Les manuscrits de la Mer morte, ces textes sacrés si bien gardés

par Jocelyn Rochat, journaliste RP

C'est à croire qu'on ne saura jamais ce que faisaient les Esséniens sur les bords de la mer Morte, à l'époque où Jésus Christ était vivant! Des manuscrits datant de cette époque ont pourtant été découverts près de Qumrân en 1947. Récupérés par miracle, ces précieux témoignages aux mains de chercheurs peu pressés et jaloux de leurs privilèges n'ont été publiés et traduits qu'au ralenti. Si bien que, 50 ans plus tard, une bonne part du mystère demeure. Essai de clarification.

 

1947-1997: depuis leur découverte, il y a cinquante ans, les manuscrits de la mer Morte n'ont cessé de susciter des polémiques. Que ce soit à propos des conditions rocambolesques dans lesquelles cette découverte extraordinaire a été effectuée (des fouilles clandestines en période de guerre, un marché noir de manuscrits deux fois millénaires, etc.), mais encore à propos des décennies qui ont passé avant que les chercheurs se décident enfin à publier le résultat (vite contesté) de leurs travaux, un retard que certains scientifiques n'ont pas hésité à qualifier de «scandale académique du siècle».

Cinquante ans plus tard, l'étude de ces textes &endash; qui comptent aussi les plus anciens manuscrits bibliques découverts à ce jour &endash; et de leurs auteurs les Esséniens entre fort heureusement dans une phase plus calme et plus féconde : celle du véritable travail scientifique.

Un berger poursuivant ses moutons...

Avant d'en arriver là, il aura fallu un hasard quasi miraculeux. Tout commence au printemps 1947, par la course d'un jeune berger bédouin qui s'élance à la poursuite de chèvres égarées. Nous sommes dans une falaise du rivage nord-ouest de la mer Morte, non loin du site de Qumrân, des ruines antiques que les archéologues ont tantôt prises pour la Ville du Sel de l'Ancien Testament, un fortin romain ou même les vestiges de la sulfureuse Gomorrhe!

Joum'a Mohammed &endash; c'est le nom du berger &endash; est en pleine ascension au moment où il découvre deux petits orifices dans le flanc de la montagne. Intrigué, il y jette une pierre et perçoit avec surprise le bruit d'une poterie qui se brise. Deux jours plus tard, le berger revient sur le site avec deux cousins, dont un mince jeune homme, Mohammed Ahmed el-Hamed, surnommé Ed-Dib («le Loup»), qui parvient à se glisser dans la grotte. Il atterrit sur un sol jonché de poteries brisées, et découvre, le long des murs, un alignement de jarres étroites.

La grotte des grands manuscrits

Est-ce un trésor? «Le Loup» plonge la main dans l'une des jarres et en ressort des objets de cuir et des tissus, visiblement très anciens. Pour les Bédouins, l'une des plus fantastiques trouvailles archéologiques du siècle débute par une terrible déception.

Les trois hommes emportèrent toutefois les manuscrits jusqu'à leur village, près de Bethléem. Selon le récit de Harry Thomas Frank, dans l'ouvrage collectif L'aventure des manuscrits de la mer Morte (Paris, Seuil, 1996), ces trouvailles furent placées dans un sac et suspendues à un poteau de tente.

Dans les semaines qui suivirent, les Bédouins revinrent dans la grotte &endash; que les archéologues appelleront plus tard Grotte 1 de Qumrân, ou Grotte des grands manuscrits. Ils y trouvèrent sept autres rouleaux importants, dont quatre aboutirent au Monastère de Saint-Marc, et trois autres à l'Université hébraïque de Jérusalem.

De la tente au laboratoire

 

Le scandale éclate en 1991

 


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