La gestion informatique de l'information
Cette micro-analyse policière, aussi spectaculaire soit-elle, n'est évidemment que le maillon "laboratoire" de l'enquête; cette dernière englobe d'autres étapes, à commencer par l'état des lieux, mais surtout la gestion de l'information et le rapport concerté entre les différents protagonistes, dont le juge n'est pas le moins influent. La gestion de l'information policière, très souvent empirique et fondée sur l'expérience d'enquêteurs formés sur le tas, n'a pas bénéficié jusqu'ici de toute l'attention qu'elle mérite, compte tenu du développement des techniques à disposition, en particulier l'informatique.
L'Institut de police scientifique et de criminologie a donc confié à un doctorant, Olivier Ribaux, licencié en mathématique et spécialiste de l'informatique, le soin de débroussailler la question.
Où l'absence de suspect pénalise la police
Vaste programme! Quand il n'y a pas de suspect, le traitement des données dans les services de police est soumis à des contraintes gênantes du point de vue de l'enquêteur mais diablement favorables au délinquant: exigences légales, comme la protection des données depuis l'affaire des fiches, ou contraintes fédéralistes, telle l'autonomie des polices. Photo du film "Usual suspects" "Les structures cantonales, analyse Olivier Ribaux, sont efficaces pour lutter contre la criminalité récidiviste locale; mais la mobilité croissante fait que la criminalité ne se limite plus depuis longtemps à un seul canton." Dans cette perspective, la gestion informatisée de l'information pourrait améliorer de manière sensible l'exploitation de ces données, surtout dans les délits à répétition qui peuvent affecter non seulement un canton mais toute une région.
Unifier la collecte de données?
Le concept qu'est en train de réaliser le chercheur n'est pas un modèle a priori qui fonctionnerait toujours de manière idéale, ce qui n'est pas réaliste. Avant tout, il faudrait par exemple unifier la collecte des données, ce qui pourrait impliquer pour les organes de police de changer leurs méthodes; dans l'autre sens aussi, des méthodes nouvelles ou plus efficaces pourraient conduire à modifier le système informatisé. Cette interactivité n'est pas encore acquise. Mais tous les cantons romands (Fribourg et Genève n'ont pas participé directement à l'étude mais ont clairement manifesté leur intérêt) suivent les progrès de la recherche à laquelle ils apportent leur concours. Il faut avoir vu fonctionner sur l'écran d'un ordinateur la visualisation, dans le temps et dans l'espace géographique romand, des cambriolages appartenant à une série donnée (même façon de procéder, par exemple) pour comprendre l'avenir d'une gestion bien coordonnée des informations.