Fabien Hünenberger
Doctorant à l'UNIL, Stéphane Haefliger vient d'achever un travail de maîtrise au sujet plutôt brûlant: la réaction du village de Salvan après le drame de l'Ordre du Temple Solaire (OTS). Sur le terrain, il est allé voir comment les habitants avaient géré une célébrité aussi rapide qu'involontaire. Bilan: le village n'est pas sorti indemne de cette médiatisation.
Lorsque la vague médiatique reflue, il a fait le plein de coupures de presse. Passionné de sociologie des médias, il sait qu'il tient son os. Que s'est-il donc passé après le drame? Une foule de questions se bousculent dans son esprit. Quel a été l'impact de la médiatisation de Salvan et de Cheiry sur leurs habitants? Comment les villages ont-ils été transformés par la présence des journalistes? Que dit-on de ce qui s'est passé?
Des achats de témoignages
Stéphane Haefliger met alors sa thèse en sommeil. Prenant sa plume et son téléphone, il tente de réunir une équipe de recherche pour partir sur le terrain. Sans succès. La perspective scientifique est pourtant dégagée: <Le village n'est pas sorti indemne des événements. On a pu assister à des scènes hautement problématiques pour la profession des journalistes: achat de témoignages, impolitesse crasse d'équipes TV, exagération de la mise en scène... La démarche m'a amené à comprendre comment les habitants de Salvan ont perçu le comportement et la production des médias. Aujourd'hui, on en parle de manière très différente et plusieurs discours distincts se sont forgés.>
Les Salvanins ne se sont pas sentis touchés
<Ce qui s'est passé après le drame révèle le problème de la gestion de l'altérité. La collectivité de Salvan, par ce drame et les réactions qu'il a suscitées, a revisité ses propres règles de fonctionnement. Elle les a validées. Ce processus s'articule sur la stratégie de résistance à l'autre>, avance-t-il.
En clair, les Salvanins ne se sont pas sentis touchés pour deux raisons au moins: le drame concernait des <étrangers> au village et les médias ont ajouté une distance supplémentaire à l'événement. <C'était tout de même assez délicat. Vous vous imaginez conclure devant les habitants de Salvan que la secte, au fond, c'est leur village?!> Malgré leur arrière-goût polémique, les ultimes feuillets du mémoire ont bien passé auprès du public. <Au fond, j'ai visé trois choses: mettre en perspective les réactions dans le village, analyser la logique des récits médiatiques et laisser un point de repère pour la mémoire>.
Le drame fait marcher le commerce
Ce que les habitants de Salvan pensent de leur médiatisation