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«Il n’est plus possible de lire et d’appliquer la Bible à la lettre»

Professeur de théologie à l’UNIL, Thomas Römer s’explique sur les conséquences des recherches archéologiques sur la lecture de l’Ancien Testament.

 

La Bible revue et corrigée par l’archéologie
Lire l'article >>

Allez savoir! L’archéologue Israël Finkelstein raconte des histoires assez différentes de celles que l’on entend dans les églises...

Thomas Römer: Cela lui a valu un certain nombre de détracteurs, y compris en Israël. Parce que ses écrits ne plaisent pas à toutes les sensibilités du judaïsme, ni à celles du christianisme d’ailleurs. Cela dit, ce n’est pas un iconoclaste. C’est un chercheur sérieux qui a réussi à faire prendre conscience aux gens que l’archéologie n’est pas là pour prouver la Bible. Et ce qu’il dit en tant qu’archéologue rejoint un peu ce que l’exégèse la plus récente affirme également dans de nombreux domaines.

Si vous trouvez autant de points d’accord, c’est sans doute parce que vous lisez les textes bibliques moins à la lettre que vos prédécesseurs...

Il est vrai que, dans les années 50- 60 du siècle passé, les universitaires étaient habitués à une verve théologique que l’on n’a plus aujourd’hui. Mais je me dis que, quand on est à l’université, nous n’avons pas à faire du catéchisme. Nous faisons de la théologie. Nous sommes là pour donner une information la plus objective possible sur ces textes, sur leur lieu de production et sur leur contexte historique.

Que reste-t-il de la Bible après Finkelstein? Faut-il brûler l’Ancien Testament?

Il ne faut pas le brûler. C’est toujours un mauvais signe quand on brûle des livres. Il faut simplement se demander en quoi réside l’apport de ces textes. Est-ce que, par exemple, le récit de la traversée de la mer par Moïse et ses compagnons nous parle parce que l’on peut prouver que ça s’est vraiment passé, comme on pourrait le croire après les récents tsunamis? Je pense que l’on n’y gagne pas grand-chose. Il faut surtout voir l’idée qui est derrière: ces textes ont un caractère très symbolique qui vaut la véracité historique.

Par exemple?

Dans cette fameuse histoire de la traversée de la mer par le peuple qui fuit l’Egypte, il y a une allusion à la Genèse. Elle permet d’assimiler la création du monde à la création d’Israël, par sa capacité à passer d’un état à l’autre.

Découvrir que l’on doit relire la Bible autrement, n’est-ce pas très déstabilisant?

Il m’est effectivement arrivé de me retrouver face à un étudiant qui me disait:«Si ça ne s’est pas passé comme c’est écrit dans la Bible, tout s’écroule.» Ce n’est pas mon avis. Il y a un message très fort dans ces textes qui est indépendant de la soi-disant «véracité historique».

Une chose reste cependant claire: quand on a pris connaissance de ces recherches, on ne peut plus lire la Bible à la lettre....

C’est tout simplement impossible, et c’est assez facile à démontrer: même ceux qui prétendent le faire ont des a priori. Nous avons par exemple un débat sur les pasteurs homosexuels dans l’Eglise protestante vaudoise, avec des gens qui citent les textes bibliques pour expliquer qu’un tel cas de figure est inacceptable.

Je leur réponds que, s’ils veulent réappliquer ces textes, il faut aussi réintroduire la peine de mort par lapidation et ordonner aux femmes qui ont leurs règles de sortir du village. Comme vous le voyez, les lectures de la Bible au premier degré restent sélectivement fondamentalistes. Certains cherchent à légitimer des a priori avec des textes bibliques.

Du coup, la Bible devient une sorte de livre de recettes où l’on puise d’une manière qui n’est pas très équilibrée... Mais en réalité, si vous lisez attentivement les textes, vous voyez qu’il est impossible de les appliquer à la lettre.

Propos recueillis par J.R.

«Est-ce que le récit de la traversée de la mer par Moïse et ses compagnons nous parle parce que l'on peut prouver que ça s’est vraiment passé, comme on pourrait le croire après les récents tsunamis?»

 
La Bible revue et corrigée par l’archéologie
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