358

17 - 23 mars

Retour au sommaire des numéros du semestre
Enseignement à distance
ARIADNE, un vivier pour les profs
Le français à distance
L'enseignement à distance dans les facs
Gemmologie à travers l'Atlantique
Le CD-rom: idéal pour l'image et le son
Le CRED, centre romand
Ce qu'ils en pensent


L'enseignement à distance n'a à ce jour pas encore révolutionné le monde universitaire suisse. Si différents projets voient le jour à Lausanne et dans les autres universités, la confusion règne encore, en attendant le campus virtuel suisse.

Par rapport aux pays anglo-saxons et certains pays européens qui bénéficient d'une longue tradition d'enseignement à distance, la Suisse, au niveau universitaire, n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Cependant, face à l'essor des nouvelles technologies de l'information (NTI) et de ses usages possibles en matière d'EàD, elle ne compte pas rester à la traîne. La conférence universitaire suisse (CUS) prévoit de mettre sur pied un campus virtuel suisse qui proposera à un étudiant inscrit dans n'importe quelle université suisse des modules (parties de cours ou cours entiers) d'enseignement sur le Net qui seront validés par des crédits. Il faudra cependant encore attendre jusqu'en 2002 pour que les premiers cours on-line voient le jour. «Le campus virtuel concerne les grands projets seulement, mais les universités de leur côté ont le devoir de former enseignants et étudiants aux NTI», précise Bernard Levrat, président du groupe de travail, formation universitaire et nouvelles technologies, mandaté par la CUS. La Confédération soutient ce projet et prévoit d'y affecter 30 millions de francs pour la période 2000-2003, qui seront complétés par des subventions des universités.

Le premier pas virtuel a été fait en 1997 avec la naissance d'un site web «www.edutech.ch», créé et géré par le centre NTE (Nouvelles technologies et enseignement) de l'Université de Fribourg. Ce site permet de recenser les groupes actifs en matière d'enseignement à distance dans les différentes hautes écoles suisses et leur apporte un soutien logistique. A ce jour, 95 projets sont répertoriés.

Et l'UNIL? Pour Jacques Diezi, vice-recteur, «si nous voulons être prêts, le jour venu, à intégrer le campus virtuel suisse, la première mesure à prendre est d'obtenir des crédits afin d'investir dans le parc informatique».

EàD, l'enseignement à distance? Imaginez: l'uni sur PC chez soi, à son rythme, en gardant son emploi, correspondre par mail avec ses profs et ses amis, surfer dans des cours sons et images. L'idéal? Oui à condition d'avoir un environnement propice à l'étude, déjà des amis et de la motivation. Un rêve de politicien? plus d'auditoires à bâtir de bourses-mobilité et de concentration d'étudiants en grève. Une charge de plus pour les profs de l'UNIL? ou la solution idéale pour les formations complémentaires, une occasion de revoir son approche pédagogique. Mais comment juger le travail d'un élève par écran interposé? Quelle est la valeur d'un diplôme EàD?

Retour au sommet


ARIADNE, un vivier pour les profs

Dans le domaine de l'enseignement à distance (EàD), l'UNIL a la chance de participer à ARIADNE, un grand projet européen. Il s'agit de faciliter la production de documents pédagogiques hypermédias et d'en favoriser le partage. Plutôt que d'EàD, les initiateurs du projet préfèrent parler de formation flexible à distance.

Comment le définir ? C'est une plate-forme destinée aux professeurs qui leur permet de créer des cours en fonction de leur propre approche pédagogique et de leur public. Ils ont accès à un vivier de connaissances. Au moyen d'un système d'interrogation simple, un professeur fait une recherche dans son domaine. S'il trouve un matériel pédagogique qui lui convient, il peut le répliquer, l'adapter à ses besoins, puis le réinjecter dans le vivier. A partir de là, il propose son cours aux étudiants qui n'ont pas accès au vivier mais aux séquences de cours sélectionnées par leur professeur. L'enseignant a toute latitude d'utiliser le matériel pédagogique comme cours ou support. Pour la Prof. Maria Wentland-Forte, de l'Inforge, cela ne dispense pas ses étudiants d'assister aux cours sur le campus. Tout le projet est basé sur ce concept de partage et de réutilisation de l'information. «Il ne s'agit pas de pomper paresseusement les cours de collègues et surtout pas de les voler le système indique l'origine du matériel - mais de prendre en compte ce qui a déjà été fait et d'aller plus loin. Notre but est d'augmenter la qualité du matériel pédagogique.»

La souplesse d'ARIADNE fait sa force et des émules hors du monde académique. Le projet intéresse les entreprises et le vivier est en pleine expansion dans des domaines variés. Relevons que la distribution des informations se fait en fonction du public, pour éviter d'en faire une super-base disparate. Au niveau formel, le système est peu contraignant. Par contre, le pédagogue doit structurer son cours. Cela explique-t-il les réticences de quelques professeurs? «Certains disent n'avoir pas les moyens de numériser leur cours. D'autres ne voient pas la nécessité de renouveler un enseignement rôdé.» Il est clair que l'EàD exige un effort supplémentaire et il est plus facile de parler devant une classe, avec un feed-back immédiat.

Pour éviter les temps d'accès trop longs, on alimente des viviers locaux à partir du central, ce qui évite de gonfler les factures de téléphone. La mise à disposition du matériel offre aux étudiants la possibilité de préparer des questions. «ARIADNE s'inscrit dans le mouvement de la nouvelle pédagogie des questions et réponses.» Mais cela ne remplace pas les cours traditionnels. L'EàD est-il antidémocratique? Evidemment, le système favorise les étudiants qui ont un modem. Comme est favorisé celui qui a des livres par rapport à son camarade qui va à la bibliothèque.

A l'avenir, les étudiants économes pourront télé-décharger le cours avant de se déconnecter. Qu'apporte ARIADNE de plus par rapport à ce qu'on trouve sur internet? «Nous avons voulu en faire un anti-internet. Pour surfer au hasard, les étudiants n'ont pas besoin de nous.» Les informations sont structurées et les documents indexés selon des règles précises. A terme, les initiateurs du projet espèrent créer un standard international. A partir de là, on peut imaginer interroger ainsi n'importe quelle base de données.

Retour au sommet


EàD, le français à distance et à domicile

Depuis janvier 1999, l'Ecole de Français Moderne propose un module EàD destiné à des personnes ayant un haut niveau de français désireuses de perfectionner leur expression écrite ou orale.

Le cours est composé de 2 unités (oral et écrit) et fait appel à de nombreux moyens: fax, téléphone, mail, cassettes audio et vidéo, plus un didacticiel intitulé «Questionnaires» développé à Lausanne et aussi utilisé pour les cours réguliers. Cette année, 28 personnes suivent cet enseignement, surtout des maîtres de français alémaniques et tessinois. A l'avenir, l'EFM pourrait mettre ce cours sur internet mais elle doit tenir compte du fait que les clients potentiels ne sont pas forcément bien outillés.

L'EFM propose un auto-test avant l'inscription pour se faire une idée précise du niveau requis et organise une séance d'information avant. Conçoit-on un cours à distance comme un cours ex cathedra? «Non, dit Raymond Capré directeur de l'EFM, mais à l'Ecole nous avons surtout des cours interactifs et des séminaires. C'est pourquoi, nous avons utilisé notre expérience pour créer ce module.»

Pourquoi ne pas proposer des cours pour débutants? «Sur le Web, de tels cours ne manquent pas. Nous ne voulions pas entrer en concurrence avec le privé mais proposer un cours de niveau académique.» A l'avenir, il voudrait développer des modules spécialisés (français juridique, correspondance française) et les intégrer dans le programme des cours. «Tout projet qui permet de mieux gérer son temps me paraît souhaitable.» (pr)

Retour au sommet


L'EàD dans les facs

Sciences: tests depuis chez soi

Tous les cours d'informatique en sciences sont sur le net, si bien que les étudiants peuvent suivre les cours et même passer des tests sans sortir de chez eux. «Dès octobre 1999, d'autres projets EàD avec Genève pourraient voir le jour» promet le doyen François Grize. En chimie, le Prof. Jean-Claude Bunzli a mis un soutien de cours de chimie sur le web qui aide les étudiants à prendre des notes.

Encouragements en Lettres

Les Lettres n'ont à l'heure actuelle aucun projet pour mettre un cours entier à distance. Mais le doyen Rémi Jolivet encourage la recherche. «L'EàD fonctionne bien. Voyez en Angleterre, l'Open University, ou la FernUniversität de Hagen en Allemagne.» Depuis 3 ans, il met un soutien de cours sur le Web pour l'apprentissage de la phonétique. Il participe aussi au PIAF (Projet d'Informatisation d'Auto-Formation). Dans le cadre de la réforme pédagogique du 1er cycle, PIAF veut développer des moyens d'auto-évaluation capables de proposer des appuis personnalisés. Il teste des outils, développés par ARIADNE.

SSP: nouvelles perspectives

Jean-Pierre Dauwalder de l'Institut de psychologie expérimente plusieurs solutions: mise à disposition de supports de cours sur le serveur de la faculté, assistance par mail, etc. Avec l'Université du Tessin, il offre des cours EàD de formation continue à des orientateurs scolaires. Il constate que «l'EàD convient à des étudiants avancés déjà socialisés, à l'aise sur le web.» Le professeur s'intéresse aux problèmes posés par la communication à distance «qui accentue l'isolement». La téléconférence ne compense pas le manque de contact

Théologie: la collaboration prime

«La faculté n'a pas de projet pour une raison simple, explique le doyen Pierre Gisel, «comme nous collaborons étroitement avec Genève qui a un EàD complet, d'un commun accord, nous avons décidé de ne pas nous concurrencer mais que Lausanne participerait. Pour l'instant, Genève ne l'a pas demandé.»

Des projets européens en HEC

Outre ADRIADNE, Lausanne-Genève ont mis sur pied un enseignement FAME de 3e cycle pour la gestion de patrimoine et l'ingénierie financière, sous la direction de Jean-Pierre Danthine et Pierre Mirlesse, en collaboration avec l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève.

Visioconférences en Médecine

L'EàD est utilisé comme support de cours (Cd-Rom), non pour pallier à des déficiences de l'encadrement. Rudolf Gross du CEMCAV met sur pied des visio-conférence pour les cours de formation continue.

Pour les postgrades en Droit

L'EàD sera utilisé prochainement pour les postgrades communs avec Genève mais pas pour le 1er cycle. «Nous insistons sur l'importance de la présence aux cours.» explique le doyen Denis Piotet. (pr)

Retour au sommet


Gemmologie à travers l'Atlantique

Giana ne connaît pas ses camarades de cours, elle a choisis d'étudier une discipline qui ne s'enseigne pas en Suisse: la gemmologie. Depuis chez elle, la jeune femme suit les cours d'une université américaine: le Gemological Insitute of America (GIA).

«C'est d'abord par intérêt personnel que j'ai entrepris cette formation de gemmologue», explique Giana Boissonnas, dipômée HEC, «mais je n'exclus pas un jour travailler dans le domaine des pierres précieuses.»

Difficile d'étudier à distance? «Il faut être très motivé, organisé, strict, débrouillard et surtout indépendant. Néanmoins, précise l'étudiante, j'ai un conseiller à qui je peux poser toutes les questions que je veux, par fax, mail ou téléphone».

Pour la partie théorique, l'étudiant reçoit, par la poste, livres et classeurs, ou cassettes audio, travaille chez lui et passe un examen. Une fois la théorie réussie il peut passer à l'étape suivante: l'analyse des pierres. Quelques 300 échantillons lui sont envoyés, qu'il devra analyser et déterminer. «La difficulté est alors d'obtenir les instruments et appareils d'analyse. J'ai la chance de pouvoir utiliser ceux du musée de géologie à Lausanne, que le conservateur, Nicolas Meisser, a mis à ma disposition». Pour les camps de terrain pas besoin de traverser l'Atlantique, l'Institut en propose sur tous les continents.

La formation coûte au minimum 3'650 dollars pour une durée moyenne, à temps partiel, de 5 ans. Quant à Giana Boissonnas, elle étudie à mi-temps, tout en cherchant un travail à 50%. «J'ai commencé à étudier sérieusement en août dernier et j'ai passé la première partie théorique avant Noël, si tout va bien je compte terminer dans le courant de l'an 2000», précise-t-elle avec enthousiasme.

Sophie Vassaux

Retour au sommet


Le Cd idéal pour l'image

L'image joue un rôle important dans l'apprentissage en médecine, et le multimédia représente un outil de choix dans son enseignement. Raphaël Bonvin, médecin et adjoint pédagogique, a conçu 2 Cd-Rom qui font le lien entre théorie et pratique clinique.

Laennec, réalisé en 1993 sous la direction du Prof. Philippe Leuenberger, présente l'examen clinique en pneumologie et Elective Cardio Games, conçu en collaboration avec le Prof. ass. Jean-Jacques Goy, des cas en cardiologie. Il permet aux étudiants et assistants de poser des diagnostics en suivant toutes les étapes (anamnèse, auscultation, examens) avant de pouvoir réviser les chapitres où ils constatent des lacunes. «Notre philosophie est que l'étudiant apprend en se trompant.»

Avec le recul, R. Bonvin conseille de soigner l'interface-utilisateur et de pas voir trop grand. «Dans les années 90, on a vu de gros projets essuyer des demi-échecs. Pressés par des échéances, leurs concepteurs ont dû bâcler le travail.» La tendance actuelle est à la sobriété, même dans les Cd US souvent chargés. Web ou Cd-Rom? Le Cd permet de garantir les temps d'accès, ce qui est important quand on fait de l'hypermédia.» Par contre, un cours sur internet se remet facilement à jour.

«Le multimédia doit répondre à un besoin. Pour un support de cours, il faut se demander si un transparent ne suffirait pas.» Mais le Cd ne dispense pas d'assister aux cours. «Rien ne remplace le contact direct avec un bon enseignant ou un patient mais nos Cd peuvent rassurer les étudiants avant le stage car ils peuvent prendre leur temps et simuler une auscultation autant qu'ils le veulent.» La production de Cd est forte dans les pays qui misent sur l'EàD, comme l'Angleterre, tandis que les Norvégiens s'intéressent au télédiagnostic qui évite de déplacer un patient sur de grandes distances. «En Suisse, le soutien au développement de ces outils est insuffisant. Nous avons la chance d'avoir un sponsoring discret.»

Visioconférence avec UNIGE

En formation continue et pour les discussions de cas entre instituts, le CEMCAV organise des visio-conférences. Ce ne sont pas moins de 250 connexions qui sont organisées chaque année, dont les 3/4 avec Genève. Le système présente des avantages: gain de temps, réduction des coûts, disponibilité des médecins en cas d'urgence et possibilité de suivre ce qui se pratique ailleurs. «Les assistants ont ainsi la chance d'entendre l'avis de plusieurs patrons» souligne Rudolf Gross. Peut-on imaginer dans un proche avenir des cours communs entre Lausanne et Genève? «Difficilement car nos étudiants n'ont pas les mêmes cursus. Les cours entre deux auditoires sont vite ennuyeux. L'expérience Telepoly laisse un bilan mitigé.»

Le Cd-rom Laennec explique pas à pas comment faire une auscultation de patient. (pr)

Retour au sommet


La vie de château pour le CRED

Le centre romand d'enseignement à distance (CRED), basé au château Mercier à Sierre, est le seul centre en Suisse (avec celui de Brigue) qui permet de suivre des cours d'enseignement à distance de niveau universitaire. L'étudiant peut suivre une filière académique et obtenir un diplôme, mais également suivre des cours de formation continue.

Le CRED compte actuellement 350 étudiants (dont 167 en filière universitaire) à plein temps ou à temps partiel. Depuis son ouverture, en 1996, il a déjà vu passer 500 élèves. Le centre est essentiellement fréquenté par des adultes désirant se perfectionner ou par des personnes n'ayant pas eu l'occasion de suivre des études universitaires. «La plupart des élèves étudient à temps partiel, car beaucoup ont une famille et une activité professionnelle», explique Jean-Daniel Masserey, du service-conseil. Concrètement, l'étudiant reçoit à la maison un matériel de travail, en général des livres et des polycopiés, parfois des cassettes vidéo, et travaille chez lui. Le rôle du CRED? Celui d'intermédiaire entre étudiants et universités proposant des cours à distance, «mais aussi celui d'assister, d'orienter et de conseiller l'étudiant», précise Jean-Marc Page, directeur du CRED. «Nous organisons 5 à 6 fois par année des séances de regroupement afin que les étudiants puissent se rencontrer. De plus des tuteurs sont disponibles et répondent à toutes les questions par téléphone, fax ou e-mail.» Pas si seuls que ça, les étudiants, qui peuvent depuis mars utiliser un forum télématique accessible à partir du site web du centre! «Cette plate-forme interactive vise à créer et favoriser les échanges entre étudiants, tuteurs et professeurs. Nous pourrons, par exemple organiser des séminaires virtuels», précise le directeur.

Le CRED propose des cursus universitaires complets en psychologie, mathématiques, langues modernes, histoire, sciences économiques, et sciences de la communication, mais aussi des cours de formation continue. Les programmes sont dispensés par les univeristés partenaires de Dijon, Paris VIII, Grenoble, Besançon, le centre national d'enseignement à distance (CNED) de Paris et par la Télé-Université du Quebec pour un prix allant de 1'500.- (par an), pour la formation la moins chère à temps partiel à 2'300.- pour la plus chère à plein temps.

Soutenu par l'Etat du Valais et la région de Sierre, le CRED attend encore une reconnaissance officielle de la Confédération, afin de pouvoir bénéficier de subventions fédérales dans le cadre de la Loi sur l'aide aux universités (LAU) et des accords intercantonaux. «Nous avons été évalués par des experts de la Confédération mais attendons encore leur décision», précise le directeur.

A quand des collaborations avec les universités hélvétiques? «Nous avons des projets, mais il est encore trop tôt pour en parler», assure Jean-Marc Page.

Retour au sommet


Ce qu'ils en pensent, la formation à distance interpelle des formateurs de l'UNIL

le Prof. Jean-Michel Adam y réfléchit depuis 5 ans. en regardant du côté de l'Open University. Il regrette qu'en Suisse, l'EàD intéresse peu le monde académique. «On utilise des produits français ou québécois, dont certains sont décevants. N'y a-t-il pas là un créneau?»

Il a donné la parole à ses étudiants qui se montrent réticents. «Ils refusent l'idée de supprimer le campus mais pas une solution mixte. D'ailleurs, dans toutes les expériences EàD, on prévoit des réunions pour les étudiants.» Quel enseignement tire-t-il de l'exemple anglais? «Il faut diversifier les supports, utiliser à la fois le papier qui convient aux personnes visuelles, les cassettes pour ceux qui aiment répéter dans leur voiture et la technologie. Et ne pas voir le multimédia comme la panacée.»

Quels sont les avantages, en dehors de la flexibilité et l'hypermédia? «Dans un cours traditionnel, on est souvent frustré de ne pas tout dire. Ici, on ne se contente plus de donner une bibliographie mais on ajoute des extraits. Et dans un document multimédia, l'étudiant peut circuler librement.»

Pour lui, l'EàD permet de toucher des catégories que l'uni n'arrivait pas à attirer. «Je vois de plus en plus d'étudiants qui ont besoin de travailler et choisissent leurs cours en fonction de leurs disponibilités. L'EàD leur offre plus de liberté, d'autant qu'au contraire de ce qui se pratique en Europe, on constate une certaine réticence à venir aux cours au delà de 17h00.» L'EàD ne favorise pas le travail en équipe. Ne va-t-il à l'encontre de ce que réclame l'économie? «C'est un risque. Déjà quand j'encourage les étudiants à travailler à 2 ou 3, je ne rencontre pas un enthousiasme délirant. Mais l'e-mail offre un début de solution. Collaborer à distance, c'est possible. Moi j'écris un livre avec un Danois.»

Rémi Jolivet pense que l'EàD a un bel avenir. «Pour certains, c'est l'outil idéal pour mettre les bases d'un cours, pour d'autres, un instrument privilégié pour les auto-tests.» Y a-t-il une pression politique? Pour lui c'est une solution à l'augmentation du nombre des étudiants et à la diminution des ressources. «L'auto-évaluation par des étudiants ou des adultes en formation responsabilise l'apprenant qui acquiert une autonomie précieuse pour son insertion ultérieure.» Antidémocratique l'EàD? S'il ne méconnaît pas les risques (l'étudiant défavorisé est d'autant plus isolé) R. Jolivet pense que le système offre de nouvelles possibilités (aux mamans, handicapés, détenus, etc).

Jacques Diezi, vice recteur, pense que l'EàD ne doit pas se substituer à l'enseignement traditionnel, ni devenir l'axe central de la formation. «Il convient à un public cible: des gens qui font une entrée tardive dans le milieu universitaire et qui souhaitent étudier à temps partiel. L'EàD est adaptable à certains modules seulement, des éléments partiels, facilement mis sous forme informatisée, lorsque la présence au cours n'est pas indispensable.» Il ajoute qu'à côté de l'aspect technique il faut aussi développer celui du contenu pédagogique. «Enseigner à distance ce n'est pas transposer un enseignement traditionnel sur un support télématique, mais aussi réfléchir à la façon de le faire».

«L'EàD intéresse la formation continue», explique Monique Baud, cheffe du Service de la formation continue, «mais cela demande un investissement, que nous ne pouvons fournir actuellement. Pour être rentable, l'EàD doit toucher un large public». Elle imagine plutôt un enseignement «mixte» , une articulation des cours de formation continue avec les nouvelles technologies. «Imaginons la création d'un site web, qui proposerait le programme du cours, le nom des participants, des renvois à d'autres cours et sites. Et, afin d'assurer le prolongement du cours, il faudrait créer une plateforme pour renforcer les échanges entre participants et avec le professeur/animateur.»

Retour au sommet