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Ces
crimes qui font moins peur aux Suisses romands qu'aux Alémaniques
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Surprises: le sentiment d'insécurité
est en baisse au moment où la criminalité prend
l'ascenseur, et les Suisses allemands sont les plus inquiets.
Ce ne sont pas les moindres des paradoxes révélés
par une récente enquête conduite à l'Université
de Lausanne.

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Les Suisses ont-ils peur dans les transports
publics après 22 heures ? Evitent-ils certaines rues
ou certains quartiers? Craignent-ils les cambriolages? Se
sentent-ils vulnérables en cas d'agression physique
? L'«Enquête suisse de victimisation», menée
régulièrement au niveau national sous la houlette
de l'Institut de police scientifique et de criminologie de
l'Université de Lausanne et pilotée par le professeur
Martin Killias, doit justement prendre la mesure du sentiment
d'insécurité qui règne dans la population.
Si certains résultats sont prévisibles, d'autres
ont de quoi surprendre et bouleversent les clichés.
Tour d'horizon de la peur du crime.

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Les femmes ont plus peur que les hommes

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L'«Enquête suisse de victimisation»
signale environ 30 % de craintifs chez les femmes et 10 %
chez les hommes. A cela une raison évidente : les violences
sexuelles, causes de graves traumatismes physiques et psychologiques,
touchent avant tout les femmes. Crainte encore attisée
par les sifflets, les remarques tendancieuses et la promiscuité
dans les lieux publics qui confinent parfois au harcèlement.
De plus, les femmes sont très vulnérables face
à un agresseur qui, dans 90 % des cas, est un jeune
homme. Sans compter que la mode féminine ne facilite
pas l'autodéfense.
Sur le plan statistique, en revanche, on observe moins d'agressions
contre les femmes que contre les hommes. Cette différence
s'explique par le fait qu'elles s'exposent moins aux risques
: elles sortent moins souvent le soir, ne s'impliquent pas
dans des bagarres, évitent certaines rues la nuit,
de même que les transports publics. Malgré ces
mesures de prévention, elles sont souvent victimes
d'actes de violence. Ce qui justifie amplement leur sentiment
d'insécurité.

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Les citadins se sentent moins en sécurité

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Les agressions sont en effet plus nombreuses
en ville qu'à la campagne, et la dégradation
de certains quartiers tend à accroître le sentiment
d'insécurité. Les murs couverts de graffitis,
les poubelles renversées sur le sol, la présence
de «gens louches» dégagent une impression
de «no man's land», même si la criminalité
effective reste dans les normes. Phénomène identique
dans les transports publics : devant le spectacle de sièges
déchirés, de graffitis et de bouteilles cassées,
on croit que les lieux sont laissés à l'abandon,
et donc propices au crime. Comme le montre l'enquête
lausannoise, le sentiment d'insécurité est particulièrement
marqué chez les citadins qui sortent rarement la nuit,
ou s'en tiennent aux théâtres, cinémas,
galeries d'art, qui présentent peu de risques en comparaison
des bars et autres discothèques.

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Les différences entre Romands et
Alémaniques

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Les Alémaniques ont plus peur du crimeque
les Romands. Trois hypothèses pourraient expliquer
cette situation. Primo, la dégradation du milieu urbain
est plus nette en Suisse alémanique où se trouvent
les plus grandes agglomérations du pays. Secundo, dans
certains quartiers des grandes villes alémaniques,
les habitants ont dix fois plus de chances de se faire agresser
que dans les quartiers résidentiels. Tertio, les scènes
ouvertes de la drogue ont durablement inquiété
les Alémaniques. D'autant qu'elles n'étaient
pas l'apanage de Zurich ou Berne, mais aussi de petites villes
comme Baden, Olten, Coire, Frauenfeld, St-Gall. Côté
romand, on se démarque des Alémaniques par une
plus grande peur des cambriolages. Cette variation laisse
perplexes les chercheurs lausannois qui n'arrivent pas à
donner d'explications plausibles

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Le sentiment d'insécurité
n'a pas augmenté

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Le paradoxe ne manque pas de sel. Les agressions
et les cambriolages ont doublé entre 1980 et 2000,
tandis qu'on enregistre une baisse parallèle du sentiment
d'insécurité lors de promenades nocturnes, tant
chez les femmes que chez les hommes.

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Les chercheurs lausannois estiment que le
débat public sur les problèmes de criminalité
a plutôt rassuré la population. Les Suisses seraient
devenus plus réalistes, plus rationnels. Ils ont désormais
peur pour de «bonnes raisons», parce qu'ils se sentent
vulnérables (femmes, retraités) ou habitent
un quartier difficile. Globalement, ils se sont
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habitués à vivre dans un monde
«dangereux». Ils ont apprivoisé les nouveaux
risques, drogue, crimes, cambriolages, sida ou vache folle.
Ils sont plus nombreux à prendre des précautions
antivols, éviter certaines rues le soir, etc.
et bénéficient d'une meilleure information.
Exemple : l'apparition du sida au début des années
1980 avait provoqué une véritable panique, et
le sida était devenu une cause majeure d'insécurité.
On croyait qu'on pouvait l'attraper par une simple poignée
de main. Rien de tel aujourd'hui. Les campagnes d'information
ont désamorcé la crainte en mettant en lumière
les véritables voies de contamination. Même phénomène
avec la vache folle: on sait aujourd'hui que les risques de
contracter la maladie par la viande de boeuf sont infimes
et concentrés dans certains produits et organes.

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Les
médias n'accentuent pas le sentiment d'insécurité
L'effet
des médias est nul sur la conception que chacun se fait de
sa sécurité
personnelle. Le «Blick», «Le Matin» ou les discours
de Christoph Blocher n'influencent en rien la crainte subjective
au moment de traverser un parc public la nuit, observent les chercheurs
lausannois. Seul un crime inexpliqué, ou dont la victime
ressemble en tous points à la personne interrogée,
peut accroître le sentiment subjectif d'insécurité.
Quand le journal relate l'assassinat d'un dealer dans les rues que
l'on emprunte habituellement, on ne se sent pas pour autant menacé
si l'on est étranger au milieu de la drogue.
Les
victimes d'une agression ne sont pas davantage désécurisées
Les personnes ayant subi un délit au cours
des cinq dernières années ne se sentent pas plus désécurisées
que les autres, montre l'enquête pilotée par Martin
Killias. Tout au plus les victimes de vols évitent-elles
plus fréquemment certaines rues le soir. Il se peut aussi
que les victimes aient pris davantage de risques qu'une personne
«moyenne», et qu'après une expérience malheureuse,
leur sentiment d'insécurité rejoigne la norme. D'autres
études ont d'ailleurs montré que ce n'est qu'au bout
de la deuxième ou de la troisième agression que la
panique commence à se manifester.
La confiance des Suisses
La Suisse, après la Suède et
bizarrement l'Inde, est le pays où les gens se sentent
le plus en sécurité lors de promenades nocturnes.
Suivent l'Autriche, la France, la Hollande, l'Irlande, les Etats-Unis,
le Canada, l'Ecosse, l'Ouganda, la Géorgie, la Grande-Bretagne,
et, tout en queue de classement, la Yougoslavie, la Roumanie, la
Bolivie, l'Afrique du sud, la Lettonie et la Russie. Les pays de
l'Est sont les «moins sûrs» avec 70 % de personnes
qui se sentent désécurisées, ce qui s'explique
sans doute par la forte augmentation de la criminalité depuis
la fin du communisme, et l'inexpérience de la population
face à ces nouveaux risques.
Jacques-Olivier Pidoux
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Depuis plusieurs semaines, le Ministère
public de la Confédération diffuse des avis
de recherche sur Internet.
On y découvre ainsi des portraits
de suspects recherchés dans diverses affaires...
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ici deux suspects d'un brigandage qui a eu
lieu à Alpnach (OW)...
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ou un collier
dérobé lors d'un cambriolage à  |
retour au sommet
«Surtout, pas
d'angélisme!»
On entend de plus en plus de gens faire l'amlgame
étranger égale criminel. Vrai ou faux? Le point avec
Martin Killias,
qui enseigne à l'Institut de criminologie de l'Université
de Lausanne
Les étrangers commettent-ils davantage
d'infractions que les Suisses ?
Selon les statistiques et les sondages menés
par notre institut, on constate en effet une participation disproportionnée
des immigrés au crime. Cela provient notamment du fait que
la majorité des requérants d'asile sont des hommes
jeunes, soit la catégorie qui perpètre le plus de
crimes, tous pays confondus. Un autre facteur est la mondialisation
de la criminalité consécutive à la mondialisation
de l'économie. Les criminels sont devenus plus mobiles, à
l'instar des hommes d'affaires, des intellectuels ou des universitaires.La
Suisse fait aujourd'hui face à une criminalité transfrontalière
plutôt qu'à une criminalité «d'immigrés».
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Martin Killias, professeur
à l'lInstitut de criminologie de l'Université
de Lausanne
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La débâcle économique en Europe
de l'Est joue-t-elle aussi un rôle?
Certainement. Beaucoup de ressortissants de ces
régions viennent chercher un peu de prospérité
dans la riche Europe de l'Ouest. Ne trouvant pas de travail chez
nous, et sachant qu'ils n'ont aucune chance d'être admis à
long terme, ils sont tentés par des activités illégales
qui offrent des perspectives de gains extrêmement intéressantes.
Lesquelles?
Proxénétisme et trafic de drogue.
L'Italie est une pépinière dans le domaine. Tout un
pan de la prostitution se déroule dans les parcs publics
et les forêts proches des grands axes routiers. Ce qui nécessite
toute une logistique pour conduire les prostituées dans les
bosquets, les surveiller, etc. Un immigré trouvera facilement
un tel job, alors qu'il aura toutes les peines du monde à
décrocher un emploi légal. Et avec un peu de chance,
il peut rapidement gagner beaucoup d'argent.
Est-ce la même chose en Suisse ?
Il y a des nuances, mais l'économie illégale
est devenue chez nous aussi relativement attractive, surtout pour
des sans-papiers. Les immigrés comprennent vite qu'ils peuvent
accumuler de jolies sommes en un temps record. Et même s'ils
finissent par se faire expulser, le jeu en vaut la chandelle. Mais
que l'on me comprenne bien : mon propos n'est pas de vilipender
les étrangers ou de leur faire la morale. Je pense au contraire
que leur comportement est parfaitement rationnel : dans les années
1960-1970, les travailleurs étrangers arrivaient en Suisse,
trouvaient immédiatement un emploi, économisaient
vingt ou trente ans, le temps de se constituer un capital, puis
rentraient au pays mener une vie confortable. Cela valait la peine
de s'investir à long terme. Aujourd'hui, c'est fini. Les
lois d'immigration sont draconiennes partout en Europe, le marché
du travail est bouché, surtout pour les non-qualifiés,
et ceci même pour du temporaire. Raison pour laquelle beaucoup
d'étrangers entrent dans l'économie souterraine. C'est
un choix parfaitement rationnel.
Que faire pour combattre cette situation?
Egaliser les niveaux de vie entre l'Est et l'Ouest
de l'Europe. Une anecdote illustre bien le phénomène
: dernièrement, des magasins de mode de la région
lucernoise ont été cambriolés. Des tonnes de
vêtements et des kilomètres de bas de femmes ont été
dérobés. Cela semble absurde. Et pourtant, ce type
d'articles possèdent une valeur marchande considérable
dans les pays de l'Est. De la même manière, plusieurs
cabinets de dentistes de Zurich ont été méticuleusement
pillés, et sans doute revendus au détail à
l'Est.
D'autres mesures?
Je préconise une action policière
plus énergique pour éviter que des quartiers entiers
soient livrés à l'économie souterraine et deviennent
invivables pour les habitants. Il convient aussi d'assurer une bonne
intégration des immigrés qui s'installent en Suisse,
afin qu'ils ne soient pas tentés par l'illégalité.
Et surtout, ne nions pas le problème de la criminalité
des étrangers. Pas d'angélisme!
A cet égard, il est frappant de remarquer
que l'UDC est la seule formation politique à aborder le thème
de la criminalité des étrangers. Les autres partis
se taisent...
Oui, et c'est très grave. Les élites
perdent leur crédibilité en occultant une réalité
qui préoccupe les gens. Il est urgent que les autres partis
interviennent dans ce débat qui recouvre un problème
réel et affecte beaucoup de Suisses : les habitants de certains
quartiers urbains souffrent d'un taux de criminalité plusieurs
fois supérieur à la moyenne de la ville! Les gens
aisés s'en vont. Les autres restent par manque de moyens
financiers. Au bout du compte, ce sont les Suisses défavorisés
qui souffrent le plus des problèmes pratiques liés
à l'immigration. Pire, on les montre du doigt quand ils votent
UDC, alors que leur vote exprime peut-être le sentiment d'être
délaissé par les Suisses aisés et bien pensants.
Il faudrait plutôt leur manifester de la solidarité.
Comment?
Par exemple, dans le cadre de l'école,
en mélangeant les élèves des quartiers défavorisés
avec ceux des quartiers résidentiels. Cela nécessiterait
la mise en place de bus scolaires, comme on les connaît par
exemple dans la campagne vaudoise, mais ainsi, chaque école
accomplirait sa part du travail d'intégration des étrangers,
et non plus exclusivement les écoles des quartiers pauvres.
Propos recueillis par Jacques-Olivier
Pidoux
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