Transparent Transparent Transparent Transparent Transparent
  Allez savoir ! Le magazine de l'Université de Lausanne
Transparent Transparent   Transparent
  Transparent UNIL > Unicom >    
 
Go Edito
Go Beaux-Arts
Go Psychologie
Go Balade
Go Interview
Go Économie
Go Médecine
Go Impressum

Un hiver pour découvrir les oiseaux d’eau

De nombreux promeneurs nourrissent les canards et les cygnes au bord de nos lacs. Ils pourraient profiter de cette promenade charitable pour découvrir la trentaine d'autres espèces qui sont également visibles à cette époque de l'année. Suivez le guide.

 

Faut-il nourrir les oiseaux ?
-
Où peut-on observer des oiseaux en hiver ?
Lire l'article >>

Petit_guide_sur_les_oiseaux_en_format PDF


Avec un peu de chance, on peut apercevoir ce garrot à l'oeil d'or sur nos lacs durant la saison froide

Tous les promeneurs avertis vous le diront : c'est pendant l'hiver qu'il est le plus facile d'approcher les oiseaux qui vivent sur nos lacs. Parce qu'ils sont plus nombreux et parce qu'ils ont davantage de peine à trouver leur nourriture, ce qui les incite à venir quémander des bouts de pain sec sur les rivages et dans les ports. «Allez savoir!» vous propose donc de profiter de cette période favorable pour découvrir un monde aussi familier que méconnu. Car la plupart des promeneurs, même habitués des bords de nos lacs, se contentent généralement de différencier les cygnes et les «poules d'eau» (en fait, ce sont des foulques) d'un grand ensemble indéfini généralement désigné sous l'appellation de «canards».

Un résumé qui ne rend pas justice à la diversité de la faune locale, où les cygnes, les foulques et les colverts côtoient encore des fuligules milouins et morillons, des nettes rousses, cinq espèces de grèbes, des cormorans et une grande variété de canards comme les chipeaux, les pilets et les souchets, sans oublier les sarcelles d'hiver. Au total, ce sont finalement une quarantaine d'espèces d'oiseaux d'eau différentes qui sont observables.

Les timides et les migrateurs

Si la saison froide est favorable à la découverte de la faune lacustre, c'est notamment parce que certaines espèces «ultratimides», donc quasi invisibles durant l'été, s'aventurent désormais dans les ports et se laissent plus facilement approcher. C'est notamment le cas du petit grèbe castagneux et de la véritable gallinule poule-d'eau (qui est plus petite que la foulque et dotée   d'un bec rouge).

L'hiver est encore la grande saison des migrateurs. Alors que la plupart des espèces qui ont colonisé les lacs suisses ne sont présentes qu'en petit nombre durant le reste de l'année, leurs populations explosent à la saison froide. Grâce notamment à l'arrivée de nombreux hivernants qui considèrent le Léman comme un vaste garde-manger. L'attrait du lac est d'autant plus fort qu'il ne gèle pas et qu'il est placé sur une grande route migratoire.

«Les visiteurs y trouvent de la nourriture en suffisance, ce qui est fondamental pour eux, explique Philippe Christe, maître d'enseignement et de recherche à l'UNIL. Par ailleurs, comme le Léman est grand, ces oiseaux peuvent encore aller au large et bénéficier d'un sentiment de sécurité. Voilà pourquoi, contrairement aux oiseaux limicoles du printemps (ces échassiers qui se nourrissent dans la vase, ndlr.) que l'on peut voir à Préverenges et qui reviennent d'Afrique, la plupart des canards migrateurs ont adopté le Léman comme destination finale de leur périple.»

La ruée des morillons

Cette remarque est particulièrement valable pour les fuligules morillons, «qui sont moins d'une centaine à nicher sur le Léman mais dont la population passe à 30'000 individus durant l'hiver», précise Philippe Christe. Pour cette espèce de canards plongeurs, les lacs suisses sont même devenus des sites d'importance internationale. «Presque le quart de la population mondiale des fuligules morillons passe l'hiver dans nos contrées», poursuit le biologiste du Département d'Ecologie et d'Evolution de l'UNIL, qui souligne notre responsabilité à leur égard.

Facilement reconnaissable à ses couleurs, le noir et le blanc, sans oublier son grand «catogan» qui rappelle Roger Federer à ses débuts, le petit plongeur est désormais un habitué de nos rives. Un habitué, mais de fraîche date, puisque les morillons étaient très rares dans nos lacs il y a quelques décennies.

Comment expliquer leur acclimatation aussi spectaculaire ? «Si l'on prend le groupe des canards plongeurs, ces malacophages qui, comme le fuligule morillon, mangent des coquillages, on découvre qu'ils ont bénéficié de l'arrivée de la moule zébrée dans les années soixante, répond Philippe Christe. Ce coquillage, que l'on trouve désormais sur tout le pourtour lémanique, a été introduit accidentellement. Il est certainement arrivé sur la coque d'un bateau en provenance de l'Est et, depuis, il a colonisé tous les ports.»

Philippe Christe, maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL

  Top

Des moules zébrées au menu

L'arrivée de cette moule zébrée a fait le bonheur des canards qui s'en nourrissent, et notamment des morillons, ces habiles plongeurs dont l'estomac est suffisamment musclé pour broyer des coquillages entiers avant de les digérer. Les canards ont donc profité de cet apport en nourriture pour se développer de manière spectaculaire.

Avec 150 à 200'000 morillons qui hivernent en Suisse, notre pays accueille désormais près de 10% de leur population européenne totale. Ce qui fait dire à Philippe Christe que l'on «parle souvent en mal des envahisseurs, mais dans le cas de la moule zébrée, il faut bien admettre que son arrivée a eu des effets très positifs pour les canards plongeurs».

Cet oiseau qui ressemble à un col-vert est en réalité un canard souchet, identifiable à son bec en forme de cuillère

Le canard à tête rousse

Le lac Léman est encore un espace d'importance internationale pour les nettes rousses. «Ce très joli canard était encore très rare il y a une vingtaine d'années, au point que les gens se déplaçaient pour en voir un quand il était de passage», précise le biologiste de l'UNIL. Mais cette époque est bien révolue, puisque les nettes forment désormais une colonie hivernale de 20'000 individus, soit les deux tiers de sa population européenne. Autant de migrateurs qui passent l'hiver dans nos lacs, quand ils ne s'y établissent pas à l'année.

L'arrivée de ces canards très faciles à reconnaître, avec leur bec rouge et leur tête rousse, s'explique notamment par l'assèchement de plusieurs lacs espagnols où ils s'étaient établis. Poussées vers le nord, les nettes ont trouvé dans nos contrées les plantes aquatiques qui les nourrissent, ce qui explique leur croissance spectaculaire. A noter, enfin, que ces végétaux sont réapparus dans le Léman à la suite des efforts d'épuration des eaux usées qui ont été entrepris ces dernières années.
Avec 175'000 individus dans nos contrées, le fuligule morillon est l'hivernant le plus répandu

Tête brune et oeil d'or

Les fuligules morillons et les nettes rousses ne sont pas les seuls canards plongeurs à proliférer dans nos eaux hivernales. Le fuligule milouin, caractérisé par sa tête brune et son dos gris, a également vu ses effectifs exploser ces dernières décennies. Sa population hivernale est ainsi passée de 20'000 à 100'000 individus depuis la fin des années 1960, alors que sa population baissait par ailleurs dans le reste de l'Europe. Une statistique qui montre encore que les milouins trouvent la Suisse particulièrement attrayante.

A ses côtés nage un autre hivernant typique, quoique plus rare, le garrot à l'oeil d'or. Pour l'anecdote, on signalera que ce très bel oiseau à la tête noire et à l'oeil jaune a besoin de 1200 plongeons quotidiens pour trouver la quantité de nourriture qui lui est nécessaire, et qu'il ira chercher sous la forme de larves d'insectes, de mollusques, d'escargots ou de crustacés. Notons enfin que les couples de garrots se forment sur le site d'hivernage, ce qui signifie qu'un promeneur chanceux peut observer leur parade nuptiale.
Top

Des canards de surface

Les canards plongeurs ne sont pas les seuls à s'épanouir sur nos lacs durant l'hiver. Les populations de canards de surface (ceux qui ne plongent pas et qui mangent des algues et des arthropodes aquatiques) connaissent elles aussi une formidable embellie. C'est donc l'occasion de découvrir les nombreux «cousins» qui s'ébattent à côté des célébrissimes canards colvert.

Ce sont notamment de beaux grisonnants comme les canards chipeaux. Sans oublier les canards souchets, dont le bec en forme de spatule est à ce point caractéristique qu'il leur a valu le nom allemand de Loeffelente (le canard cuillère). La famille des canards de surface compte enfin parmi ses membres le très élégant pilet d'Europe, qui est lui aussi un hivernant régulier sous nos latitudes.

Une mâle assurance

L'ornithologue débutant découvrira très vite que, quand il cherche à identifier les espèces rencontrées durant sa balade, il vaut mieux repérer des mâles que des femelles. Car la ressemblance entre les cannes des différentes espèces peut tromper les observateurs les plus avertis. «Selon une anecdote qui figure dans tous les manuels d'écologie, Linné, l'homme qui a inventé la classification des espèces, s'était trompé en classant le mâle et la femelle du colvert dans deux espèces différentes», rapporte Philippe Christe.

La difficulté est d'autant plus grande que ces canards de surface s'hybrident souvent, un brassage des espèces qui donne naissance à bon nombre de canards au plumage surprenant, qui ne figurent dans aucun manuel et qui laissent souvent le promeneur perplexe.

Le très élégant pilet d'Europe est lui aussi un habitué de nos lacs durant l'hiver

Les mangeurs de poisson

La grande famille des canards n'est pas la seule à progresser dans nos lacs. Les piscivores, ces oiseaux qui se nourrissent de poisson, ont eux aussi effectué une croissance spectaculaire depuis les années 1960.

«A cette époque, nos lacs étaient assez eutrophes (trop riches en éléments nutritifs, ndlr.) à cause des apports d'engrais dus à l'agriculture et de l'absence de stations d'épuration, note Philippe Christe. Du coup, beaucoup d'algues se sont développées, ce qui a favorisé les poissons blancs dont se nourrissent les piscivores. Ce qui explique la hausse des populations d'oiseaux au bec pointu comme les cormorans, les grèbes et les harles.»
Top

Les cinq grèbes

Les grèbes sont les moins mal vus de cette famille, parce qu'ils se nourrissent de plus petits poissons que les autres. Ils sont également les mieux connus des promeneurs puisque, faute de roselières pour nicher, ils construisent leurs nids dans les ports, en utilisant les cordes ou les chaînes d'ancrage des bateaux.

Précision peu connue, il y a cinq espèces différentes de grèbes sur nos lacs. A côté du grèbe huppé, le plus célèbre, nagent encore les grèbes esclavon, castagneux, jougris et le grèbe à cou noir. «Le plus petit, le grèbe castagneux, se dissimule souvent dans les étangs durant l'été. En hiver, on peut l'observer dans les ports ou aux Grangettes. C'est une petite boule dont on entend souvent le «plouf», parce qu'il vient de plonger à notre approche.»

Signalons encore, dans la même famille, le très beau grèbe à cou noir, très rare en été, mais que l'on retrouve souvent en groupe, durant l'hiver, et qui est caractérisé par son oeil rouge.

Gros mangeur de poissons, le grand cormoran s'est attiré les foudres des pêcheurs

L'exemple du cormoran montre bien que la croissance de ces populations d'oiseaux a souvent une explication multifactorielle. «Alors qu'il était assez rare dans nos régions, cet oiseau a proliféré grâce à la mise sous protection de ses sites de nidification, notamment au Danemark, explique le biologiste de l'UNIL. Comme les cormorans qui viennent nous voir proviennent de ce pays nordique ainsi que de la Hollande, leurs populations ont augmenté. Jusqu'à poser certains problèmes de cohabitation avec les humains.»

Un oiseau qui se mouille

Gros mangeur de poisson, ce prédateur s'est vite attiré les foudres des pêcheurs. «Les écologistes affirment que l'animal ne mange que des poissons blancs et les pêcheurs assurent qu'il se nourrit de poissons nobles. Il y a certainement un juste milieu entre ces deux affirmations, sourit Philippe Christe, puisque dans les eaux froides des Grangettes, le cormoran mange certainement des salmonidés.»

Autant de poissons que le cormoran est capable de pêcher en eaux profondes. Alors que la plupart des oiseaux sont imperméables, le cormoran fait exception à la règle. Lui ne bénéficie pas de cette glande uropygienne placée sous le croupion des oiseaux dont ils tirent un liquide qui leur permet de se lisser le plumage pour le rendre imperméable et résistant à certains parasites et bactéries.

«Sa glande uropygienne est complètement atrophiée et ne permet pas au cormoran de s'étanchéiser», explique le biologiste de l'UNIL. Avantage de cette situation, il est capable d'aller chercher sa nourriture bien plus profond que les autres oiseaux d'eau, à 20 ou 30 mètres. Seul l'eider, ce (rare) visiteur de l'hiver, va plus loin (30 mètres).

«Inconvénient de cette situation, ses plumes ne sont pas étanches. Du coup, l'animal sort humide de l'eau et doit se sécher avec de grands battements d'ailes si caractéristiques», poursuit Philippe Christe.

Harle-toi lentement !

Le cormoran n'est pas le seul ennemi des pêcheurs. Le harle bièvre lui dispute ce rôle. Mais, contrairement au cormoran, le harle ne se contente pas de chercher sa nourriture dans les lacs. «Il remonte beaucoup dans les rivières et y concurrence les pêcheurs», raconte le biologiste de l'UNIL.

Tirs et noyades


Détail peu connu, l'animal est cavernicole et «il niche dans des cavités d'arbres, à cinq ou six mètres de haut, rapporte Philippe Christe. C'est de cette hauteur que les petits, qui ne savent pas voler, sautent en bas de l'arbre, ce qui est toujours très impressionnant à observer.» Autre précision susceptible d'intéresser le promeneur: les harles ont, comme les grèbes, la particularité de porter les bébés sur leur dos, ce qui fait de cet attelage l'un des spectacles du printemps.

Même s'il est plus rare et protégé, le harle fait lui aussi l'objet de quelques tirs de régulation. Entre trois et six individus sont prélevés chaque année, dans l'Orbe à Vallorbe et dans la Broye à Payerne. Mais il reste nettement moins visé que le cormoran, dont 27 à 48 individus sont tirés chaque année dans le canton.

Notons cependant que, si les pêcheurs se plaignent volontiers des piscivores, les oiseaux des lacs auraient eux aussi à se plaindre des pêcheurs. Car ces derniers prennent de nombreux canards plongeurs dans leurs filets. «Un professionnel du lac de Neuchâtel nous a raconté récemment qu'il retrouvait des cadavres tous les jours dans ses filets, et que le total de ces animaux noyés parce qu'ils s'étaient pris dans les mailles pouvait aller jusqu'à une cinquantaine par jour à une certaine époque», note Philippe Christe.

Comme les grèbes, cette femelle harle bièvre a pour particularité de porter ses petits sur son dos

Les canards font-ils de l'oeil ?

Au terme de cette balade lacustre, le promeneur sera peut-être intéressé d'ap-prendre que ces canards qui dérivent, sous ses yeux, en multipliant les battements de cil, ne sont pas en train de lui faire de l'oeil dans l'espoir de recevoir quelques croûtons. Ils dorment, tout simplement.

«Le canard est capable de mettre en sommeil la moitié de son cerveau, et de conserver l'autre en activité, explique le biologiste de l'UNIL. Il cligne de l'oeil quand il dort, parce qu'il conserve une vigilance. Nous l'avons notamment vérifié lors de travaux pratiques avec les étudiants, qui visent à évaluer le degré de vigilance des individus en fonction de la taille des groupes. Quand il sommeille avec des autres volatiles autour de lui, il se sent plus en sécurité et il s'offre des plages de repos bien plus grandes que s'il était seul. C'est aussi pour cela que les canards se rassemblent.»

Et c'est bien la chance des promeneurs.

Jocelyn Rochat
Faut-il nourrir les oiseaux?
-
Où peut-on observer des oiseaux en hiver?
Lire l'article >>

Swiss University
Transparent Transparent Transparent
Transparent
Transparent