Nous
sommes tous lunatiques!
Sur la demande de la Société vaudoise des sciences
naturelles, l’Institut de criminologie et de droit pénal
(ICDP) s’est penché sur les statistiques des vingt
dernières années dans les cantons de Neuchâtel,
Fribourg, Vaud et Valais. Les données de base sont puisées
dans un rapport intitulé «Les constellations ho-mi-cidaires
et suicidaires dans quatre cantons romands», publié
par l’Institut l’an-née passée, dont le
but était d’observer les circonstances conduisant à
un passage à l’acte.
Et, surprise, pour les homicides, tentatives d’homicide et
suicides, on voit bien un pic en chiffre absolu au moment de la
pleine lune. Mais autre surprise, Raphaële Lasserre, psychologue
et as-sistante à l’ICDP et co-auteur du rapport, conclut
pourtant que «les résultats obtenus semblent montrer
que la pleine lune n’influence pas plus les comportements
violents que les autres phases de l’astre lunaire.»
La lune ou le hasard?
Alors? «Face à des chiffres absolus, il faut pouvoir
vérifier si ceux-ci sont dus à la variable, en l’occurrence
la pleine lune, ou bien au hasard, explique la psychologue. Pour
ce faire, nous avons comparé les violences commises lors
du premier jour de chaque phase lunaire, y compris la lune noire
(«absence de lune»), au pourcentage de violences commises
lors du premier jour de la pleine lune, en utilisant un test statistique
dit de rapport critique. Or, qu’on prenne les données
séparément ou qu’on les cumule, ce qui permet
d’augmenter l’échantillon, le résultat
est le même-: la lune n’y est pour rien.»
L’affaire du Temple solaire
Mais les données de base sont-elles significatives? Relativement
peu nombreuses – 184 homicides, 110 tentatives d’homicide,
188 suicides –-, elles ne prennent en compte ni les tueurs
en série, ni l’affaire du Temple solaire, par exemple,
des cas pourtant compris dans la période étudiée-:
«Difficile de se focaliser sur les premiers, fait remarquer
Raphaële Lasserre, puisque nous n’en avions qu’un-:
le sadique de Romont. Quant au Temple solaire, c’était
tellement gros que cela aurait faussé les calculs. Le fait
est que les données de base sont peu abondantes et qu’elles
sont fragiles pour ce qui est des tentatives d’homicide-:
celles-ci ont lieu en majorité dans le milieu familial et
on ignore si tous les cas sont annoncés. Mais pour les homicides,
elles sont solides.»
La lune innocentée
Que la lune soit innocente, c’est un verdict confirmé
par de très nombreuses études internationales –
en Autriche, Espagne, Australie, aux Etats-Unis, aux Canaries et
au Canada – «dont les résultats sont d’autant
plus intéressants qu’el-les ont été menées
dans des contextes très divers»-: des unités
psychiatriques aux services d’urgence, en passant par des
commissariats et des prisons, on a tenté de comprendre si
un lien existait entre les phases lunaires et la fréquence
des agressions – voire si les faits rapportés seraient
plus nombreux, en supposant que les individus seraient plus réceptifs
à ce moment-là.
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| Les cambriolages augmentent
à la pleine lune
A Vienne, dans une unité d’urgence, on a été
jusqu’à examiner le rapport avec les problèmes
cardiaques. Mais décidément non-: rien à l’horizon.
Si ce n’est les pics de cambriolage, bien réels, eux,
les nuits de pleine lune, pour des raisons pratiques évidentes-:
«La luminosité est plus forte ces soirs-là,
tout simplement, ob-serve la psychologue. Ceci dit, la croyan-ce
en l’influence de la lune est profondément ancrée
dans l’esprit humain, depuis la nuit des temps. C’est
plutôt le rôle de cette croyance qu’il serait
intéressant d’étudier. Mettre un homicide sur
le compte d’un élément extérieur peut,
par ailleurs, rendre la chose moins intolérable. Peut-être
existe-t-il un phénomène d’auto-génération
du stress, responsable également du mauvais sommeil, souvent
évoqué les nuits de pleine lune. Mais dans ces cas-là,
les personnes notent-elles tous les matins si elles ont bien dormi
ou pas? Ou est-ce que l’on se souvient de ces nuits parce
qu’on les associe à une situation particulière?»
Elisabeth Gilles |