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Quand Lausanne était un but de pèlerinage

C’est peu connu, mais la capitale vaudoise a joué un petit rôle dans les grandes démonstrations de piété du Moyen Age. Les explications de Jean-Daniel Morerod, docteur ès Lettres de l'Université de Lausanne.
 
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Jean-Daniel Morerod, docteur en Lettres de l'UNIL
 
Si l’on en croit le titre de l’une de vos conférences, Lausanne a joué «un rôle oublié» en matière de pèlerinages. Qu’avons-nous donc perdu de vue?
Jean-Daniel Morerod : D’abord que Lausanne était idéalement placée sur le principal itinéraire de pèlerinage du Moyen Age, la route de Rome et ses prolongements espagnols. Lausanne était en effet l’une des rares étapes obligées sur la route qui allait d’Italie en France ou de Rome à St-Jacques-de-Compostelle. Par ailleurs, Lausanne était également bien placée sur des itinéraires menant à Cologne, autre grand centre de pèlerinage, sans oublier, au niveau suisse, Einsiedeln qui jouait déjà un grand rôle aux XIVe-XVe siècles.
Quel fut le rôle de la ville dans ce phénomène pèlerin?
Sa situation privilégiée a permis à la ville, sans avoir un rôle capital, de jouer un rôle de refuge et d’encadrement du trafic. Les sources de l’Hôpital de Lausanne documentent très bien le passage des pèlerins lors des années saintes. Grâce à cela, nous savons combien d’entre eux ont été hospitalisés, combien ont été soignés et sont morts à Lausanne.
Selon vous, Lausanne n’a pas seulement été une étape sur la route de Rome. Elle a aussi été une destination de pèlerinage...
Tout à fait. L’Eglise locale a beaucoup orchestré et développé les miracles de la Vierge Marie de Lausanne, quand les vierges se sont personnalisées, si j’ose dire, et que Notre-Dame Marie de Lausanne a pris une personnalité différente de Notre-Dame du Puy ou de Paris. La cathédrale de Lausanne du XIIIe siècle a été construite en partie à cause et en fonction de ces pèlerinages. Par la suite, tout à la fin du Moyen Age, ces pèlerinages ont même été canalisés et organisés sous la forme d’un jubilé que l’on appelait le Grand Pardon et qui intervenait tous les sept ans.
Quels genres de miracles attiraient les pèlerins vers Notre-Dame Marie de Lausanne?
On la priait surtout quand on était retenu prisonnier, puisqu’elle était spécialisée dans les libérations et connue pour cela dans une zone assez large qui englobait, outre l’actuelle Suisse romande, la proche Allemagne, la Franche- Comté et le Piémont. Les croyants promettaient de venir la remercier s’ils arrivaient à sortir de leur geôle.
La réputation miraculeuse de Notre-Dame Marie de Lausanne se limitait-elle aux libérations?
Non. Elle guérissait aussi beaucoup, comme le montrent de nombreux miracles ordinaires portant sur des paralytiques ou des aveugles. Mais, si l’on fait la recherche quantitative, c’est bien la libération qui reste la grande spécialité de cette Marie de Lausanne.
Qu’en était-il de ce Grand Pardon organisé à Lausanne vers 1440-1450?
Il témoignait très certainement d’une volonté d’encadrer et de concentrer les pèlerinages sur certaines dates, en fait les jours qui précédaient Pâques, parce que ceux qui venaient prier Notre-Dame Marie de Lausanne à ce moment-là se voyaient offrir l’effacement complet de leurs péchés, dans ce monde et dans l’audelà. Ce Grand Pardon a peut-être été mis en place à l’imitation d’une pratique qui existait alors dans de grands sanctuaires comme Canterbury, et peut-être aussi dans la foulée du jubilé romain, puisque celui de 1450 a connu un succès particulier.
Lausanne était-elle la seule destination de pèlerinages en Suisse romande?
Non. Il y avait aussi des sanctuaires à répit, c’est-à-dire des églises relativement discrètes en campagne qui avaient la réputation de permettre la résurrection momentanée, miraculeuse des enfants morts sans baptême, le temps qu’on les baptise. C’était notamment le cas d’Oberbüren dans le pays bernois. Plus près de Lausanne, la statue de saint Pancrace dans l’église de Châtillens avait une très bonne réputation pour les guérisons en tout genre.
Revenons un moment sur la route : comment faut-il imaginer ces visiteurs qui arrivent à Lausanne. S’agissait-il uniquement de croyants fervents? N’y avait-il pas des touristes parmi eux?
Le problème est complexe, parce que le tourisme tel que nous l’entendons aujourd’hui n’existe pas au Moyen Age. Mais il arrive souvent que, sous le motif officiel de faire un pèlerinage, le marcheur découvre le simple plaisir du voyage.
La conception de la marche en tant que loisir est-elle moderne ou existait-elle déjà au Moyen Age?
On trouve déjà chez les pèlerins des témoignages d’intérêt pour les monuments et les ruines qui s’apparentent à du tourisme. Il y a notamment le cas assez célèbre d’un abbé islandais du XIIe siècle qui évoque les ruines d’Avenches quand il traverse la Suisse romande, avant de les relier à des légendes nordiques.
Quand on parle de pèlerins, faut-il vraiment imaginer des marcheurs ou s’agissait-il plutôt de cavaliers?
La plupart d’entre eux ont l’air de marcher, mais, si on regarde les comptes de l’Hôpital de Lausanne, on découvre que certains disposent d’ânes ou de chevaux. Il y a enfin un seul cas connu de pèlerin en litière. Mais il ne faut pas imaginer de voitures complexes, car il s’agit alors d’objets extrêmement rares, même à la fin du Moyen Age.


Propos recueillis par J.R.
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A lire
C. Santschi, «Les sanctuaires à répit dans les Alpes occidentales», dans Revue d’histoire ecclésiastique suisse, 79 (1985), p. 119-143.

J.-D. Morerod, «Jubilés et passages de pèlerins: les hôpitaux de Vevey et de Lausanne au XVe siècle», dans Ceux qui passent et ceux qui restent, Ed. du Bimillénaire du Grand St-Bernard 1989, p. 115-130.

 

 


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