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Visite à Koltsovo, sanctuaire
de la variole

Riccardo Wittek est l’un des rares privilégiés à avoir pu inspecter les installations russes de Sibérie, où est stocké le virus de la variole. Il en est revenu «impressionné».

 

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Lorsque la variole a été éradiquée en 1980, l'OMS a envisagé de détruire tous les stocks de virus existants dans le monde. Mais sous la pression des Etats-Unis, inquiets des menaces terroristes, la communauté internationale a finalement décidé de conserver des échantillons de l'agent pathogène, afin de disposer de souches permettant de tester de nouveaux médicaments ou vaccins.

Deux laboratoires ont été retenus pour abriter les germes-: l'un au CDC (Center for disease control and prevention) à Atlanta aux Etats-Unis, l'autre à Koltsovo, en Russie. Deux lieux considérés comme sûrs, mais qui font l'objet d'inspections régulières menées par des experts de l'OMS.

Fiction ou réalité ?

Une hypothèse de pure fiction? Pas si sûr. Comme si elle faisait écho au scénario catastrophe du feuilleton télévisé américain, l'Association médicale britannique (BMA) manifeste, elle aussi, une vive inquiétude face à la menace bactériologique. «Agissons maintenant contre les armes biologiques avant qu'il ne soit trop tard»: tel est, en substance, le cri d'alarme qu'elle a lancé dans un récent rapport.

L'association estime en effet que les virus, bactéries ou autres germes dangereux sont plus faciles à développer, plus difficiles à contrôler et plus à même de tomber entre les mains de terroristes que les armes chimiques ou nucléaires. Et la BMA de mettre sérieusement en doute les capacités de la communauté internationale à faire face à de telles attaques.

Certes, le bioterrorisme n'est pas la guerre biologique. Cette dernière reste du ressort des Etats, seuls capables de fabriquer, conserver et disséminer à grande échelle des armes biologiques proprement dites. Car cela nécessite des infrastructures lourdes et des équipements (missiles, bombes, avions) dont les terroristes ne disposent - en général - pas. Même si des groupes organisés peuvent être aidés plus ou moins discrètement par un Etat, leurs moyens de frappe sont limités.
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En mission pour l'OMS

C'est dans le cadre d'une mission organisée par cette Organisation que Riccardo Wittek   a pu visiter une première fois, en 1999, le centre très fermé de Kolstovo. Accompagné de trois experts en biosécurité, le spécialiste de virologie a pénétré dans ce laboratoire situé en Sibérie, dans la région de Novossibirsk. Il raconte.

«C'est impressionnant d'arriver à Koltsovo. Je connaissais toute l'histoire de ce centre qui, du temps de l'Union soviétique, faisait des recherches sur le virus de la variole et sur d'autres virus, à des fins militaires. Tout cela est décrit dans l'excellent livre écrit par Ken Alibek, qui a dirigé le programme soviétique d'armes biologiques avant de partir pour les Etats-Unis. Sachant tout cela, j'étais impressionné d'arriver à Koltsovo.

«Il faut s'imaginer un centre qui, comme le campus de Dorigny, abrite plusieurs bâtiments. Durant la guerre froide, certains servaient à la production de microorganismes, d'autres à la recherche. Pendant des années, les échantillons de virus étaient conservés dans des congélateurs fermés, qui nécessitaient toute une procédure de sécurité pour être ouverts. Mais ensuite, les Etats-Unis ont commencé à craindre le bioterrorisme et l'idée est venue qu'il était préférable de sortir certains de ces échantillons pour faire de la recherche. Maintenant, les scientifiques de Koltsovo, ont pour objectif de mettre au point de nouveaux vaccins ou des médicaments antiviraux.

«Les Etats-Unis et la Russie collaborent»

«Leurs travaux sont d'ailleurs financés par les Américains qui, à la fin de la guerre froide, ont lancé des programmes destinés à occuper les chercheurs et les techniciens qui travaillaient auparavant sur les armes biologiques. Les Etats-Unis et la Russie collaborent donc en la ma-tière, mais leurs relations sont ambiguës. De temps en temps, Washington coupe les subventions, estimant que Moscou pourrait reprendre son ancienne activité et relancer son programme d'armement biologique. Par ailleurs, les Américains n'ont pas totalement confiance dans les résultats obtenus par les Russes.

«Quoi qu'il en soit, le centre de Koltsovo fonctionne. En fait, nous n'avons pas visité l'ensemble des installations, même si le directeur Lev Sandakhchiev - qui était d'ailleurs déjà en poste à l'époque soviétique - nous l'a proposé. Mais ce n'était pas là notre mission. Nous sommes restés dans les laboratoires de haute sécurité destinés aux travaux de recherche sur le virus de la variole et dans les bâtiments de l'administration. Là, nous avons pu interroger les responsables de la sécurité biologique et consulter les dossiers.

Des scientifiques russes au travail dans une installation de Sibérie

Aucune arme n'est «parfaite»

«Notre équipe était constituée de quatre personnes, j'étais parti avec trois experts en biosécurité dont l'un avait déjà travaillé en Irak notamment. À l'issue de notre visite, nous sommes tous arrivés à la conclusion que l'installation était correcte et qu'elle offrait une protection suffisante-: il n'y avait pas de risque que des virus soient relâchés dans l'environnement. Certes, nous avons constaté que les lieux étaient un peu vétustes, et qu'il y aurait certainement des travaux à faire. Mais globalement cela tournait, et les conditions de travail étaient satisfaisantes. Nous l'avons écrit dans notre rapport.

«Aujourd'hui, à Koltsovo, tout est sous contrôle, et il n'y a aucune raison de craindre un trafic de virus. Mais auparavant, les Soviétiques avaient un stock astronomique de variole - deux tonnes! - qu'ils ont affirmé avoir détruit. En fait, on ne sait pas vraiment ce qu'est devenu ce stock et les Etats-Unis craignent que d'autres pays possèdent le virus de la variole. Il est vrai qu'à l'époque, si quelqu'un avait voulu prendre une petite partie de ces échantillons, il en aurait eu la possibilité.»

E.Go.


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