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Des
réseaux luttent contre les maux
dus à un passé traumatisants
Psys, pédiatres, infirmiers, enseignants, voire
policiers :
la médecine communautaire crée des liens entre
tous
ceux qui interviennent dans la vie des victimes de conflits.
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Comment prévenir les séquelles de la
guerre auprès des requérants d'asile
Lire l'article >> |
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| Bernard
Hunziker, psychologue au Service universitaire de psychiatrie
de l'enfant et de l'adolescent (SUPEA) et psychothérapeute |
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Pratiques en réseaux, échange d’informations
entre toutes les personnes intervenant dans la vie d’un patient
: à l’Hôpital de l’enfance, à Lausanne,
on travaille sur le mode de la «médecine communautaire
» (voir encadré en page 52). L’un de ses objectifs?
Tenter d’éviter le développement de maux physiques
et psychologiques dus à un passé traumatisant. «Mais
également à la situation présente, insiste
Bernard Hunziker, psychologue au Service universitaire de psychiatrie
de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA) et psychothérapeute.
Beaucoup de migrants sont en situation précaire. Et les échanges
problématiques avec l’environnement peuvent contribuer
à créer des situations potentiellement génératrices
de violence. A l’école, le petit Kosovar qui sait que
son identité vis-à-vis de ses camarades est d’être
violent fera tout pour confirmer cette identité et vous aurez
des bandes de Kosovars qui se forment.» Fréquenté
par une population très diverse du point de vue du statut
légal, l’Hôpital de l’enfance – un
lieu «privilégié » pour détecter
nombre de difficultés – tente donc d’apporter
des réponses plurielles à des situations intriquées.
Car pour les migrants, l’interactivité entre les différents
champs de l’existence est grande : école, santé,
travail, logement, permis de séjour, police, les problèmes
rencontrés se reportent d’un domaine à l’autre
d’une manière beaucoup plus complexe que pour qui vit
en Suisse avec un statut stable. C’est à cette complexité
que les soignants sont confrontés. |
Le
corps, ce grand bavard
«Pour nous, la première entrée possible
est de bien s’occuper du corps. Il
dit beaucoup de choses lorsqu’on sait
l’écouter, poursuit Bernard Hunziker.
Notre spécificité est d’essayer d’avoir
une
écoute psy en pédiatrie. Un enfant qui
pose problème en consultation, en posera
probablement un aussi à l’école et dans
le social.»
Cette médiation par le corps permet
de remonter à des difficultés d’ordre psychologique,
difficiles à énoncer directement.
«D’autant que nous pratiquons ici
une «psychothérapie du lien», qui s’adresse
à des gens qui vont mal mais qui
ne sont pas «fous». Or, dans la plupart
des pays de migration éloignée, seule
existe la psychiatrie asilaire, qui traite les
décompensations psychotiques.»
Les résistances à venir consulter un
psy sont donc fortes. «Cela nous conduit
à devoir relire notre théorie sous l’angle
de l’anthropologie. Tous les psys ne sont
pas prêts à le faire», constate Bernard
Hunziker. C’est que l’effort est considérable.
Car si le travail accompli auprès
des enfants permet aussi de soigner les
parents et de protéger les fratries, encore faut-il avoir
l’habitude de travailler avec
la famille au sens large. Ce qui donne lieu
à des consultations longues et encombrées
: une heure et demie avec les parents,
le ou les enfants, un traducteur et
parfois deux psys. |
Reconstruire
des périodes de vie
«La plupart des personnes ayant vécu
longtemps dans des situations catastrophiques,
il s’agit souvent de reconstruire
des périodes entières de vie. Cela suppose
un gros travail, qui n’est pas seulement
intrapsychique mais qui tient
compte du contexte, explique le psychologue.
Dans ces conditions, impossible
de ne pas prendre parti et la «neutralité
bienveillante» – pourtant une des
règles de base de la thérapie psychanalytique
– est caduque.» Ce qui ne simplifie
pas la tâche du thérapeute, exposé
à des récits dramatiques et amené à
intervenir
dans des champs qui ne sont pas
les siens.
Comme dans le cas de cette famille de
Bosniaques, qui vit dans un centre
d’accueil lausannois où les bagarres se
répètent. Le père, ouvertement traumatisé,
est susceptible de reproduire la violence
subie dans son pays et son seuil
de tolérance à l’agressivité ambiante
est
extrêmement bas.
La première démarche du psy aura
été, en l’occurrence, de faire en sorte que
la famille puisse déménager dans un
appartement. Quant au fils de cinq ans,
«un enfant charmant en consultation», il
est lui-même décrit comme violent par
ses parents. Là aussi, l’intervention du
thérapeute dépassera le cadre strictement
psychologique, puisqu’elle visera à éloigner
l’enfant de la violence paternelle et
à obtenir qu’il soit inscrit à l’école,
où il
s’adaptera plutôt bien.
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Un
intermédiaire indispensable
Une situation impossible à gérer
sans un intermédiaire : le médiateur
culturel. Car la question de la communication
est cruciale. D’autant que
la langue maternelle est celle de l’affect
et que l’impossibilité de communiquer
est source d’une immense frustration,
elle-même potentiellement source de
violence.
«Reconnaître le travail de médiateurtraducteur
culturel est important. Encore
faut-il les intégrer de manière adéquate
dans la structure. Et s’intéresser également
à la formation des professionnels
qui travaillent avec eux, ce que l’on oublie
souvent. L’absence de décodage du
milieu culturel fait qu’on s’oriente souvent
vers des solutions inappropriées.
Mais travailler avec un traducteur n’est
pas simple.»
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Activer
rapidement le réseau
A l’Hôpital de l’enfance, des médiatrices
parlant quatre langues différentes sont présentes
une fois par semaine, plusieurs heures de suite. Un système
qui s’affine depuis six ans. L’ensemble du personnel
de l’Hôpital a l’habitude de travailler avec elles
ainsi qu’avec d’autres intervenants – écoles,
assistants sociaux, etc. «C’est dans la possibilité
d’activer rapidement le réseau que réside l’amélioration.
Travailler à plusieurs évite les réactions
soit de déni soit de précipitation inadaptée
et permet aussi de contenir une situation difficile.» Reste
que parmi les migrants, nombreux sont ceux qui n’auraient
jamais eu de problèmes, en dehors des situations de violence
auxquelles ils ont été exposés. «Ce sont
des personnes qui ont des réactions normales face à
des situations anormales», constate Bernard Hunziker.
E.G.
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Le policier, le prof et le psy
Présence de psy dans certaines
consultations de pédiatrie, réunion
avec les médecins pour déterminer la
meilleure prise en charge possible,
cours de formation pour l’ensemble
du personnel médico-infirmier sur les
contextes de migration: en médecine
(ou santé) communautaire, l’acte
médical n’est qu’un élément
d’un
ensemble.
«Nous avons par exemple invité un
policier de la brigade des mineurs, qui
nous a parlé de sa pratique avec les
clandestins. Ou encore des enseignants
des classes d’accueil ou des
travailleurs sociaux, qui expliquent les
conditions de vie des enfants à leur
arrivée en Suisse. Tout cela permet
de ne pas considérer seulement un
organe malade mais un enfant
malade, inscrit dans un contexte
social particulier et qui a connu la
guerre. Et de dépister des situations
à risque. De comprendre aussi qu’un
trouble donné a une place au niveau
des relations familiales: il devient un
objet qui circule dans la communauté.
Sa prise en charge implique des soins
et des mesures environnementales
R? adaptées. Dans un tel contexte, la
création de liens entre les différents
intervenants apporte des solutions.
La Faculté des sciences sociales et
politiques propose, en formation
continue, un certificat intitulé «Migrations,
relations interculturelles et pratiques
professionnelles»: «Un titre qui
n’a pas été facile à trouver.
Il signifie
que sont abordés la culture des
migrants, la nôtre et ce qui se passe
à la rencontre entre les deux»,
explique Bernard Hunziker. Destiné
aux professionnels des domaines de
l’éducation, du social et de la santé
confrontés à des usagers immigrés,
il a pour but un meilleur fonctionnement
des réseaux de santé communautaire.
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Comment prévenir les séquelles de la guerre
auprès des requérants d'asile.
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