Pour de nombreux
chercheurs,
l’affaire paraît entendue: une atteinte
biologique est l’un
des facteurs nécessaires à l’apparition
de la schizophrénie.
C’est en tout cas
l’opinion de Kim Do
Cuénod, qui dirige
l’un des laboratoires
du Centre de neurosciences
psychiatriques
du CHUV à
Cery, et de Michel
Cuénod, consultant
auprès de cette équipe. Le couple de neuroscientifiques
s’est donc lancé à la
recherche des fauteurs de trouble,
et le glutathion leur a semblé être
un bon candidat.
L’équipe de Michel Cuénod, qui était alors directeur du Centre de
recherche sur le cerveau à Zurich,
avait en effet découvert que le
liquide céphalo-rachidien de schizophrènes
renfermait entre un tiers
et moitié moins de glutathion que
celui de sujets sains. D’un autre
coté, d’autres scientifiques «avaient
constaté qu’il y avait un problème
de stress-oxydatif chez les schizophrènes,
mais personne n’avait
expliqué ce phénomène», explique
Kim Do Cuénod.
Première lausannoise
Les neurobiologistes lausannois
ont fait, les premiers, le lien entre
ces deux observations. Le glutathion,
expliquent-ils, est en effet un
antioxydant notoire. Lorsqu’il est en
déficit, le cerveau est moins bien
protégé contre les substances oxydantes
et toxiques qui, de ce fait,
ont le champ libre pour provoquer
leurs dommages.
Lesquels se manifestent,
entre autres choses, par des
altérations des connexions entre
neurones.
Cette «hypothèse du glutathion»,
Kim Do et Michel Cuénod l’ont
confirmée depuis. Ils envisagent
maintenant d’utiliser cette molécule
comme un indicateur biologique qui,à l’instar du taux de
sucre chez les diabétiques,
permettrait
de dépister la
schizophrénie.
Un dépistage
efficace à 80%
Leurs premiers
résultats sont encourageants
puisque,
après avoir prélevé
des échantillons
de peau, de sang et
de plasma sanguin
sur une petite centaine
de personnes,
les neurobiologistes
ont réussi à prédire lesquels d’entre
eux étaient schizophrènes et lesquels
ne l’étaient pas, avec un taux
de réussite dépassant 80%.
Cette voie de recherche est «intéressante», commente Pierre Bovet
qui collabore avec le couple Cuénod.
Elle donne, dit-il, «une base biochimique à l’hypothèse de la «dysconnectivité
cérébrale», laquelle pourrait
permettre de comprendre le
développement des symptômes de
la maladie». A plus long terme, «la
piste du gluthation» pourrait aussi
contribuer à l’élaboration de nouveaux
traitements contre la maladie.
E.Go.