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Economie |
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L’industrie
du ski a-t-elle encore un avenir?
par
Anne Gaudard, journaliste RP
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Il
y avait déjà la diminution des jours de ski, la raréfaction
de la neige, le vieillissement des adeptes et le réchauffement
de la planète. Désormais, les sports d’hiver sont
même concurrencés par les jeux vidéo. C’est
dire qu’il est temps de réagir.
«Enfin,
on éveille les rêves, on touche à l’imagination.
Regardez ces affiches de neige, de soleil, de montagne... C’est
magique, spectaculaire!» Non, pour Peter Keller,
le tourisme hivernal n’est pas moribond. Il a des ressources, mais
encore faut-il les rendre attractives, compétitives, insiste le
professeur à l’Unité d’enseignement et de recherche
en tourisme de l’Ecole des HEC de l’Université de Lausanne.
Qui se montre ainsi enthousiaste face aux dernières campagnes de
Suisse Tourisme. On a remis le rêve au cœur de la montagne.
Les plages de l’hémisphère Sud n’ont plus le
monopole de la représentation du plaisir.
Une pente périlleuse
N’empêche!
L’industrie des sports d’hiver se trouve depuis quelques an-nées
au milieu d’une pente périlleuse. Elle vit «sa middlelife
crisis», pour re-prendre une expression du directeur de l’Institut
pour l’économie de service et le tourisme d’Innsbruck
(Autriche), Klaus Weiermair. Arrivée à maturité,
cette branche stagne dans ses zones traditionnelles de recrutement que
sont l’arc alpin et les Rocheuses nord-américaines et peine
à se développer dans les pays émergents.
Une neige trop rare
Plusieurs facteurs désormais répertoriés entravent
la croissance des activités de sports d’hiver. Il y a bien
sûr la diminution des jours de ski annuels, en raison notamment
de la raréfaction de la neige. Elément naturel devenu bien
économique, la neige engendre des coûts (canons), ce qui
renchérit en-core la production de ce loisir. L’absence chronique
de flocons en plaine influe par ailleurs sur la motivation des skieurs
potentiels, poursuit le professeur Keller qui constate également
une baisse du nombre de camps de ski à l’école.
L’espace limité lié à la pratique de ces sports
de saison (pentes et altitudes appropriées) est aussi un frein
à l’expansion des sports de neige. A l’exception de
la construction de skidômes comme au Japon ou aux Pays-Bas, difficile
de faire du ski partout!
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Le
jeu vidéo concurrence aussi le ski
Les activités de sports d’hiver sont également menacées
par la prolifération des loisirs alternatifs. Peter Keller raconte
ainsi qu’un des responsables de la station américaine de
Vail lui a confié que les responsables locaux avaient constaté
que la multiplication des jeux vidéo constituait l’un des
facteurs explicatifs de la baisse des excursionnistes en provenance des
grands centres!
A cela s’ajoute le vieillissement de la population: selon une étude
française, en vingt ans, les moins de 20 ans ont reculé
de 10% sur les pistes alors que les plus de 50 ans ont crû de 10%.
A terme, cette évolution posera un problème de relève.
Vient aussi la faible internationalisation d’un secteur qui ne pèse
finalement que 3 à 4% du marché touristique mondial. Les
skieurs proviennent en effet généralement de régions
proches des zones où l’on pratique les sports d’hiver.
La sphère de recrutement peine ainsi à s’élargir.
Du coup, cela signifie que les skieurs proviennent des pays proches des
stations. Et que l’on a beaucoup de peine à toucher les autres.
Enfin, souligne le professeur, la trop longue absence de marketing tourné
vers la clientèle et surtout, des structures inadaptées
aux exigences du marché reflètent l’obsolescence d’une
industrie qui s’est endormie sur ses acquis, qui n’a pas vu
arriver le changement. Elle ressemble à ces slalomeurs qui comptent
sur l’avantage obtenu dans la première manche pour gagner!
La
riposte des fabricants de matériel
Depuis
quelques années, certains ont réagi à la crise de
l’industrie des sports d’hiver. A commencer par les fabricants
de matériel qui rendent la pratique de la glisse plus accessible
(carving, snowblade, etc.). Globalement, en Suisse, décrit Peter
Keller, «les remontées mécaniques ont mis plus de
temps à se restructurer ou à fusionner, car elles sont souvent
considérées dans les régions de montagne comme infrastructures.
Reste que l’offre a diminué, diminue et va encore diminuer.
Une tendance que je considère comme bonne pour la compétitivité
de cette branche touristique suisse sur le plan international.»
Cette remise en question n’est pas limitée à l’Helvétie.
Station huppée du Colorado (USA), Aspen est ainsi en train de se
refaire une beauté. Elle repense son décor urbain afin de
mieux satisfaire une clientèle qui ne se déplace plus seulement
pour le ski, mais qui recherche un encadrement à la hauteur de
ses multiples envies de loisirs, comme l’a narré Stan Clausen,
architecte, lors des derniers Sommets du tourisme organisés en
décembre à Chamonix et placés notamment sous le patronage
d’HEC Lausanne.
Le tourisme d’hiver doux n’est pas une
alternative
Egalement directeur du tourisme au Secrétariat d’Etat à
l’économie (Seco), Peter Keller prône une approche
qui suit un «schéma d’économie industrielle
résumant la structure, la stratégie et la performance des
remontées mécaniques, moteur des stations de sports d’hiver».
Car, poursuit-il «le tourisme d’hiver doux, qui n’utilise
pas les installations de transport ou les pistes de ski, n’est pas
une alternative économique intéressante aux sports de glisse».
Toujours selon Peter Keller, «la force de l’industrie du ski
réside dans sa clientèle à fort pouvoir d’achat».
Mais, nuance-t-il, «fidèle et critique, celle-ci a incité
les gestionnaires à trop investir pour améliorer l’attractivité
et le confort des installations».
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23%
des stations suisses sont gravement menacées
En
Suisse, 26% des exploitations de remontées mécaniques sont
compétitives sur le plan international, 9% sont peu rentables mais
peu endettées, 42% sont surendettées mais capables de survivre
et 23% sont gravement menacées, a démontré Peter
Keller dans une étude en 2001. Le haut du panier correspond aux
grandes stations renommées et qui, à l’instar de Davos
ou Zermatt, ont récemment fusionné leurs compagnies de remontées
mécaniques ou qui, comme Verbier, ont cherché un financement
en Bourse et ont ouvert leur capital à une multinationale de la
neige comme la française CDA (Compagnie des Alpes).
Deux catégories de stations émergent de l’actuel courant
de restructuration: les grandes stations à vocation internationale,
capables de répondre aux attentes d’une clientèle
experte en sports de glisse ainsi qu’aux exigences des grands tour-operators,
et les petites stations destinées à une clientèle
locale suffisamment importante pour rentabiliser des installations existantes.
Les stations qui ont de l’avenir
Bref, les stations qui ont de l’avenir sont des lieux de villégiature
hivernale bien lovés dans des niches bien définies, qui
ont su exploiter les tendances actuelles que peuvent être par exemple
la famille ou à l’inverse les célibataires, pour leur
offrir des produits bien emballés à leur goût et prêts
à répondre à leurs nombreux désirs. Des destinations
qui, en Suisse surtout, parviennent aussi à vanter à merveille
leur «génie local», histoire de faire notamment oublier
l’image de cherté qui colle aux lattes des stations helvétiques.
C’est aussi pour cette dualité qu’a opté la
Province de Turin (Italie) lorsqu’il s’est agi de parler stratégie
en vue de l’organisation des stations autour des Jeux olympiques
de 2006, a rappelé Mario Burgay, responsable de ce domaine au niveau
régional, aux Sommets du tourisme. Il s’agit, en résumé,
de développer les centres comme Sestrières ou Bardonecchia,
et de les repositionner dans une gamme un peu supérieure à
celle qu’elles occupent actuellement, tout en maintenant l’offre
des destinations non olympiques des vallées latérales vouées
à une clientèle locale.
Les stations doivent devenir des acteurs industriels

Cette
réorganisation du paysage des remontées mécaniques
passe bien sûr sous les fourches caudines des conditions de financement.
S’il convient de la difficulté de l’exercice, Peter
Keller défend une solution privée avec, comme rôle
assigné à l’Etat, un subventionnement autorisé
aux seules entreprises viables à long terme et indispensables pour
leur économie régionale.
Le professeur lausannois parle alors de quelque chose approchant le capital-risque.
Pour parvenir à se positionner sur une pente de plus en plus raide
et bosselée, Peter Keller incite inlassablement les stations à
se comporter comme n’importe quel acteur industriel, à analyser
leurs avantages ou désavantages de localisation. Puis, à
elles de décider de se positionner sans équivoque sur des
marchés cibles, d’œuvrer avec l’industrie du voyage,
d’opter pour une intégration de toutes les activités
de la glisse, de choisir des modèles d’affaires capables
de croître dans un marché saturé, de créer
des unités de production plus grandes, etc.
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Améliorer le marketing
Afin de vraiment tirer profit d’un secteur qui peut être lucratif
et bénéfique pour les régions de montagne qui en
ont fait le choix, une fois cette réflexion faite, Peter Keller
insiste donc sur la mise en place d’une structure adaptée
et... d’un plan marketing offensif et ciblé. On a souvent
tiré à boulets rouges sur ces Suisses qui ne savent pas
se vendre. On a souvent encensé ces Autrichiens qui, eux, se positionnaient
si bien sur les marchés.
Même s’il n’aime pas le mot, Peter Keller convient du
rôle important du marketing. Pour preuve: les Autrichiens n’ont
pas encore entamé la restructuration qui touche déjà
l’hôtellerie helvétique et pourtant ils vendent! Donc,
constate Klaus Weiermair, «l’Autriche bénéficie
d’une clientèle traditionnelle globalement germanophone qui
aime l’unité de ton linguistique et culturelle de travailleurs
locaux dont le taux dépasse celui effectif en Suisse.»

Les
Suisses ne doivent pas faire de complexes
Mais, constate encore Klaus Weiermair, «l’Autriche possède
trop de produits moyen de gamme, et manque de produits haut de gamme.
L’artisanat touche aujourd’hui aux limites de son efficacité.
Elle devra aussi passer par une période de restructuration. De
plus, ses stations sont en moyenne situées à plus basse
altitude que leurs homologues helvétiques.» Font aussi défaut,
poursuit le professeur d’Innsbruck, «des centres de shopping,
très importants en montagne aussi, car il faut satisfaire le consommateur
dans tous les domaines».
Bref... selon lui, les Suisses n’ont pas tant de complexes à
avoir face à leurs voisins! «Ils sont peut-être un
peu trop sérieux...», lâche-t-il encore en ajoutant
que la recette est simple, il faut mieux se vendre! Mais attention à
ne pas créer des marques sans produits! «Si je suis unique,
je peux tout vendre», conclut-il.
«On a oublié le client!»
Peter Keller ne désespère pas et les exemples de stations
ayant su se positionner affluent à ses lèvres: «Savognin
(GR) qui décline son logo «Mein Ziel Savognin (Mon but Savognin)»
ou encore Hoch-Ybrig dans le canton de Schwyz qui s’est fait un
nom comme paradis des sports d’hiver proche de Zurich. Nombreux
sont les exemples de stations qui se sont repositionnées ou qui
ont su se créer une image à partir de rien et qui ont ensuite
su rendre cette image durable.»
Et le professeur lausannois de citer des actions concertées organisées
par plusieurs stations qui ont lancé l’Engadin Card. «Le
problème c’est que, pendant des années, on a oublié
le client! Mais elle arrive, cette approche client...»
Sourire compris?
Les
exemples de Flims, Zermatt et Montana
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