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Ce que disent les absentionnistes Tous les pays sont touchés
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![]() René Knüssel, professeur assistant à l'Institut d'anthropologie et de sociologie de la Faculté des sciences sociales et politiques de l'UNIL |
Grâce
à l’introduction du vote par correspondance, le canton de Vaud
a fait diminuer son taux d’abstentionnistes. Malgré cette facilité,
une bonne moitié des électeurs continue à bouder les
urnes. Explications.
«L’enfant croit au Père Noël. L’adulte n’y croit pas, il vote», ironisait l’humoriste Pierre Desproges. Eh bien, en Suisse, l’adulte ne croit pas au Père Noël, et il ne vote pas non plus. Ou si peu. Pour s’en assurer, il suffit de jeter un coup d’œil aux faibles taux de participation lors des votations ou des élections. Et l’on découvre que, souvent, les abstentionnistes forment la majorité du corps électoral. Signe de crise du système? La classe politique s’inquiète et s’interroge sur la signification de l’abstention comme sur le message que transmettent indirectement ces citoyens qui n’exercent pas leurs droits civiques. Elle cherche surtout des remèdes. A l’image du canton de Vaud, habituellement l’un des plus mauvais élèves lors des votations fédérales, qui a introduit l’an dernier le vote par correspondance généralisé. Un remède efficace, puisque la boîte aux lettres a dopé le taux de participation. Reste que le fort taux d’abstentionnisme n’a inquiété personne pendant longtemps. Notamment parce qu’il était sous-évalué, car calculé par rapport aux nombres d’électeurs inscrits. Le regard se portait alors sur le taux de participation censé exprimer l’intérêt à la chose politique. Mais à la longue, il a fallu se rendre à l’évidence : l’abstention n’a cessé d’augmenter, plus ou moins régulièrement. Et pas seulement en Suisse où, lors des deux dernières votations fédérales, ce sont 53,3 % de la population qui se sont abstenus. Un article paru dans «Le Monde Diplomatique»*
donne quelques chif-fres sur les autres vieilles démocraties touchées
par le phénomène : l’abstention a ainsi atteint 40
% lors des dernières législatives de juin 2001 au Royaume-Uni.
Elle était même de 68,5 % en Irlande, lors du référendum
de juin 2001 sur le Traité de Nice. Et en France, la participation
a baissé de 5 % à 10 % selon les types d’élections
en vingt ans environ, pour culminer à 69,3 % d’abstention
lors du référendum sur le quinquennat de 2000. |
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Un mal plus vieux qu’on ne le pense Ce que ces chiffres décevants ne disent pas, c’est que l’abstentionnisme n’est pas un mal d’aujourd’hui. En réalité, il a toujours été un compagnon de voyage fidèle de la Suisse. Dans le canton de Vaud par exemple, le taux de participation aux votations cantonales n’a dépassé 50 % de participation qu’à neuf reprises au cours du XXe siècle. Et ce sur une centaine de consultations. Toutefois, ne pas participer à des votations ou
des élections n’est pas nécessairement signe de passivité
ou de désintérêt politique. L’abstentionnisme
peut parfois se transformer en manifestation politique. «Pourquoi
est-il perçu aussi négativement par l’en-semble des
responsables et formations politiques, dès lors que sa signification
n’est pas interprétable négativement?» interroge
le politologue René Knüsel, professeur assistant à
l’Institut d’an-thropologie et de sociologie de la Faculté
des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne.
Tout simplement parce qu’une faible participation a pour conséquence
une légitimité réduite et qu’elle produit un
certain malaise dans les rapports entre élus et électeurs. |
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Vider la démocratie de son sens Il faut donc essayer de comprendre qui sont les abstentionnistes. «Si l’on schématise, l’abstentionniste est une personne qui est «coupable» d’un non-acte, relève René Knüsel. Elle a un droit et un devoir. On lui offre la possibilité de s’associer à la vie civique par la participation et elle ne le fait pas. Dans le même temps, elle a le devoir de le faire. Plusieurs sentiments prévalent. C’est une personne qui ne fait pas son devoir de citoyen et qui n’exerce pas ses droits. Elle vide le sens de la démocratie qui ségrégationne entre le «bon» et le moins bon citoyen. Et les gens n’avouent pas volontiers leur comportement abstentionniste puisqu’il est perçu comme moralement répréhensible et déviant.» Sur un plan sociologique, plusieurs facteurs peuvent expliquer
leur attitude : le statut socio-économique et religieux, le niveau
d’éducation, la socialisation politique, les motivations
politiques et / ou religieuses.. Par leur attitude, les abstentionnistes interrogent le sens même de la démocratie. Ils montrent qu’il y a dans son fonctionnement quelque chose qui ne correspond pas à la réalité qu’ils désirent. «Ils ont l’impression soit qu’ils ne sont pas compris, soit qu’ils constituent une quantité négligeable, soit que la démocratie est un leurre et qu’ils sont victimes d’une farce», résume René Knüsel. Même s’il est difficile de cerner qui sont
ces 60 % d’abstentionnistes pres-que réguliers en Suisse,
peut-on en donner les traits principaux? «Ce sont des gens qui ont
généralement une insertion limitée dans la vie active
et / ou peu d’emprise sur leur destin, précise le politologue.
Corollaire, plus on est jeune, moins on vote. Jusqu’à l’âge
de 30 ans, on est assez largement abstentionniste et de façon plus
caricaturale, dès l’âge de 62 ans pour les femmes et
65 ans pour les hommes, l’abstentionnisme est répandu. Ceux
qui votent sont d’abord des gens intégrés dans la
vie active, qui voient un intérêt immédiat aux questions
qu’on leur pose. Il y a un lien entre l’utilité du
vote et la vie active et l’engagement. C’est une hypothèse
assez forte.» Les «bonnes» raisons de s’abstenir Il y a d’autres explications à ces taux d’abstention élevés : notre démocratie est exigeante. On ne s’improvise pas citoyen. Voter n’est pas un acte aussi simple que cela. En Suisse, le débat politique est sur la place publique en permanence. Avec des sujets plus ou moins chauds, plus ou moins complexes, qui touchent parfois le communal, le cantonal, le fédéral et même l’international. Sur lesquels il s’agit d’avoir des quantités d’informations pour se prononcer. Voter est donc exigeant en termes d’informations. Les citoyens, s’ils veulent être au courant,
doivent constamment se si-tuer par rapport à l’actualité.
S’ils ne comprennent pas les sujets proposés, «les
gens se déclarent incompétents et dé-crochent! conclut
René Knüsel. Certains se disent incapables de décider
et s’abstiennent «sagement». Car ils ne comprennent
pas les enjeux, ils ne comprennent pas ce qu’est un produit génétiquement
modifié, ce que veut dire l’UDC lorsqu’elle veut interdire
ou restrein-dre l’accueil des réfugiés... Et cela
devient une attitude cohérente.» |
![]() ![]() Vincent Grandjean, chancelier de l'Etat de vaud, licencié en droit de l'UNIL |
Une
minorité qui décide
Cette attitude focalise le débat et la prise de décision autour d’une minorité d’électeurs, donc sur une élite. Quand, lors d’une élection, 50 %, voire moins, de la population se déplace, – ce qui ne fait qu’un citoyen sur quatre ou trois dans le canton de Vaud, et probablement qu’un habitant sur cinq en Suisse –, c’est bien une minorité qui décide! Comment inverser cette attitude? Comment favoriser la participation
électo-rale et lui donner un sens? En deux mots : comment contrer
l’abstentionnisme? En Suisse, des étapes im-portantes ont
été marquées par le droit de vote universel, le droit
de vote et d’éligibilité des femmes, l’abaissement
du droit de vote à 18 ans, le vote et l’élection des
étrangers et surtout par l’introduction de l’accès
facilité au vote via le vote par correspondance généralisé. Le vote par correspondance généralisé C’est le cas dans le canton de Vaud qui l’a
introduit le 2 juin 2002, comme le souligne Vincent Grandjean, chancelier
de l’Etat de Vaud, licencié en droit de l’Université
de Lausanne: «Le vote par correspondance généralisé
a été un sujet souvent évoqué au Conseil d’Etat
lors de la dernière législature (1994-98). D’abord
parce que la plupart des cantons s’y étaient mis et que ce
vote avait un effet bénéfique sur le taux de participation.
Et ensuite par une autre réflexion venue simultanément :
l’Etat a fait un effort général de modernisation,
qui vise à considérer les gens comme des «clients».
Dans cette approche, on s’est donc demandé comment ils souhaitent
voter sur un plan pratique.» |
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De la lanterne rouge au peloton de tête Cette évolution a métamorphosé les habitudes des Vaudois. Lors des quatre votations fédérales précédentes, le canton avait eu trois fois le taux de participation le plus faible de Suisse et une fois le quatrième depuis la fin. Mais le 2 juin dernier, le taux de participation est soudain passé de 34 % en moyenne ces dernières années (1995 à 2001) à 48,4 %! Ce qui constitue tout simplement la plus grosse affluence pour un objet cantonal depuis l’introduction du vote des femmes en 1959. Du coup, voilà que Vaud remonte au 6e rang
national derrière Schaffhouse (où le vote est obligatoire
et la non-participation sanctionnée d’une amende de cinq
francs) et Genève (où l’affranchissement est payé
par le canton). Un résultat qui aurait pu être encore meilleur
si tous les votes avaient pu être pris en compte (3 % des votes
ont été déclarés nuls contre 0,2 % habituellement).
«Notre travail ne s’arrête pas
là, poursuit Vincent Grandjean. Nous devons toujours susciter l’intérêt
des électeurs. Nous avons développé la qualité
des brochures, la lisibilité, les illustrations et notre site internet.
Notre intérêt se porte aussi sur le vote électronique
qui peut drainer des gens, comme les jeunes par exemple. Mais le fait
de développer la politique de communication de l’Etat, d’informer
plus largement, notamment sur l’enjeu des scrutins sans tomber dans
la propagande, reste pour nous une des plus grandes difficultés.
Nous ne devons pas fausser le débat démocratique avant la
votation. Les jeux ne sont pas faits et il y a des alternatives!» |
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L’augmentation sensible du nombre de votants n’a pas été la seule évolution provoquée par la mise en place du vote par correspondance. La manière de voter a également changé – et de façon considérable –, puisqu’il y a eu une inversion complète du comportement des citoyens : quatre cinquièmes des électeurs ont voté par correspondance et seul un cinquième s’est rendu au bureau de vote. A cela s’ajoute un deuxième changement radical
concernant le moment du vote, puisque la moitié des électeurs
votent beaucoup plus tôt que par le passé : aujourd’hui,
ce sont 23 % des gens qui remplissent leur bulletin dès réception
du matériel de vote, et 23 % la 2e semaine avant le scrutin. Seuls
54 % font leur choix la semaine du scrutin. |
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Ce changement des habitudes n’est pas sans effet,
comme on a pu le voir récemment lors du vote sur le projet de métro
M2. Quelques jours avant les votations cantonales, le conseiller «Une erreur tactique de sa part, insiste le politologue
René Knüsel. Désormais, le comportement est modifié
et les gens votent de plus en plus tôt.» Une accélération
de la prise de décision que les partis et les hommes politiques
devront désormais prendre en compte, s’ils veulent continuer
à peser sur les votes. |
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«L’abstentionnisme
est-il un signe de crise pour Le site de l’Etat de Vaud www.vd.ch Le site de la Confédération www.admin.ch Ou encore : |
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