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Un suisse sur cinq boit trop

Deux verres par jour, ça va encore; au-delà, bonjour les dégâts! Sans être alcooliques, les buveurs à risque dépassent cette consommation raisonnables. Ces 20% de la population mettent en danger leur santé et celle des autres.
 

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Qui est alcoolique?
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Jean-Bernard Daeppen, médecin responsable du centre de traitement en alcoologie du CHUV à Lausanne

Un suisse sur cinq boit trop

«Pour devenir alcoolique, il faut boire», rappelle ironiquement le docteur Jean-Bernard Daeppen, médecin responsable du Centre de traitement en alcoologie du CHUV à Lausanne. Or, en Suisse, trop de gens boivent plus que de raison. Outre les 350’000 malades alcooliques – 7 à 8-% des hommes et 2 à 3-% des femmes –, quelque 20-% des habitants de ce pays ont une consommation d’alcool dite «à risque». Ils avalent «plus de deux à trois verres par jour pour un homme, plus de un à deux verres par jour pour une femme, ou ils dépassent les quatre à cinq verres par occasion.» L’Office fédéral de la santé publique les recense sous la catégorie «consommateurs d’alcool à risque».

Les gros buveurs nous coûtent plus cher que les alcooliques
Car ces gros buveurs – tout de même 30-% des hommes et 10-% des femmes – prennent des risques. Risque, pour certains, de sombrer dans l’alcoolisme. Mais aussi risque de provoquer un accident de la circulation un soir de cuite, risque de se blesser sur une machine utilisée à son poste de travail, risque d’absentéisme répété au travail le lundi matin, risque de développer une cirrhose du foie pour les porteurs du virus de l’hépatite C, risque de mettre au monde des enfants en mauvaise santé pour les femmes en-ceintes, risques accrus d’hypertension, de cancer du colon, de cancers de la langue ou du pharynx si la consommation d’alcool est associée au tabagisme, risque plus important de cancer du sein pour les femmes...

Au total, les 1,4 million de consommateurs d’alcool à risque coûtent ainsi «plus cher à la société que les alcooliques, quatre fois moins nombreux», relève ce spécialiste.

Une facture à 6,5 milliards
La facture s’annonce salée si l’on se réfère à une étude menée l’an dernier par l’Université de Neuchâtel qui a tenté de quantifier les coûts de l’alcoolisme. Les coûts directs (frais hospitaliers, dommages matériels) et indirects (journées de travail perdues, décès prématurés attribués à l’alcool) sont de 2,2 milliards de francs par an. Ils passent à 6,5 milliards si l’on ajoute les coûts humains (perte de qualité de vie, souffrance des proches).

L’alcool rapporte toutefois plus qu’il ne coûte puisque ce marché pèse quelque 9 milliards de francs par an en Suisse. Les lobbies proches des milieux vinicoles mettent ainsi volontiers en avant les résultats d’études montrant qu’une con-sommation faible et régulière d’alcool favoriserait la prévention des maladies cardiovasculaires. Ils oublient de dire que la pratique régulière d’un sport est tout aussi efficace, voire plus, pour maintenir en forme cœur et artères...

Par ailleurs, «les études qui ont montré le bénéfice de l’alcool sur les maladies cardiovasculaires sont plutôt américaines et concernent des gens de milieu aisé consommant surtout du vin, analyse le chercheur lausannois. On peut se demander si les facteurs socio-économiques n’ont pas été sous-estimés. Il est bien connu que l’on est en meilleure santé si l’on est riche... Or, le sommet de la courbe de revenus parmi les populations étudiées correspondait à une consommation de 2 verres par jour pour un homme et 1 verre pour une femme», conclut le responsable du Centre de traitement en alcoologie du CHUV.

La pratique d'un sport est tout aussi efficace qu'un verre de vin quotidien pour lutter contre des maladies caridovasculaires Top

Les méfaits de l’alcool dépassent ses bienfaits
Foin de querelles de chiffres et d’étu-des scientifiques, sans tomber «dans un discours moralisateur», le médecin al- --co-olo-gue qu’est Jean-Bernard Daeppen se doit de rappeler que «les méfaits de l’alcool dépassent largement ses bienfaits». Y compris pour ces trop nombreux leveurs de coude qui se définissent com-me bons vivants, se savent non dépendants et qui ont effectivement une faible probabilité de devenir alcooliques mais sous-estiment largement les effets délétères sur la santé de leur consommation d’alcool.

D’où l’utilité d’une information précoce de la part d’un médecin. Un dialogue de dix à quinze minutes avec un généraliste suffit souvent à faire prendre conscience à la personne concernée de la mise en danger de sa santé et contribue à prévenir la chute dans l’enfer quotidien de la dépendance. «La classification internationale des maladies retient sept critères pour définir une dépendance à l’alcool ou à un autre produit tel que le tabac (lire en page 59). Outre les manifestations physiques comme la nécessité d’augmenter les doses pour obtenir le même effet ou les réactions lors d’un sevrage, plusieurs éléments psychologiques expriment que la personne a perdu le contrôle sur son niveau de consommation.»

A ce stade, la maladie est chronique et potentiellement mortelle sauf arrêt, généralement total, de la consommation. «Les dépendants sévères à l’alcool ou à une drogue dure n’arrivent jamais à une consommation contrôlée ou très rarement», précise ce spécialiste lausannois. Les rechutes sont d’ailleurs le lot de la majorité de ceux qui tentent de s’en sortir. Comme s’ils devaient expérimenter le fait que «pour eux, un peu va très vite devenir beaucoup». Admettre sa propre perte de contrôle n’étant pas le pas le plus facile à franchir sur la voie du rétablissement.

La pratique d'un sport est tout aussi efficace qu'un verre de vin quotidien pour lutter contre les maladies cardiovasculaires. la nécessité d'augmenter les doses d'alcool pour obtenir le même efet devrait inquiéter les consommateur.
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Comment réduire sa consommation
Heureusement, la majorité des gros buveurs n’en arriveront jamais là. Ils n’en constituent pas moins un grave problème de santé publique. Pas si difficile que ça à résoudre si l’on veut bien s’en donner la peine. «Une intervention thérapeutique brève menée par un médecin qui explique les risques et explore avec la personne les moyens de réduire sa con-sommation d’alcool permet de réduire cette consommation de 30-%. De quoi revenir dans la zone à bas risque», explique Jean-Bernard Daeppen.

Quelque «80-% de la population con-sultant un généraliste au moins une fois tous les deux à trois ans», ces médecins du quotidien sont le plus à même de détecter les alcoolodépendants, mais aussi ceux qui sont sur la mauvaise pente. Le Centre de traitement en alcoologie du CHUV a mis au point une formation dispensée aux soignants non spécialistes, médecins praticiens en formation ou exerçant en pratique privée. La méthode mise au point pour ces interventions thérapeutiques brèves leur permet de développer «des compétences relationnelles pour aider les personnes concernées à progresser dans l’identification et la résolution de leur problème d’alcool».

Ne pas aider les malades
La Centre de traitement en alcoologie a aussi comme ambition de soutenir les praticiens dans la prise en charge des dépendances graves à l’alcool. Car la co-dépendance, bien identifiée chez les partenaires de vie des alcooliques, n’épargne pas certains soignants, voire les emplo-yeurs... Or cette tendance à prendre les responsabilités de l’autre à sa place n’aide en rien les malades.
«Un employeur ne peut pas, et ne doit pas, jouer le rôle de thérapeute, avertit Jean-Bernard Daeppen. Il doit rester focalisé sur le critère de la qualité du travail et ne pas tolérer, par exemple, des absences systématiques le lundi matin.» Le message de l’employeur gagne à être clair-: «Si votre état de santé pose des problèmes dans votre travail, vous pouvez consulter le médecin du personnel ou votre médecin.» Quant à l’entourage, il vaut mieux qu’il s’abstienne de téléphoner audit employeur pour présenter une excuse plausible pour une absence due à une sévère gueule de bois...

Les nouveaux traitements cherchent à motiver le malade
Laisser au malade ses responsabilités ne veut pas dire le culpabiliser encore plus qu’il ne l’est. «Les traitements en alcoologie ont beaucoup évolué ces quinze dernières années, indique Jean-Bernard Daeppen. On a constaté que les thérapies de confrontation où l’on «en-gueulait» les gens ne marchaient pas. On privilégie aujourd’hui les entretiens motivationnels qui valorisent la personne dans sa capacité à faire face à sa dépendance.»

Quid du gros buveur qui s’inquiète de sa consommation d’alcool bien avant que son entourage n’ait pris conscience des risques qu’il fait courir à sa santé? Il ne doit pas hésiter à demander conseil à un médecin ou à prendre directement con-tact avec le Centre de traitement de l’alcoologie qui répond volontiers aux demandes. Un site Internet, en cours d’élaboration, devrait faciliter sous peu la prévention par l’information.

Plus de deux verres d’alcool au quotidien, c’est déjà trop. Même si une telle consommation est socialement largement tolérée, voire encouragée dans certains milieux professionnels.

Geneviève Brunet

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