, mais il en
résulte que la femme est plus à risque, quelle est
un très bon vecteur et surtout quelle est très vulnérable
face à ces maladies. Et ce sont les femmes qui en subissent les
plus grosses conséquences. «Aujourdhui, le dépistage
et linformation sont meilleurs. Nous avons le sentiment de bien
mieux contrôler ces maladies et ceci parce que nous les diagnostiquons
mieux», complète le Dr Gerber. Pour se prémunir dune
MST, mieux vaut se protéger. Et savoir que labsence de symptôme
ne veut pas dire absence de maladie. Cest dire quil est vivement
conseillé de consulter un médecin si vous êtes volage. |
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«Les maladies sexuellement transmissibles»,
Collection Que sais-je? lOrganisation mondiale de la santé (OMS) :
www.who.int |
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