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Certains
produits chimiques contiennent des molécules, dites «perturbateurs
endocriniens», qui sont soupçonnées de provoquer des
troubles du développement et de la fertilité. Les êtres
humains et les animaux sont concernés. Explications.
Tout commence avec la découverte de l’atrophie du pénis
chez l’alligator de Floride. Et peu à peu, partout dans le
monde développé, les observations se multiplient: malformations
des organes reproducteurs chez les poissons, féminisation des mâles
et masculinisation des femelles, hermaphrodisme, baisse de fertilité
chez diverses espèces animales, réduction notable des populations
de grenouilles, disparition de la loutre en Suisse. Les faits sont surtout
marqués chez les habitants du milieu aquatique. Mais aucune espèce
n’est épargnée, ni les chez les vertébrés,
ni chez les invertébrés: du mollusque au béluga en
passant par les oiseaux, tout le monde est touché.
L’homme n’est pas
à l’abri
Ensuite vient cette constatation: la quantité de spermatozoïdes
chez le mâle humain se réduit, laissant imaginer que l’Homme
lui-même serait atteint! Bien sûr, on commence à se
poser des questions sur l’origine de cette situation... Car ce récit
qui ressemble à une histoire de science-fiction est bien une réalité.
Toutes les espèces voient leur système reproducteur affecté,
d’une manière ou d’une autre. D’où le
soupçon qui pèse sur le système hormonal, qui serait
la cause de ces perturbations. Mais pourquoi? Comment? La quantité
de questions encore ouvertes dans le domaine dépasse de loin les
certitudes.
Au plan international, on se soucie de ces phénomènes
depuis une dizaine d’années seulement. En Suisse, un programme
de recherche du Fonds national suisse (FNS) est en cours. Car si les certitudes
absolues sont rares, la préoccupation est réelle: «Des
produits chimiques analogues aux hormones, que l’on appelle des
perturbateurs endocriniens, sont soupçonnés d’être
responsables de l’incidence croissante de certaines maladies et
de troubles du développement chez les êtres humains et les
animaux», écrit Felix Althaus, le président du comité
de direction du programme et professeur à l’Institut de pharmacologie
et toxicologie de l’Université de Zurich.
Peinture,
médicaments, emballages plastiques, etc...
Reste à étayer ces soupçons. De nombreux
scientifiques y travaillent actuellement: dix-sept équipes sont
réunies dans un programme interdisciplinaire. L’une d’elles
est celle du professeur Walter Wahli, biologiste
et généticien de l’Institut de biologie animale de
l’Université de Lausanne, récemment nommé
vice-président de la division Biologie et médecine du Conseil
national de la recherche (lire en page 55 quelques explications à
propos de cette recherche pointue, qui concerne les mécanismes
moléculaires).
Les
perturbateurs endocriniens sont présents dans des objets et matières
aussi hétéroclites que les boues des stations d’épuration,
les pesticides agricoles, les peintures employées sur la coque
des bateaux, les résidus de médicaments rejetés dans
l’eau. Ou encore les sacs utilisés pour les perfusions, les
gants en PVC, l’emballage plastique de produits alimentaires, entre
autres. La fabrication de ces derniers, par exemple, implique «une
catégorie de ces perturbateurs qui appartiennent à la famille
chimique des phtalates. Ils sont utilisés comme assouplisseurs
de plastique», note Walter Wahli.
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Faut-il
se méfier des crèmes solaires?
Pas très rassurant non plus, on soupçonne
certaines crèmes solaires de contenir de ces molécules agissant
au niveau hormonal. S’enduire la peau de crème pendant vingt
ans peut-il conduire à une baisse de fertilité? «Une
des études du programme s’intéresse à cette
problématique en particulier. Nous sommes là devant la question
des effets à long terme, très mal connus, relève
le généticien. Si, par analogie, on pense à des maladies
du métabolisme comme l’obésité, par exemple,
on voit que des perturbations relativement faibles au départ conduisent
avec le temps à des problèmes importants.»
D’autant que ces molécules perturbatrices
ont tendance à s’accumuler dans les graisses (on les appelle
«lipophiles») et sont relativement stables, c’est-à-dire
qu’elles ne se dégradent pas rapidement. Une fois qu’elles
se sont introduites dans l’organisme, par le biais de la chaîne
alimentaire ou autrement, elles s’y incrustent pour longtemps.
Quant à savoir si elles agissent déjà
à doses infinitésimales, voire n’agissent qu’à
ces doses, c’est ce que les recherches doivent établir, parmi
beaucoup d’autres faits. Car outre cet effet dose, qui reste à
éclaircir, l’effet de combinaisons doit lui aussi être
élucidé. Si deux ou trois de ces perturbateurs agissent
simultanément, la perturbation est-elle nettement plus forte? Y
a-t-il des synergies? Mystère, pour le moment.
Le «bon» et le «mauvais
» moment
Autre problème avec ces fameux perturbateurs endocriniens: ce sont
des molécules d’autant plus difficiles à traquer que
leur action peut s’exercer au «bon» ou au «mauvais»
moment. «Nos glandes produisent les hormones d’une manière
contrôlée, ce qui fait que nous avons normalement un développement
et un fonctionnement coordonné et harmonieux de notre organisme.
L’exposition à un polluant, en plus d’effets perturbateurs
comme le blocage du mécanisme moléculaire de l’action
hormonale, par exemple, peut éventuellement activer ce mécanisme
au mauvais moment, explique Walter Wahli. Dans le cas de la puberté,
par exemple, elle peut induire la mise en route de tout le système
de maturation sexuelle prématurément. La même action
à un moment qui ne serait pas inadéquat n’aurait aucun
effet. Car certaines de ces molécules polluantes miment totalement
l’action de l’hormone produite par l’organisme.»
Cette affaire de mimétisme est au cœur du problème.
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Et
maintenant, que faire?
Et, pour couronner le tout, la nature n’est pas aussi innocente
qu’elle en a l’air: des molécules naturelles, exerçant
leur action au mauvais moment, peuvent fonctionner comme des perturbateurs
endocriniens. En concentration trop élevée, les phytœustrogènes
produites par des plantes comme le soja, par exemple, peuvent dérégler
toute la machine. Chez l’adulte souffrant d’ostéoporose,
leur effet positif est quasi assuré. Mais administrées en
excès à un nourrisson, elles perturberont son développement.
Reste à espérer, comme le souhaite la direction
du programme du FNS, la création «d’une plateforme
de consensus pour l’industrie et le législateur sur la manière
d’éviter l’impact négatif de ces perturbateurs
endocriniens». Et que soient définies «des recommandations
ayant trait au développement de nouvelles substances».
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Sur la piste du perturbateur
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