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Ceux qui marchent en priant s'offrent un nouvel itinéraire

Les pèlerins, toujours plus nombreux, recherchent
des itinéraires alternatifs à Saint-Jacquesde-
Compostelle, un peu victime de son succès. L’un
d’entre eux, la Via Francigena, traverse le canton
de Vaud.
 
Quand Lausanne était un but de pèlerinage
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La Via Francigena, un autre regard sur les vignes du Dézalay
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Partie de Londres, la Via Francigena entre en Suisse par le col de Jougne, descend à Lausanne et longe les rives du lac Léman
 
Il suffit de parcourir le rayon «vacances » des librairies pour s’en persuader : les pèlerinages ont le vent en poupe, comme le montrent les innombrables guides consacrés aux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Faut-il pour autant imaginer que leurs lecteurs prennent tous la route de l’Espagne en pénitents, et qu’ils nous font ainsi entrer dans ce XXIe siècle «religieux» annoncé par Malraux? «Le phénomène a autant d’explications culturelles que religieuses», répond Micheline Cosinschi, maître d’enseignement et de recherche en géographie à l’Université de Lausanne (UNIL) et vice-doyenne de la nouvelle Faculté des géosciences et de l’environnement.
Ne plus «marcher idiot»
Selon la géographe, les motivations de ces marcheurs au long cours sont multiples. «A la base, il y a évidemment l’idée de partir à pied le long d’un itinéraire. Cela peut être sous-tendu par une démarche religieuse. Mais il y a aussi la recherche d’un espace de liberté, pour être confronté avec soi-même. Enfin et surtout, les pèlerins d’aujourd’hui ne veulent plus «marcher idiot». Ils témoignent ainsi d’un intérêt pour le patrimoine culturel, naturel ou pour les gens qu’ils rencontreront au hasard, sur la route.» Bref, nous sommes à des lieues des préoccupations strictement religieuses qui ont provoqué le départ en pèlerinage durant des siècles.
Un nouveau regard sur le paysage
Trop courue et trop connue, la route de Saint-Jacques-de-Compostelle est désormais concurrencée par des itinéraires alternatifs qui prolifèrent sur des chemins de traverse. «Un véritable réseau d’itinéraires au long cours se développe ou se redécouvre actuellement en Europe pour répondre à ces marcheurs d’un nouveau genre», explique Micheline Cosinschi. «Les parcours pèlerins sont des phénomènes de civilisation et ils ont donné naissance à un vaste patrimoine profondément enraciné dans la mémoire collective. Ils contribuent à une mise en sens du territoire. En cela, ils nous permettent de jeter un nouveau regard sur nos paysages.»
Micheline Cosinschi, maître d’enseignement et de recherche en géographie à l’Université de Lausanne et vice-doyenne de la nouvelle Faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL
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Des pèlerinages religieux, historiques ou naturels
Certains de ces parcours renaissants sont religieux, au sens strict du terme. Ils ont pour but des villes et des sanctuaires, des monastères et des hauts lieux sacrés. Dans d’autres cas, les adeptes de ce «tourisme d’itinéraire» progressent le long d’anciens parcours à caractère plus historique que religieux, souvent d’anciennes voies romaines. Il arrive enfin que «la recherche des valeurs spirituelles qui caractérise le pèlerinage se déplace vers des lieux naturels d’une grande beauté, îles ou déserts, cimes des Alpes ou profondeurs marines », ajoute la géographe.
Les parcours historiques
Paradis du sentier pédestre, la Suisse n’est pas restée insensible à ce goût renouvelé pour les parcours qui ont une histoire. «Le Centre pour l’étude du trafic Via Storia travaille notamment à la promotion d’une dizaine de chemins culturels dans tout le pays», raconte Sandro Benedetti, un spécialiste lausannois des sentiers «intelligents» qui a réalisé son travail de fin d’études universitaires sur les chemins à thèmes avant d’en faire son métier (il en a désormais créé une douzaine). «Avec Via Storia, nous allons inventorier les voies de communication historiques. Dans cet inventaire fédéral qui s’est terminé en décembre 2003, nous avons cartographié la substance historique des routes : murs, pavements, allées d’arbres. Ce travail permettra bientôt de réutiliser ces voies pour le tourisme pédestre, parce qu’il est plus agréable de se balader sur un chemin qui a du cachet historique que sur un chemin nouvellement constitué.»
Les concurrents de Saint-Jacques-de-Compostelle
Ces nouveaux itinéraires s’appellent la Via Francigena, mais encore la Via Gottardo, la Via Valtellina dans les Grisons, ou la Via Cook, ainsi nommée en rappel du premier voyage effectué par Thomas Cook en tant que «tour opérateur ». «C’était en 1863, quand il est passé par Genève, Chamonix, Martigny, Sion, Loèche-les-Bains, Brienz, Grindelwald et Lucerne, avant de retourner en train sur Pontarlier, raconte Sandro Benedetti. Ce premier voyage organisé, qui a également une connotation historique, devrait bientôt être proposé comme itinéraire de découverte à pied, par la route ou le rail.» A cela s’ajoutent, au niveau européen, des réalisations comme la Via Alpina, qui propose aux marcheurs de faire tout l’arc alpin, de Nice à la Slovénie. «Des itinéraires naissent un peu partout, ajoute Sandro Benedetti. Certains ont du succès, parce qu’ils ont un plus grand intérêt. D’autres, en revanche, font moins parler d’eux, comme la Via Alpina, peutêtre parce qu’elle a moins d’attestation historique que la Via Francigena.»
La Via Francigena
des Francs», part de la cathédrale anglaise de Canterbury pour filer vers Rome, via les rives du lac Léman. «C’est un exemple typique de ce tourisme d’itinéraire, capable de réinventer une route tombée dans l’oubli ou devenue obsolète », précise Micheline Cosinschi. Cet itinéraire, qui avait été abandonné au cours du Moyen Age, a en effet été «réinventé» pour les marcheurs en s’inspirant du récit de voyage de l’évêque de Canterbury Sigéric qui effectue le trajet en 990 après J.-C., et dont les carnets de voyage ont été conservés (lire cicontre). Sur les traces de Sigéric, les pèlerins du XXIe siècle entrent en Suisse par le col de Jougne, non loin de Vallorbe. Puis ils marchent vers Lausanne et s’engagent dans les vignes des hauts du lac Léman, avant de remonter le Rhône jusqu’à St-Maurice, où la route s’infléchit vers le Sud pour quitter notre territoire via le col du Grand St-Bernard. En direction d’Aoste et enfin de Rome.

Sandro Benedetti, un spécialiste des chemins à thème issu de l'UNIL. (il en a déjà créé une douzaine)
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Une marche plus pure

Au contraire de la route de Saint- Jacques-de-Compostelle, la Via Francigena voit défiler des adeptes «qui ont une vision plus puriste de la marche». Moins balisée, plus difficile, elle demande en effet un effort aux pèlerins. Ce qui attire ceux qui regrettent que Saint-Jacques-de-Compostelle soit parfois victime de son succès. Notamment quand les habitants d’une région d’Espagne décident de faciliter la tâche des pèlerins en plantant des arbres dans les secteurs les plus arides du parcours, histoire d’offrir un peu d’ombre aux marcheurs. Ou quand ces randonneurs charitables y voient des «pèlerins» sans foi ni loi faire la course en fin d’étape, pour arriver avant les autres et s’assurer ainsi un lit plus confortable. Une situation qui ne risque pas de se produire entre Canterbury et Rome.

Après avoir quitté les rives du lac Léman, la Via Francigena se poursuit jusqu'à St-Maurice et quitte la Suisse au col du Grand St-Bernard (photo), pour filer vers Rome
 
Faire l’Europe avec ses pieds
Bien moins connue que Saint- Jacques-de-Compostelle, la Via Francigena deviendra peut-être une concurrente de la célèbre route aux coquillages. Du moins si ce parcours connaît le développement prévu. «L’Institut européen des itinéraires culturels, une antenne du Conseil de l’Europe qui soutient ce genre de projets, aimerait faire de la Via Francigena un parcours qui traverse le continent selon un axe nord-sud, alors que St-Jacques est plutôt sur un axe Est- Ouest», précise Sandro Benedetti. Si la politique se mêle de marche à pied, c’est parce que l’enjeu va bien audelà des retombées touristiques qui en découlent. «Des routes de ce genre cherchent à donner une cohérence à un héritage européen en créant des liens historiques, économiques et culturels entre des sites individuels, des villes, des cités touristiques importantes et des régions», ajoute Micheline Cosinschi. A titre individuel, ces parcours offrent enfin une expérience forcément existentielle, assure Micheline Cosinschi. «Qui ne s’est jamais posé la question : «Pourquoi suis-je sur cette terre?» «Pourquoi est-ce que j’avance?», «Où vais-je?» En marchant, on se rend compte que sa propre vie est un parcours à travers le temps et l’espace. Le temps qui passe et l’espace qui change. C’est peut-être là le véritable sens du pèlerinage : réfléchir sur son propre cheminement. Par la lenteur de la marche et la purification dont il est porteur, le pèlerinage peut nourrir des aspirations que la vie moderne peine à satisfaire.»

Jocelyn Rochat
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Liens utiles
http://www.francigena.ch/fra/welcome.shtml
http://www.bureaubenedetti.ch
http://www.viastoria.ch/ViaStoria_F.htm
http://www.unil.ch/igul/


 


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