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Les
femmes d'Alexandre
De sa mère Olympias jusqu'à la reine Cléopâtre,
trois cents ans plus tard, les souveraines hellénistiques
ont bénéficié d'une influence nouvelle.
Elles la doivent au décès prématuré
du conquérant.
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Ce que nous devons vraiment à Alexandre le grand.
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Le périple d'Alexandre, étape par étape.
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| Pour interprèter
Olympias, mère d'Alexandre, Oliver Stone a choisi l'actrice
Anelina Jolie |
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Ce que nous devons vraiment à Alexandre le Grand...
La conquête menée par Alexandre, suivie de sa disparition
brutale, a eu une conséquence totalement imprévue
en Macédoine. «Cet éloignement du prince a
permis aux femmes de bénéficier d’une visibilité
et donc d’un pouvoir qu’elles n’auraient jamais
exercé sans cela», as-sure Anne Bielman, enseignante
en histoire ancienne de l’Université de Lausanne
(UNIL).
Pendant que le conquérant guerroyait de la Grèce
à l’Indus, sa mère Olympias, veuve de son
père Philippe II, aurait tenté de s’immiscer
dans les affaires de Macédoine en compagnie de sa fille
Cléopâtre (ndlr-: une sœur d’Alexandre
qui n’a rien à voir avec la future maîtresse
de César et de Marc-Antoine). Après la mort du conquérant,
Olympias a encore fait assassiner Philippe Arrhidée, le
demi-frère débile d’Alexandre. Pour que Cléopâtre
et ses demi-sœurs Thessaloniké, Cynané et Europé
restent les seules héritières du sang royal macédonien.
Une mère à poigne
Olympias était, à l’évidence, une maîtresse-femme.
Tellement influente que certains historiens l’ont soupçonnée,
dès l’Antiquité, d’avoir fait assassiner
son mari, tombé sous les coups d’un garde du corps.
Certains imaginent qu’Olympias était jalouse d’une
nouvelle épouse choisie par le polygame «légal»
Philippe II. D’autres théoriciens du complot assurent
que la reine mère voulait assurer une place sur le trône
à son fils Alexandre, qui aurait été menacé
par le remariage tardif de son père.
Autant de scénarios réfutés par Anne Bielman.
«La participation d’Olympias à un complot n’est
pas exclue, mais elle n’est guère crédible.
La jalousie ne me paraît pas un mobile sérieux. Olympias
aurait de toute manière eu de l’importance à
la cour, puisque son statut de reine mère du futur roi
lui garantissait un rôle influent.» L’historienne
lausannoise ne croit pas davantage à une éventuelle
association entre Olympias et Alexandre pour faire assassiner
Philippe II. «Même si son mari avait apporté
beaucoup de soin à la formation de leur fils, Olympias
n’avait aucune garantie qu’Alexandre – vu son
jeune âge – s’en sortirait aussi bien que Philippe
à ce poste.»
Roxane, femme d’Alexandre
Plus que celle d’Olympias, l’importance réelle
de Roxane, qui épouse Alexandre, est difficile à
mesurer. Mais bien réelle, comme le montre son assassinat,
perpétré peu après la mort d’Alexandre
le Grand. A l’évidence, cette épouse orientale
jouait un rôle symbolique et politique important, puisque
son union avec le conquérant devait inciter les soldats
grecs à cesser de considérer les peuples «barbares»
soumis comme des sous-hommes.
Alexandre était-il pour autant prêt à placer
une reine non grecque sur le trône de tout l’empire,
Macédoine y compris? Ou cherchait-il une autre forme de
cohabitation entre les deux parties de son empire, cet Occident
et cet Orient aux mœurs dissemblables? Ces questions restent
ouvertes. «Je pense qu’Alexandre songeait à
un double empire, avec d’un côté l’Occident,
et de l’autre l’Orient. Un scénario où
Roxane aurait joué le seul rôle de reine d’Orient»,
estime Anne Bielman.
Ce qui est sûr, en revanche, c’est que Roxane, comme
l’enfant qu’elle a eu d’Alexandre peu après
sa mort, posaient des problèmes aux généraux
macédoniens qui se disputaient les restes de l’empire,
puisque la mère et le nouveau-né ont été
rapidement assassinés.
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| Anne Bielmann,
enseignante en histoire ancienne de l'Université de Lausanne
(UNIL) |
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La chasse
aux sœurs d’Alexandre
Ces assassinats en série renforçaient la position des
filles de la maison royale macédonienne. Car les candidats
à la succession d’Alexandre se disputaient les sœurs
survivantes du conquérant, histoire de donner une forme de
légitimité dynastique à leur pouvoir. Du coup,
les épouses royales ont continué à bénéficier
d’une visibilité bien réelle. Et même lorsque
toutes les femmes de la lignée d’Alexandre eurent disparu,
assassinées ou mortes sans descendance, cette «forte
présence des femmes» a continué à s’exercer
dans les différentes cours royales. «Il
y a plusieurs explications à ce phénomène, explique
Anne Bielman. L’ab-sence d’hommes dans la famille royale
macédonienne a conforté la place des femmes. Une deuxième
explication tient au rôle particulier qui était attribué
aux femmes dans le Nord de la Grèce. Contrairement à
ce qui se pratiquait en Attique, elles y jouaient un rôle juridique.
Elles étaient notamment consultées lors de toute tractation
concernant les biens de leur famille.» L’avènement
des intellectuelles
Les hommes du Nord ayant pris le contrôle du reste de la Grèce
dès la bataille de Chéronée en –-338, le
modèle proposé par ces reines macédoniennes s’est
répandu dans les autres cités hellènes de la
fin du IVe siècle. Sans se limiter aux cours royales. Dès
lors, la femme devient visible dans les élites grecques, ce
qui permet l’apparition d’intellectuelles, de bienfaitrices
ou de femmes mécènes.
Cette influence croissante des femmes dans la période qui suit
la mort d’Alexandre s’explique encore par un effet indirect
du régime monarchique qui sert de modèle aux riches
familles installées dans les cités des royaumes hellénistiques.
«A l’évidence, la royauté est plus favorable
aux femmes, puisqu’elle met un clan à l’œuvre,
une situation où les femmes s’imposent plus facilement»,
note l’historienne lausannoise.
L’héritage de Cléopâtre
Notons enfin que cette révolution des femmes aura des conséquences
à long terme, notamment trois cents ans plus tard, avec l’arrivé
au pouvoir de la reine Cléopâtre que nous connaissons.
Lointaine descendante de Ptolémée, un général
macédonien qui s’était emparé du trône
d’Egypte, cette souveraine deviendra l’interlocutrice
de Cé-sar et de Marc-An-toine. «Avec Cléopâtre
VII, nous assistons à l’aboutissement de cette mise en
lumière des fem-mes qui a débuté à la
mort d’Alexandre, assu-re Anne Bielman. Dans cette Egypte ptolémaï-que
qui a toujours voulu un couple au pouvoir, le poids respectif de l’homme
et de la femme évolue au fil du temps. Plus l’on s’éloigne
d’Alexandre et de Ptolémée, et plus l’élément
masculin s’affaiblit, au profit de l’élément
féminin.»
Cléopâtre n’a pas eu beaucoup de peine à
écarter les frères insipides (et bien plus jeunes qu’elle)
qui régnèrent successivement à ses côtés
pour former un nouveau tandem plus équilibré avec César,
puis avec Marc-Antoine. Malgré ce succès politique et
personnel de Cléopâtre, la reine n’a pas réussi
dans sa deuxième tentative de suivre les traces d’Alexandre.
Avec César comme avec Marc-Antoine, qui rêvaient tous
deux d’imiter Alexandre en réitérant sa campagne
militaire à l’Est, Cléopâtre n’a connu
que des échecs.
A lire: «Femmes en public dans le monde hellénistique»,
Anne Bielman, Sedes, 2002. «Régner au féminin.
Réflexions sur les reines attalides et séleucides»,
Anne Bielman, in-: «L’Orient méditerranéen,
de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée»,
Actes du colloque international de la SOPHAU, Presses universitaires
de Rennes, avril 2003. Jocelyn Rochat |
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