Noël revisité

 

 


A force d’entendre cette histoire à chaque veillée de Noël, on avait fini par y croire. D’abord, la naissance de Jésus. Et puis, très vite, l’ombre menaçante du roi Hérode.
Ce vieuxtyran qui craint d’être détrôné par l’enfant-roi et qui donne l’ordre de passer tous les nouveaux-nés au fil de l’épée. Le massacre des Innocents. Le côté obscur de la Nativité. Reste que, 2000 ans plus tard, le sérieux de cet épisode sanglant est remis en cause.Puisque l’on sait désormais que le roi Hérode disposait d’un alibi irréfutable: il était mort plusieurs années avant la naissance de Jésus.

Sale coup pour la paroisse,forcée de réécrire un épisode de la mythologie de Noël à la lumière de la recherche historique. Comment les Evangiles ont-ils pu manquer à ce point de parole? C’est la faute de la maman, répond l’historien de l’Antiquité. Marie aurait confondu Hérode Ier le Grand et son successeur Hérode Archélaos quand elle a raconté l’histoire de la naissance de son fils à ceux qui nous l’ont rapportée. C’est la faute de Matthieu, répond le théologien, qui estime que cet évangéliste aurait cherché à enluminer le récit de la Nativité, pour tirer un parallèle entre Jésus et Moïse.

Une situation paradoxale, avec d’un côté l’historien qui cherche unemanière de comprendre la Bible à la lettre. Et de l’autre, un théologien qui envisage sereinement que certains épisodes bibliques aient pu être arrangés pour la bonne cause. Le signe, sans doute, que nous sommes entrés dans une épo-que adulte où il est possible de réfléchir sans œillères sur des textes sacrés. Et la preuve que, après deux mille ans d’exégèse, la Bible permet encore de nouvelles lectures. C’est peut-être cela, le véritable miracle de Noël.

Jocelyn Rochat

 

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