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Peut-être
parce que c’est bon, tout simplement.
En effet, rien dans sa composition ne semble susceptible de provoquer
une dépendance, assure le neurobiologiste moléculaire
lausannois Jean-René Cardinaux.
Des accros au chocolat, il y en a. Mais pourquoi
cet aliment provoque-t-il de tels élans? Parce qu’il serait
aphrodisiaque, antidépresseur, et qu’il favoriserait la concentration.
Certains prétendent même en être dépendants.
A les entendre, le chocolat serait l’objet d’un débat
cornélien : s’ils craquent et qu’ils en croquent, les
voilà bourrés de remords. S’ils se restreignent, ils
ne pensent plus qu’à cela, pris par le «craving»,
cet intense et irrépressible désir de la chose.
Est-ce grave? Certainement pas. Les termes de dépendance et d’addiction
décrivent des réalités autrement préoccupantes
qu’il ne faudrait pas banaliser. Ces notions ne s’appliquent
pas vraiment au chocolat, du moins si l’on considère qu’elles
impliquent l’expérience du manque lorsque l’on est
privé de la substance consommée. Or rien de tel ne se produit
avec le chocolat.
Le
chocolat n’est pas une drogue
Et pourtant, tout le monde a déjà rencontré ces individus
qui se disent incapables de résister à l’appel des
pralinés. Alors, existe-t-il des substances contenues dans ce fameux
aliment qui seraient susceptibles d’expliquer son attrait quasi
diabolique? Pour Jean-René Cardinaux, la réponse est claire
: c’est non. En revanche, une structure du cerveau, le circuit de
la récompense, est bel et bien impliquée dans l’affaire.
Neurobiologiste moléculaire au Service universitaire de psychiatrie
de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA) et chercheur au Centre
de neurosciences psychiatriques (CNP) à Cery, ses travaux portent
sur le phénomène de l’addiction.
Auteur d’une conférence intitulée : «Chocolat
bien aimé, le plaisir des sens et de l’âme»,
il explique qu’«aucune preuve convaincante n’a été
apportée concernant des substances supposées être
actives. Jusqu’à nouvel ordre, du moins. Mais peut-être
restent-elles à découvrir puisque le chocolat contient des
centaines de substances.»

La
piste de l’antidépresseur
Parmi celles que l’on connaît, en tout cas, ni la théobromine,
une substance proche de la caféine, ni le tryptophane, le précurseur
de la sérotonine, ni la sérotonine elle-même, un neurotransmetteur,
ne peuvent être tenus pour responsables de cette prétendue
dépendance.
«Un déficit de sérotonine de certaines parties du
cerveau est impliqué dans la dépression. On pensait donc
que le fait d’en ingérer pourrait avoir un effet antidépresseur.
Mais cette piste ne permet pas vraiment d’expliquer l’effet
du chocolat, estime Jean-René Cardinaux. D’abord, dans le
cas du tryptophane, on trouve de plus grandes quantités de cet
acide aminé dans d’autres aliments, comme les œufs ou
le maïs, n’ayant pas les vertus du chocolat. D’autre
part, une étude a montré que l’envie irrépressible
de consommer du chocolat n’était pas assouvie par une capsule
contenant les mêmes substances psychoactives que le chocolat, sous
forme de poudre de cacao.»
Un
joint de cannabis égale 25 kilos de chocolat
Parmi les autres substances soupçonnées d’agir sur
l’humeur, il y a des cannabinoïdes, proches du THC (tétrahydrocannabinol),
principe actif du cannabis. Mais là non plus, il n’est pas
très réaliste d’imaginer un effet notable : une personne
de 70 kilos devrait consommer en une fois 25 kilos de chocolat pour parvenir
à l’effet d’un joint. Quant à ses vertus aphrodisiaques
ou à son action bénéfique sur la concentration, rien
ne vient non plus les étayer, dans l’état actuel des
connaissances.
Mais alors, qu’en est-il du fameux «craving», cette
irrépressible attirance, qui suscite de terribles conflits chez
les «accros»? Si dépendance il y a, elle est d’ordre
comportemental et met en jeu ce qui se trame dans le circuit
de la récompense. Car, décidément, aucune substance
propre au chocolat ne serait impliquée dans les envies et la consommation
intempestives.
«Pas plus qu’il n’y a de produit en cause dans certaines
formes de jeux ou de shopping pathologiques, qui induisent chez certains
une attitude tout aussi difficile à gérer, accompagnée
de la sensation de perte de contrôle. Dans tous ces cas, des modifications
du cerveau peuvent toutefois survenir, qui font que l’on développe
bel et bien une compulsion», remarque Jean-René Cardinaux.
L’addiction
à la carotte
Drôle d’aliment décidément que le chocolat.
Ambivalent comme pas deux, il est considéré comme hautement
désirable. Mais ce plaisir a quelque chose de coupable : les normes
sociales suggèrent en effet qu’il vaut mieux se retenir d’en
manger. Or, ceux qui ont un gros penchant pour lui le savent : plus on
se retient, plus le désir d’en consommer s’intensifie.
Le cycle infernal est enclenché. Un cycle dans lequel les chocomaniaques
ne sont pas les seuls à se retrouver enfermés, puisque Jean-René
Cardinaux a trouvé dans la littérature scientifique des
cas d’addiction à la carotte.
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