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Attention,
l'Eurofootball va briser des cœurs. Au sens propre du terme
Le championnat d’Europe de football constitue
une
menace sérieuse pour la santé des téléspectateurs.
Durant cette compétition, le risque de mort
subite va augmenter de 60 % en Suisse, préviennent
les cardiologues de l’UNIL.
Donc, quoi qu’il arrive
à la sélection nationale suisse, restez zen! |
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60%d’augmentation...!
Ce n’est pas la progression des salaires des joueurs de l’équipe
de Suisse qualifiés pour l’Euro qui débute ces
jours-ci au Portugal. Et encore moins l’évolution des
droits de retransmission télévisée facturés
à cette occasion par l’Union des associations européennes
de football (UEFA). Non, ce chiffre pharamineux représente
tout simplement la hausse des cas de mort subite ( voir
encadré) constatée hors de l’hôpital
en Suisse romande et au Tessin lors de la Coupe du monde de football
de 2002. Une hausse très probablement provoquée par
«l’effacement» de nombreux téléspectateurs
qui suivaient des rencontres télévisées et
qui n’ont pas survécu aux émotions procurées
par le déroulement de la partie! |
La
menace est sérieuse
Cette augmentation de 60 % des cas de mort subite est le résultat
à peine croyable d’une étude réalisée
par le groupe des médecins du service de cardiologie du CHUV
sous la direction du professeur Lukas Kappenberger, en collaboration
avec le Service mobile d’urgence et de réanimation
(SMUR) du CHUV et les hôpitaux de Romandie et du Tessin. Elle
a été présentée par le Dr Eugène
Katz lors du dernier congrès de la Société
Européenne de Cardiologie, en septembre 2003 à Vienne
en Autriche. Autant dire que l’étude a été
prise très au sérieux là-bas. Comme elle devrait
l’être ici, sachant que les coeurs des Helvètes
seront particulièrement mis a l’épreuve ces
prochains jours, puisque la sélection nationale de Köbi
Kuhn fait partie des équipes en lice lors de l’Euro
2004 au Portugal, ce qui n’était pas le cas lors du
Mondial de 2002 organisé par le Japon et la Corée.
Un détail qui aura probablement pour effet d’augmenter
les risques courus par les Suisses. Or c’est justement durant
ce dernier Mondial asiatique que le Dr Katz a pu observer l’attitude
stressée de ses patients : «Pendant ma formation et
notamment en été 2002, j’ai travaillé
au SMUR où nous sommes souvent confrontés à
la mort subite. Je voulais réaliser une étude dans
un cadre local qui touche la Suisse et, bien sûr, le plus
de monde possible. Qu’elle porte sur le football est donc
le fruit du hasard. Cela dit, il est intéressant de voir
quel type de population est touché par la mort subite, quels
en sont les facteurs déclenchants et surtout de comprendre
ce que nous pouvons faire pour sauver plus de vies.» |
Téléspectateurs
sous tension
Ironie de l’affaire, la «mort subite» est souvent
évoquée par les supporters de football. A cette différence
près que, quand ils en parlent, les fans font généralement
allusion à la règle du but en or qui veut que, lors
des prolongations, la victoire revienne à la première
équipe qui marque un but. Un scénario insoutenable
qui peut se transformer en épreuve véritablement dramatique
pour le supporter assis dans son fauteuil. Qui subit alors un summum
de pression psychologique. Notons que ce téléspectateur
moyen a été mis sous tension bien avant les prolongations
du match. En réalité, la sensation de stress précède
le coup d e sifflet initial.
La tension se poursuit généralement par des énervements
quand un attaquant adverse touche le ballon. Sans oublier des colères
déclenchées par l’échec de l’un
de ses attaquants favoris qui tire à côté des
buts. Autant de contrariétés qui incitent nombre de
téléspectateurs à allumer une énième
cigarette, avant de reprendre une ou deux bières à
la mi-temps... Au bout du compte, cette succession d’attitudes
et de gestes peut s’avérer fatale, car le stress et
la colère sont des facteurs qui favorisent l’infarctus
du myocarde, précisent les cardiologues du CHUV qui comparent
ces réactions à un phénomène déjà
décrit lors des tremblements de terre comme à Los
Angeles, ou lors de conflits militaires, comme en Israël ou
en ex-Yougoslavie. |
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En bref
La mort subite peut frapper n’importe qui, n’importe
quand et n’importe où. Elle se définit
globalement par deux caractères : instantané
et inattendu. La mort subite ne se résume pas à
la «crise cardiaque», sous-entendu l’infarctus
du myocarde, mais les maladies cardiaques représentent
les trois-quarts des causes possibles identifiées
de décès. Le quart restant se partage essentiellement
entre les accidents vasculaires cérébraux,
les embolies pulmonaires et les lésions de l’aorte
et des gros vaisseaux.
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| Le Dr Eugène
Katz, du service de cardiologie du CHUV |
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Le stress augmente
les risques
«Sachant que plus de 80 % des arrêts cardiaques chez
les adultes sont liés à une ischémie (insuffisance
d’apport d’oxygène au coeur) ou à un infarctus
du myocarde, nous avons testé l’hypothèse de
l’influence du stress et de la colère sur le nombre
de morts subites dans la population adulte dans le cadre du championnat
du monde en 2002, expliquent les cardiologues lausannois. Nous avons
supposé qu’il y aurait une augmentation des morts subites,
sachant que la colère et le stress sont habituels chez les
spectateurs des matches de football.» Mais en Suisse comme
dans la majorité des pays européens (à l’exception
de l’Irlande et de la Suède) ainsi qu’aux Etats-Unis,
les registres nationaux des morts subites extrahospitaliers sont
inexistants. Et lors de l’établissement des certificats
de décès usuels, la cause exacte du décès
n’est pas toujours mentionnée. «Voilà
pourquoi nous avons décidé d’analyser les registres
du Service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR),
souligne le Dr Katz. Pour son étude, ces registres ont été
dépouillés en Suisse romande et au Tessin durant la
période du championnat du monde de football 2002 et, à
titre de comparaison, durant la même période en 2001,
en dehors de toute manifestation sportive médiatique importante.» |
La fièvre
du sport
Pour les amateurs de football, «l’augmentation
des crises cardiaques est vraisemblablement
due au stress vécu par les
supporters lors de la prestation de leurs
équipes favorites ainsi qu’à l’absence
d’activité physique et à l’augmentation
de la consommation de tabac et d’alcool
pendant la période de retransmission
télévisée», concluent les cardiologues
de
l’UNIL. Avant de soupçonner également
la «fièvre du sport» de faire oublier de
prendre leurs médicaments à de nombreux
fans.
Dès lors, que faire? Comme il sera
impossible d’empêcher les plus fervents
supporters de «vivre» les différentes rencontres
de la Suisse face à la Croatie,
l’Angleterre et la France, il ne reste plus
qu’à recommander à ces fans de se méfier
des abus les soirs de match. Et là, les
médecins du CHUV leur suggèrent
d’adopter la même attitude que leurs
idoles: éviter une consommation exagérée
d’alcool, de tabac, de café, manger
léger avant un match et surtout ne pas
rester seul devant son petit écran.
«Nous pouvons conseiller aux médecins
d’informer leurs patients et les
membres de leurs familles des comportements
à risque avant les événements
sportifs majeurs comme l’Euro au Portugal
», indiquent les cardiologues... Les
médias peuvent également fournir plus
d’informations au public sur la conduite
à tenir en cas de symptômes «cardiaques»
ou d’arrêt cardiorespiratoire.
Le renforcement des services mobiles
d’urgence et de réanimation, le changement
de stratégies de déploiement des
défibrillateurs automatiques et le développement
des programmes de défibrillation
par le public peuvent également
être proposés pour diminuer le nombre
de victimes de la mort subite.
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Les ennemis
du foot sont aussi en danger
Au Portugal, les passionnés du football sont légion
et Manuel Carrageta, président de la fondation portugaise
de cardiologie, a pris connaissance de l’étude lausannoise.
Après avoir réclamé une grande vigilance hospitalière,
ce chercheur a encore demandé à ce que tous les stades
soient équipés d’au moins quatre défibrillateurs,
ces appareils électriques servant à rétablir
un rythme cardiaque normal. «Mais le succès de ce dispositif
dépend avant tout d’une bonne information du public
et ensuite de la rapidité d’intervention, et c’est
souvent une question de minutes», insistent les cardiologues
du CHUV. Signalons enfin à ceux qui détestent le football
qu’ils ne sont pas hors de danger pour autant. Même
en dehors de grands événements sportifs, l’infarctus
du myocarde (28 500 cas par an en Suisse), l’attaque cérébrale
(8000 cas / ans) et l’arrêt cardiaque (estimé
à 8000 cas / an) sont les accidents qui menacent le plus
la population vivant en Suisse. Une personne âgée de
moins de 65 ans décède subitement chaque heure dans
le pays. Toujours en Suisse, il meurt chaque année davantage
de personnes à la suite de troubles cardio-vasculaires que
de n’importe quelle autre maladie. Des chiffres saisissants.
Suffisamment saisissants pour nous inciter à nous décontracter,
même si la Suisse devait s’en sortir mieux (ou beaucoup
moins bien) que prévu. Et même si l’arbitre devait
siffler un penalty injustifié, le guide de survie demeure
: respirez un bon coup, et restez zen. La vie continue, parce que
le football reste un jeu, simplement un jeu. Du moins, il le devrait.
Alberto Montesissa
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| A lire
E. Katz, J. Metzger, J. Schlapfer, M. Fromer, D.
Fishman, R. Kehtari, R. Mauri, L. Kappenberger. «Does
out-of-hospital cardiac arrests in Switzerland increase during
FIFA World Cup?», European Heart Journal, 2003;
24: 37
Utile
Téléphone en cas d’urgence :144
Renseignements: Fondation Suisse de Cardiologie. +41 31 388
80 80
Internet: www.swissheart.ch
Pour toute question sur le coeur et le système vasculaire,
appelez le cardiophone 0848 443 278 chaque mardi de 17h à
19h.
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