Pitié pour les mauvaises herbes: elles ont développé des trésors de courage pour survivre
par Patricia Brambilla, journaliste RP
Contrairement aux jardiniers, les botanistes ne parlent pas de "mauvaises herbes", une espèce de plantes qui n'existe pas du point de vue scientifique. Ce terme subjectif désigne en effet tout végétal non désiré dans les cultures. Pour les chercheurs, les jouets-du-vent, dents-de-lions et autres bourses à pasteurs sont des passagers clandestins sympathiques. Voyage dans un univers aussi poétique qu'attachant.
Quand on évoque les mauvaises herbes, pas besoin d'être botaniste pour savoir de quoi il s'agit. Tous les jardiniers, ceux du dimanche y compris, ont une idée très claire, voire même quelques souvenirs agacés à leur propos: qui n'a pas buté contre une vilaine dent-de-lion cramponnée au petit chemin de terre? Qui ne s'est pas acharné, râteau et sarcloir en mains, sur quelque coriace chiendent, impossible à éradiquer définitivement? Sans parler du liseron qui s'entête sournoisement à étouffer les roses. C'est bien connu: les mauvaises herbes sont toujours là où on ne les veut pas. Pire: elles s'obstinent à revenir.
Difficiles à arracher et difficiles à définir
Si les jardiniers et les agriculteurs ont une idée très pratique de ce qu'est une mauvaise herbe, les botanistes sont plus nuancés, parce que d'un point de vue scientifique, il n'y a pas de "mauvaise" herbe: "C'est en fait un terme subjectif, dans le sens où il peut s'appliquer à tout ce qui paraît nuisible. Un grand sapin devant votre fenêtre, qui vous dérange parce qu'il vous obstrue la vue, peut, dans une certaine mesure, être considéré comme une mauvaise herbe", sourit Sibyl Rometsch, assistante à l'Institut de botanique de l'UNIL. Boutade qui en dit long sur l'arbitraire d'une telle appellation. Le botaniste suisse Alphonse de Candolle (1855) parlait, lui, d'"espèces cultivées involontairement". Le Larousse actuel fait mention de "plantes sauvages dont la croissance rapide nuit aux plantes cultivées". Nuisance, le critère est lâché. Les paysans le savent bien, eux qui voient avec une certaine angoisse les grandes taches noires des jouets-du-vent envahir leurs champs. Cette graminée, au nom pourtant si poétique, devient très haute et finit par faire de l'ombre aux céréales qu'elle squatte sans vergogne. Du coup, les céréales à l'ombre mûrissent moins rapidement que celles qui sont au soleil. Résultat: toute la récolte n'arrive pas à maturation en même temps, ce qui pose des problèmes pour la moisson.
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