Chargé de recherche au centre de dépistage anonyme VIH de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne, Ilario Rossi est membre depuis quatre ans d'une équipe pluridisciplinaire composée de psychiatres, de médecins internistes et d'infirmières. Objectif: comprendre qui vient se faire tester, afin de développer des stratégies de prévention qui dépasseraient la simple transmission d'informations. Réflexions d'un anthropologue sur ce nouveau phénomène de société:
contrairement à nos prévisions, la population qui vient se faire tester ici, environ trois mille personnes par an, représente plutôt "Monsieur et Madame tout le monde"... En termes d'épidémiologie, sur l'ensemble, les cas de séropositivité sont faibles. Ils se montent encore, toutefois, à une quinzaine chaque année.
Chez les jeunes, beaucoup viennent faire un bilan de couple. Ils se connaissent depuis peu, respectent les consignes de sécurité relatives aux maladies sexuellement transmissibles et souhaitent abandonner les moyens de protection. Ce qui nous amène à considérer le test de dépistage comme un rite de passage, où un couple d'aujourd'hui veut se démontrer réciproquement son statut de séronégativité.D'autres personnes n'utilisent pas forcément le préservatif, bien que tous nos consultants connaissent parfaitement les mesures de prévention. Dans tous les cas de figure, la question fondamentale est celle de la relation avec l'autre.
Chacun peut éprouver la prise de risque, une fois ou l'autre dans sa vie: sur pression du partenaire, par peur de lui déplaire, parce qu'on n'aime pas toujours se protéger, que la passion est trop forte ou que quelques rencontres intimes poussées amènent à la perte de contrôle. Certains nous ont dit ressentir parfois le besoin impérieux d'un relâchement total des pulsions sans aucune protection, dans une société qui exige de se maîtriser en toute circonstance.
Cependant, toujours plus de gens viennent faire le test. Faut-il se réjouir que notre service devienne un lieu de référence ou plutôt se dire que cette augmentation révèle une prise de risques toujours plus évidente?
La prévention a bien passé au niveau de l'information, assez bien au niveau des comportements, mais nous sommes encore loin d'une attitude générale consciente. Ce qui me paraît normal. Quel système d'ingénierie sociale préventif peut-il prétendre à un changement radical de pensée et d'attitude, en dix ans, face à une telle maladie? Trop de facteurs influencent le cours d'une existence. A chacun ses faiblesses et le risque de trébucher. Malheureusement, une seule fois peut être de trop...
A.R.
