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Félix Vallotton, ce Français d'origine suisse

Ces prochaines semaines sort de pres-se le Catalogue raisonné de l’œuvre peint du Lausannois Félix Vallotton, qui se verra consacrer deux expositions. C’était l’occasion de s’intéresser à cet artiste qui se trouve progressivement ramené à une helvétitude qu’il n’a pourtant jamais revendiquée ni vécue.
 

«Ce sont surtout des Suisses qui achètent l’art suisse»
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"Une rue à Cagnes", 1922, 81 x 65 cm, signé et daté en bas à droite : F. VALLOTTON.22. Collection Christoph Blocher


Voilà maintenant une dizaine d’an-nées que Félix Vallotton figure dans le quarteron des stars de l’art suisse dont les ventes aux enchères battent des re-cords de saison en saison. Voilà aussi une vingtaine d’années que le peintre d’origine vaudoise voit ses œuvres rapatriées en Suisse par ses acheteurs, qui diminuent implacablement sa présence à l’étranger.

Le phénomène a ses explications (voir notre interview dans les pages suivantes). Il n’en reste pas moins étonnant si l’on s’attarde sur la biographie du peintre. Félix Vallotton est bien né à Lausanne, il n’a jamais renié ses origines, ni rompu ses liens avec son pays. Il est pourtant manifeste que tout au long de sa carrière, son cœur et son esprit, comme sa peinture, battaient d’abord au rythme de la France.

Le choc parisien

En 1882, Félix Vallotton a 17 ans lorsqu’il quitte la Suisse pour s’établir à Paris. Rien que de très naturel pour qui veut apprendre son métier de peintre. Auteur du Catalogue raisonné de l’oeuvre peint de l’artiste, réalisé sous les auspices de la Fondation Félix Vallotton, Marina Ducrey relève qu’à cette époque, il n’y a en Suisse aucune institution capable de former à l’art pictural: «Les Suisses alémaniques vont se former à Munich et les Romands à Paris.»

Inscrit à l’Académie Julian, l’une des plus cotées de la capitale française, le jeune Vaudois rêve de devenir un grand peintre. Portraitiste avant tout, il arrive avec des références classiques. Comme modèle esthétique, il a notamment Hans Holbein et ses constructions rigoureuses du début du XVIe siècle.

Les premières années parisienne

Dès ses premières années parisiennes, Vallotton entre en contact avec l’effervescence avant-gardiste qui agite le mi-lieu artistique. A l’Académie Julian, il rencontre Edouard Vuillard et Pierre Bonnard, élèves comme lui. Dès la fin des années 1880, ces derniers animent le groupe des Nabis avec d’autres figures de l’avant-garde comme Paul Sérusier et Maurice Denis.

Imprégnés d’influences symbolistes et orientalistes, ils utilisent des supports multiples pour leurs créations, et abordent sans complexe les genres les plus divers, de la peinture intimiste à la fresque murale, de la gravure à l’illustration. Vallotton épouse vite ce mouvement. «Ses confrères l’appelleront toujours le Nabi étranger», dit Paul-André Jaccard, chef de l’antenne romande de l’Institut suisse pour l’étude de l’art.

Il n’empêche que le peintre vaudois participe au mouvement nabi sans y faire figure de pièce rapportée, malgré la distance qu’il observe face à certaines pratiques ésotériques de ses amis : «Vallotton était membre à part entière du groupe des Nabis, dit Marina Ducrey, et cette période a été capitale pour l’évolution de son art.»

Marina Ducrey, auteure du Catalogue raisonné de Félix Vallotton

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Des débuts misérables

Mais avant l’aventure nabie, les premières années de Vallotton à Paris ne sont pas très encourageantes. Jusqu’à 25 ans, le peintre vit dans un état de misè-re financière intégrale. Il produit beaucoup de portraits, mais ne vend quasiment rien. La misère est telle qu’il envisage «de tout lâcher pour partir faire fortune en Amérique». Jusqu’au jour où, frappé par une exposition d’estampes japonaises, il se lance dans la gravure sur bois.

Dès le début des années 1890, le succès public et critique est immédiat. Ses contrastes entre des noirs et des blancs sans nuances, sa manière de s’approprier l’estampe japonaise en la renouvelant, l’humour et le lyrisme aussi de ses scènes, lui apportent rapidement une large notoriété. La révélation de ce talent déclenche une carrière de dessinateur pour la grande presse parisienne, puis aussi pour la presse européenne. «Le Cri de Paris», le journal satirique «Le Rire», mais aussi le «Chap book» de Chicago, réclament ses illustrations.

L’ennui suisse

Depuis son départ pour Paris, Vallotton a toujours gardé des rapports réguliers avec la Suisse. «Il vient périodique-ment voir ses parents et reste très proche de son frère Paul, qui joue pour lui un rôle comparable à celui que Théo a joué pour Van Gogh», raconte Marina Du-crey. Il écrit aussi des critiques d’expositions parisiennes pour la «Gazette de Lausanne», initie sa série de paysages à Romanel. Et surtout, la Suisse entretient régulièrement des rapports avec lui.

En achetant son autoportrait, en 1896, le Musée des beaux-arts de Lausanne devient la première institution à acquérir un Vallotton. Il expose aussi régulièrement à Zurich, qui lui offre sa première exposition personnelle dans un musée.

Subjugués par sa peinture, les collectionneurs de Winterthour Arthur et He-dy Hahnloser initient un boom de Vallotton en Suisse, qui lui permettra de survivre pendant la guerre. En 1913 enfin, après avoir dirigé la fabrique de chocolat Cailler, Paul fonde la Galerie Vallotton à Lausanne. De là, il essaime l’œuvre de son frère jusqu’en Russie.


«Le grand nuage», 1900, 35 x 46 cm, signé et daté en bas à gauche et en bas à droite?]: F. VALLOTTON.00. Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne

«L'émoi», 1894, Gravure sur bois, Musée des beaux-arts de Berne


Contesté par ses pairs

Ces rapports avec l’alma mater ne sont cependant pas toujours cordiaux : «En 1914, lorsque la Suisse l’appelle pour l’exposition nationale, les peintres nationaux déclarent qu’il n’a rien à faire parmi eux; Ferdinand Hodler est l’un des seuls à le défendre, dit Marina Ducrey. Et lorsqu’il séjourne en Suisse, il s’ennuie vite. Il a besoin de l’air de Paris, de ses boulevards, de ses théâtres et de son esprit d’avant-garde.»

Il faut noter aussi que dans l’ensemble de son œuvre, les sujets situés en Suisse sont en minorité, et que les musées helvétiques, hormis quelques exemples no-toires, ne se précipitent pas sur ses tableaux de son vivant. Genève achète ainsi son premier Vallotton juste avant qu’il ne meure, en 1925.

Prêt à faire la Grande Guerre

À l’inverse, bien que la critique française ait parfois été dure avec sa peinture qu’elle trouvait froide, protestante et tristement suisse, Vallotton n’envisage jamais de revenir. Il prend même la nationalité française en 1900 et fait un beau mariage bourgeois avec la fille d’un galeriste parisien.

Lorsque la Grande Guerre éclate, il devient même «plus Français que jamais, dit Marina Ducrey. Il se propose comme soldat volontaire, ce qu’on lui refuse à cause de son âge. Il bénéficie alors d’une mission de peintre aux armées dont il tirera de grandes peintures de guerre.»

La France lui rendra en partie cet amour du pays adoptif. «En 1931, la première monographie écrite en français essaie de démontrer que Vallotton n’a jamais fait, en adoptant la France pour seconde patrie, que réintégrer ses ra-cines huguenotes.» Et si l’on ouvre le Robert des noms propres, sa notice commence par «peintre français d’origine suisse»...

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«Les feux», 1911, 73 x 100 cm, signé et daté en bas à gauche?]: F. VALLOTTON.11.
Collection privée, Suisse

Un peintre avant tout

Alors, Vallotton, Suisse ou pas Suis-se? La question se révèle aussi absurde que de demander aux binationaux de choisir entre l’un de leurs deux passeports. Toujours tiré à quatre épingles, ennemi du laisser-aller, Vallotton était Suisse par sa naissance, sa famille, son enfance, et par sa peinture honnête, sa rigueur du trait, son mépris des artifices.

Vibrant avec les soldats français de la Grande Guerre, membre actif de l’avant-garde parisienne, il était Français par sa formation, son expérience, ses affinités, ses amours, et par sa peinture aussi, tout entière imprégnée de la liberté de l’esprit parisien. Plutôt que de le considérer sous un angle national, mieux vaut donc le laisser à l’histoire de la peinture, le seul territoire auquel il appartient vraiment.

Pierre-Louis Chantre

«Coucher de soleil à Grâce, ciel orangé et violet», 1918, 54 x 73 cm, signé et daté en bas à gauche?]: F. VALLOTTON.18. Collection privée
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Marina DUCREY, avec la collaboration de Katia POLETTI, Félix Vallotton (1865-1925). L’œuvre peint, Lausanne, Fondation Félix Vallotton, Lausanne/Zurich,
Institut suisse pour l’étude
de l’art (Catalogues raisonnés d’artistes suisses 22), Milan,
5 Continents Editions, 2005,
3 volumes.

«Félix Vallotton - Les Couchers
de soleil», Fondation
Pierre Gianadda, Martigny,
du 18 mars au 12 juin.

Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne, dès le 10 mars 2005.

Ouverture d'une exposition construite en relation étroite avec la sortie du Catalogue raisonné de Vallotton. On y verra des tableaux de Vallotton (notamment ceux du Musée), mais encore des documents utiles à l'établissement du Catalogue raisonné, en l'occurrence des dessins préparatoires pour telle ou telle toile, des documents inédits tels que le Livre de Raison ou des Carnets de comptes ou de croquis, des manuscrits divers, etc.



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