Perdre des kilos à volonté, l'obsession du moment ou la réalité de demain?
par Jean-Bernard Desfayes, journaliste RP
![]()
Il est facile de faire perdre du poids à des personnes obèses: le problème, c'est qu'elles le regagnent tout aussi vite..." Eric Jéquier, directeur de l'Institut de physiologie de l'Université de Lausanne, jette un regard lucide sur son terrain d'investigation. Avec son groupe de collaborateurs, il traque depuis des années tout ce qui favorise chez l'homme, et surtout chez la femme, l'apparition de la mauvaise graisse, ces bourrelets qui envahissent impudemment ventres et fesses, poitrines et cuisses, doigts et bajoues.
Un tiers des Américains sont obèses
En cette fin du XXe siècle, l'obésité est devenue l'une des pires calamités qui menacent l'espèce humaine. Aux Etats-Unis, un tiers de la population adulte peut être qualifié d'obèse. Cette proportion passe à 50% dans les communautés noire et hispano-américaine
.
![]()
Au niveau mondial, la progression est tout à fait spectaculaire, surtout dans les milieux moins favorisés des pays développés. Dans les pays pauvres, au contraire, ce sont dans les catégories privilégiées que le mal se répand.
On ne va évidemment pas se plaindre de ce que tout le monde parvient ou aspire à se procurer librement et en abondance la nourriture qui le fait vivre. Mais force est de reconnaître que la suralimentation conduit presque fatalement à l'obésité. Une preuve a contrario: en période de disette extrême, en temps de guerre par exemple, l'obésité disparaît complètement.
Ce n'est pas l'esthétique ni le confort qui doit conduire à s'inquiéter de la corpulence de nos semblables. Chez un individu, l'"excès pondéral" - pour employer le doux euphémisme des spécialistes - s'accompagne de tout un cortège de maux, comme le diabète, l'hypertension, les maladies cardio-vasculaires ou articulaires et certaines pathologies pulmonaires. Formidable réservoir de souffrance qui fait saliver toute l'industrie pharmaceutique. Le grand marché porteur de l'avenir, c'est celui de la lutte contre l'obésité. Les plus grands laboratoires en font déjà une priorité.
Qui est obèse?
Les mécanismes de régulation pondérale
Deux lueurs d'espoir
La souris de laboratoire ob/ob
Un gène salvateur?
Il y a quelques mois, des scientifiques français du Centre de recherche sur l'endocrinologie moléculaire et le développement, à Meudon, associés à une équipe américaine, ont mis en évidence un gène codant une protéine qui, à son tour, serait capable d'oxyder des calories alimentaires en excès. Les personnes qui fabriqueraient en quantité la protéine "Uncoupling Protein 2" (UCP2) brûleraient les graisses; ceux dont la production d'UCP2 serait faible accumuleraient les nutriments sous forme de graisse. On commence à rêver...
En attendant que les chimistes mettent au point un jour la formule miracle - et ce n'est sans doute pas demain la veille, de l'avis de chercheurs sérieux - les personnes "un peu enveloppées" doivent se faire à l'idée qu'elles ne partiront pas en vacances à la mer cet été aussi minces que les mannequins de Galliano. Aucun régime ne parviendra durablement à leur rendre une silhouette de rêve, à moins d'avoir un caractère et une volonté trempés dans l'airain. Ou d'utiliser un minimum de ruse. C'est ainsi qu'après une cure d'amaigrissement sous contrôle médical, un "ancien gros" s'est séparé de toute sa garde-robe... Malgré ses 50 ans, il réussit à rester un "jeune maigre".
L'obésité par sédentarité
Pour quelque temps encore, l'effort doit être porté sur la prévention et le mode de vie. L'exercice musculaire, bouger, marcher, monter des escaliers, il n'y a que ça pour garder la ligne quand on l'a ou pour ne pas passer de l'embonpoint à l'obésité.
"Une des raisons de l'obésité, selon Eric Jéquier, c'est d'une part la disponibilité des aliments mais aussi, d'autre part, la sédentarité, le manque d'exercice. Je suis bouleversé quand je songe que les jeunes Américains passent quatre heures par jour immobiles devant leur poste de télévision...
Etre obèse, c'est un drame: c'est comme d'avoir en permanence un sac de 20 ou 30 kg sur les épaules..."

Retour au
sommaire