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14 - 20 avril 1999
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«Tu ne tueras point»
Interview de Christian Pilloud, DFJ
Un fil entre Berlin de 1945 et nous
Le cerveau pas si rigide que ça!
L'Uni, un rite de passage


Les unis de l'avenir

Edito par Axel Broquet

On peut très bien ne pas partager l'analyse du développement des hautes écoles de Suisse présenté dans la publication «Pour l'Université»* de Charles Kleiber et ne pas souscrire à l'état des lieux qu'elle décrit. Il n'en demeure pas moins que ce «pavé» martèle à ceux qui ne les auraient pas encore bien entendus le message du 25 novembre 1998 du Conseil fédéral («sur l'encouragement de la formation, de la recherche et de la technologie pendant les années 2000 à 2003») et le projet d'avenir pour les hautes écoles suisses dévoilé au terme des 100 premiers jours d'activité de M. Kleiber en tant que Secrétaire d'Etat à la science et à la recherche (www.admin.ch /gwf).

Ce qui est réconfortant en somme c'est le constat - au niveau fédéral - qu'il faut donner plus de moyens financiers à la formation et à la recherche. Il faudra attendre l'après-2001, horizon de l'assainissement des finances fédérales!

D'ici là on aura peut être réussi à concilier coopération et compétition selon «l'incitation par contrat à clauses motivantes» et dans le vaste réseau de réseaux que le document évoque!

*Disponible au SPUL

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«Tu ne tueras point»

 Photo tirée de: Almanach du Cinéma, Encyclopaedia Universalis, 1995.

La peine de mort, on est pour ou contre. On s'interroge. Une pétition mondiale va circuler sur le campus pour obtenir un moratoire d'un an. Les Aumôneries consacrent une semaine à ce thème.

Les aumôniers veulent relayer une initiative de la communauté Sant'Egidio, un mouvement chrétien italien. Cette organisation, active depuis 1968 dans la lutte contre la pauvreté, voudrait déposer avant la fin 1999 une pétition devant l'ONU pour réclamer un moratoire des exécutions en l'an 2000. «Sant'Egidio milite pour l'abolition de la peine de mort, dit le pasteur Laurent Lavanchy, mais il a paru plus réaliste de demander un arrêt d'un an.»

Les aumôniers ne veulent pas se contenter de récolter des signatures mais faire réfléchir la communauté universitaire sur les enjeux liés à la peine de mort. «Amnesty et plusieurs associations font campagne contre les exécutions capitales. Dès lors, il est facile de signer sans réfléchir, de céder à un effet de mode.» C'est pourquoi L. Lavanchy aimerait recentrer le débat sur la peine de mort et non sur les lacunes du système judiciaire. «Je suis frappé de voir sur quels arguments se construisent les campagnes. Elles insistent sur le barbarisme des exécutions, les erreurs judiciaires et les cas discutables (exécution de mineurs, d'handicapés, de repentis). C'est juste mais cela évacue le problème de fonds. La société a-t-elle le droit de tuer ses citoyens? De répondre par la violence à la violence.» Face à cette difficile question, ils ne peuvent donner que leur conviction intime. «Pour moi, renchérit Claire Couplet, la barbarie c'est de planifier une mort. L'agonie commence quand on apprend la date de son exécution.»

Tous les jours de la semaine, les aumôniers diffuseront le film «La dernière marche» tiré du récit d'Helen Préjean, une religieuse qui accompagne les condamnés à mort. Le jeudi, Denis Müller, professeur d'éthique, et un représentant de Sant'Egidio évoqueront ce sujet au foyer Planète bleue. «Plus que convaincre, nous aimerions dialoguer, comprendre pourquoi on est partisan de la peine de mort et quels sont les aspects culturels qui s'y rattachent», dit C. Couplet. «Le débat ne se situe pas seulement entre opposants et partisans, mais aussi avec soi-même. Sommes-nous capables d'évacuer toute idée de vengeance?» s'interroge L. Lavanchy.

www.santegi-dio.org/solid/pdm

Patricia Reymond

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Christian Pilloud se dit pour

«une communauté universitaire lémanique»

Uniscope a voulu en savoir plus sur ceux dont nous dépendons administrativement, plus précisément le Service des affaires universitaires du Département de la Formation et de la Jeunesse (DFJ).

Les affaires universitaires, on en entend peu parler. L'Université est-elle l'oubliée du Département de la Formation et de la Jeunesse? Pour en avoir le coeur net, Uniscope a rencontré Christian Pilloud, chef du Service des affaires universitaires, qui nous parle de l'avancement de certains dossiers comme le projet de LUL, le rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL ou... la «Pidolie».

Quelles sont les tâches du Service des affaires universitaires?

Les grandes missions du Service sont: d'assurer les relations entre

l'Université et l'Etat, mission de surveillance de l'université , de définir la politique universitaire du canton, de s'occuper du dossier des subventions fédérales; c'est à nous qu'il incombe de réclamer cet argent en fonction de l'application de la LAU, d'assurer les relations avec le BUD (Bureau des constructions universitaires de Dorigny), de contrôler le fonctionnement de la Fondation Maisons pour étudiants (FME), du Réseau des bibliothèques romandes et tessinoises (RERO) et de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL).

Avec la restructuration du DFJ, l'adjonction de la formation professionnelle, de l'enseignement spécialisé et de la protection de la jeunesse, l'Université n'est-elle pas la dernière des préoccupations du DFJ?

Non, au contraire, je dirais que l'Université demeure la «fille aînée» du DFJ; elle figure parmi les priorités principales du Département. J'en veux pour preuve les projets en cours et le nombre d'exposés des motifs soumis régulièrement au Grand Conseil concernant l'Université.

Où en est le projet de nouvelle loi sur l'Université de Lausanne (LUL)? Qu'en est-il du contrat de prestations? Ce concept a-t-il été abandonné?

La commission extraparlementaire désignée par le Conseil d'Etat a examiné l'avant-projet. Elle a accepté un certain nombre de recommandations, comme l'harmonisation des chapitres de lois concernant le statut des enseignants et des étudiants. En revanche, le concept du mandat de prestations et de l'enveloppe budgétaire a soulevé une majorité de critiques. La contractualisation globale qui implique que l'ensemble des ressources mises à disposition de l'Université par l'Etat repose sur un contrat éveille la méfiance des politiciens et des milieux universitaires pour trois raisons: la contractualisation limite par trop le contrôle parlementaire et démocratique, elle n'est pas adaptée aux activités fondamentales de l'université l'enseignement et la recherche et enfin, sur le plan suisse, il n'y a pas d'exemple de contractualisation de ce type. Ce concept a ainsi été écarté par la commission extra-parlementaire.

Et vous, qu'en pensez-vous?

Après avoir lu notamment l'étude de François-Xavier Merrien et pris connaissance de certaines expériences étrangères, je pense que la contractualisation globale ne répond pas tellement à la spécificité universitaire. Il y a une inadéquation entre le schéma de contractualisation et les objectifs de l'université. En effet, celle-ci ne fournit pas de prestations homogènes, mais très diverses et difficilement quantifiables, telles que l'enseignement, la recherche ou encore l'apport de l'université à la cité. On pourrait imaginer d'autres solutions, comme par exemple une contractualisation partielle, c'est-à-dire un contrat qui porte sur des objectifs précis. De sucroît, un certain nombre de projets législatifs auront une influence directe sur une nouvelle LUL, comme par exemple la nouvelle loi sur l'aide aux universités (LAU), le projet de rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL, les projets d'harmonisation des lois vaudoise et genevoise et le projet de nouveau statut de la fonction publique. Je pense qu'il serait prématuré de vouloir présenter dans les mois qui viennent une nouvelle loi sans tenir compte des incidences de ces différents projets. Cela va prendre du temps. Le calendrier que l'on imaginait&endash; entrée en vigueur de la nouvelle LUL pour le 1er septembre 2000 ne sera pas tenu.

Que pensez-vous du projet de rapprochement des Universités de Lausanne, de Genève et de l'EPFL?

Ce projet «triangulaire» , que je soutiens pleinement, est le résultat d'une longue démarche et de mûres réflexions. Il s'agit d'une étape importante du rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL, mais non de son aboutissement.

Quelle sera alors l'étape suivante?

Un renforcement des collaborations dans d'autres secteurs. Le projet «triangulaire» ne parle pas, par exemple, des Sciences de la Terre.

Beaucoup ont été surpris à l'annonce du projet de rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL. Tout a été fait dans le plus grand des secrets, pourquoi?

Les Facultés et les Instituts intéressés ont été directement impliqués lors des phases préparatoires, à partir de 1994. Des inventaires de toutes les collaborations existantes et des propositions de renforcement, de collaboration et de coopération leur ont été demandés. Mais il est vrai que dans la phase finale, en été 1998, l'approche a été plus confidentielle; c'était la volonté des représentants des trois hautes écoles (les deux recteurs et le président de l'EPFL), mais aussi des politiques (Mesdames Jeanprêtre et Brunschwig Graf, le secrétaire d'Etat Charles Kleiber et le président du Conseil des EPF, Francis Waldvogel) afin de ne pas compromettre le succès du projet avant son annonce.

L'UNIL va perdre un certain nombre de disciplines. Ne peut-on pas dire qu'elle va être amputée?

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette appréciation. En effet, il ne faut plus raisonner en termes d'UNIL et d'EPFL. Lausanne a la grande chance d'avoir deux hautes écoles universitaires sur un même site. Ne les mettons pas en opposition. Le projet «triangulaire» est porteur, c'est un projet phare qui doit favoriser l'émergence d'une «communauté universitaire lémanique». Du côté vaudois, il faudra être particulièrement vigilant à ce que la dimension universitaire recherche fondamentale et enseignements de service de «nos» chimie, physique et mathématiques soit conservée. L'EPFL devra donc impérativement ajouter une dimension «universitaire» à sa dimension «formation d'ingénieurs». Pour l'EPFL, ce sera certainement positif, cela lui permettra de mieux se positionner face aux HES. Une convention entre les cantons de Vaud, de Genève et la Confédération fixera le cadre de la politique de coopération des trois hautes écoles avec la mise en place d'une direction académique commune qui devra se prononcer sur les grandes orientations, les nominations, les créations de postes. Ce passage des sciences dures à l'EPFL constitue une consolidation indéniable de la place universitaire lausannoise. Il convient de relever que l'état actuel des finances publiques ne permet plus d'assurer tous les développements scientifiques et les renouvellements d'équipements. Pour maintenir sur la place universitaire lausannoise une section de chimie, par exemple, qui soit un pôle de compétence sur le plan national et international, cette consolidation est nécessaire. En conséquence, parler d'amputation, si l'on a cette approche, est erroné.

Mais la pharmacie va être regroupée à Genève...

Ce regroupement sur un seul site de l'Ecole romande de pharmacie, actuellement partagée entre Lausanne et Genève, est dans l'air depuis les années septante déjà. Il figure dans le plan stratégique quadriennal commun 2000-2003 des deux universités. Il est souhaité par les principaux intéressés et se fera à Genève, alors qu'on parlait il y a vingt ans d'un regroupement à Lausanne. Un équilibre des domaines scientifiques sur la place universitaire lémanique est indispensable.

Au cas où le projet «triangulaire» est accepté n'y a-t-il pas un risque que l'Etat se désengage financièrement? Le Grand Conseil pourrait voter une baisse du budget alloué à l'Université?

Non. Une des conditions fondamentales du succès de toute l'opération est que des ressources supplémentaires puissent permettre à l'EPFL de reprendre la responsabilité universitaire de ces trois disciplines, et que les ressources libérées à l'UNIL soient affectées au développement de nouveaux projets, en sciences de la vie et en sciences humaines. Il s'agit d'une condition fixée par la Confédération. Pour Genève et Vaud, les ressources cantonales en faveur des universités devront être maintenues au moins à leur niveau actuel.

Que pensez-vous de la «Pidolie», la fusion des cantons de Vaud et de Genèvechère à Philippe Pidoux?

J'aime bien, parce que cela dérange. Ce genre de projet est nécessaire intellectuellement pour favoriser des réflexions, voire des prises de conscience sur le besoin, non pas d'aller jusqu'à la fusion des cantons, ce qui est peut-être un peu excessif, mais de développer une vision de collaborations intercantonales et interrégionales. Je pense que la «Pidolie» est un projet stimulant.

Combien le canton reçoit-il pour un étudiant extra-cantonal qui vient faire ses études à l'UNIL?

Jusqu'à l'année dernière le canton reçevait un peu plus de 9000.- par étudiant extra-cantonal. A partir de cette année, les montants sont différenciés: l'université reçoit 9'500.- pour un étudiant en sciences humaines 17'700.- en sciences et 22'700.- en médecine avec une limite à 12 semestres pour les sciences et sciences humaines et 16 pour la médecine.

En 1998, le canton a payé 14 millions et encaissé 24 millions, il y a donc eu 10 millions d'excédents. Avec les nouveaux tarifs pour 1999, la recette excédentaire sera de quelque 12 millions. Le nombre d'étudiants extra-cantonaux qui choisissent Lausanne augmente chaque année. Cela signifie que l'UNIL est une université attractive sur le plan scientifique et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Christian Pilloud en quelques mots

Il a fait des études de sciences politiques et économiques à l'Université de Lausanne. Après un mémoire en droit fiscal, il s'est spécialisé en management des universités, en 1978, à l'Université Harvard. Chef de la Chancellerie de l'Université de Lausanne de 1976 à 1979, puis directeur administratif, il a été nommé chef du Service des affaires universitaires du Département de la Formation et de la Jeunesse en 1990.

Propos recueillis parSophie Vassaux

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Un fil entre Berlin de 1945 et nous

La compagnie des Jours tranquilles interprète D'un jour à l'autre, à travers des textes de Lothar Trolle, Franz Kafka et Heinrich Müller. Une sorte de revue qui interroge 50 ans d'histoire à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans une mise en scène de Fabrice Gorgerat.

Le travail de Fabrice Gorgerat a trouvé ses sources dans Berlin, la fin du monde de Lothar Trolle, une pièce d'un écrivain en résistance qui se veut dans la lignée de Brecht et de Müller et qui remet en cause la genèse de l'Allemagne de l'Est. En 1970, Trolle décrit les cinq dernières minutes de la guerre: Peter, un jeune membre des jeunesses hitlériennes veut échapper à la logique de la situation dans laquelle se complaisent les bourgeois, une logique qui veut que l'on subisse les événements selon la devise: on ne peut rien y changer, on s'adapte. Reste alors un vide, «un quotidien de fantasmes et de cauchemars poussé jusqu'à l'absurde, une clownerie sinistre sous un déluge de hamburgers et de vaches folles».

Les principes de l'avarie


A l'apogée du Blitz une famille londonienne émergeant des ruines de sa maison

Photo tirée de: Hulton Getty Picture Collection, 1940's, Könemann,1998.

Lothar Trolle écrit beaucoup selon le principe de l'avarie, c'est-à-dire de grosses coupures formelles qui peuvent d'ailleurs créer une histoire. Cette démarche a poussé Fabrice Gorgerat a insérer dans Berlin, la fin du monde deux textes, l'un de Müller: Hérakles 2 ou l'hydre, une métaphore polysémique qui raconte l'histoire d'un homme symbole de la génération des reconstructeurs, l'autre de Franz Kafka: Ciment, qui relate la lâcheté d'une bourgeoisie qui ne veut pas prendre ses responsabilités. Le metteur en scène, tout comme Trolle, aime «entrechoquer des matériaux différents qui créent une alchimie qui fait sens ailleurs que dans l'intellect», se ralliant de ce fait à Heinrich Müller, qui disait qu'il faut utiliser le théâtre pour «produire des espaces d'imagination, des lieux de liberté pour celle-ci, contre cet impérialisme d'invasion et d'assassinat de l'imagination par les clichés et les standards préfabriqués des médias»

Histoire de responsabilité

D'un jour à l'autre se veut un travail sur la responsabilité de l'individu. Fabrice Gorgerat s'interroge aussi: «Comment peut-on agir sur la société? A-t-on perdu l'homme de raison du XVIIe siècle? Comment revendiquer cette culture?» Les œuvres qu'il a choisies se veulent un fil entre le Berlin de 1945 et nous. Il met en scène des acteurs pourvus de valises. Ces dernières sont lourdes de symboles: «elles stigmatisent les mouvements de la foule, l'errance, et posent cette question lancinante d'actualité: qu'est-ce qui reste quand tout a été bombardé, que tout le monde a été déraciné?»

Denyse Steigmeier<

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Le cerveau: pas si rigide que ça!

Grâce aux progrès scientifiques de ces dernières décennies, notamment le développement de l'imagerie cérébrale, ou les découvertes en matière de neurosciences moléculaires, cellulaires ou génétiques, les chercheurs comprennent de mieux en mieux le fonctionnement et les dysfonctionnements de notre cerveau.

Afin de familiariser le public au développement des neurosciences, le GRAAP invite Pierre Magistretti, professeur de physiologie à l'Université de Lausanne et vice-doyen de la Faculté de médecine, à donner une conférence intitulée Neurosciences qu'est-ce que c'est?

Pour Pierre Magistretti, un des progrès majeur des neurosciences, ces quinze dernières années, est la découverte de la plasticité neuronale. «On a cru pendant longtemps que le cerveau était plastique pendant le développement intra-utérin, puis dans les quelques mois, voir quelques années qui suivent la naissance, mais qu'il se figeait pour le restant de la vie.» Or les récents développements des neurosciences cellulaires et moléculaires ont démontré que les zones de contact entre les neurones, appelées synapses, sont constamment réarrangées par l'expérience et que notre cerveau en garde une trace «physique». Les connections entre les circuits nerveux peuvent donc changer au cours de la vie, mais aussi devenir beaucoup plus efficaces par l'apprentissage. «Le cerveau est en constant dialogue avec l'environnement» précise Pierre Magistretti.

Ainsi, ce mécanisme, généralisé aux dizaines de milliards de neurones de notre cerveau, générera une réponse comportamentale donnée; elle sera perçue par l'environnement, intégrée dans notre cerveau et laissera des traces dans les cellules nerveuses qui aboutiront à des adaptations comportementales... et ainsi de suite.

Si toute expérience laisse une trace dans notre cerveau et peut transformer le mode de fonctionnement de ses circuits neuronaux, il en est de même pour l'expérience thérapeutique (la psychanalyse ou la psychothérapie, par exemple). «Cette plasticité neuronale est au centre de la psychiatrie nouvelle qui se base sur la notion d'adaptabilité du cerveau», souligne Pierre Magistretti.

On voit dès lors entre les neurosciences, étude du fonctionnement du système nerveux et la psychiatrie, science des comportements et des interactions homme/environnement, des voies nouvelles se créer.

Neurosciences, qu'est-ce que c'est?

Pierre Magistretti, le 14 avril, Borde 27, voir mémento p.4

SynapseNew ScientistNotre cerveau est composé de plusieurs dizaines de milliards de connections neuronales

Sophie Vassaux

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L'uni, un rite de passage?

Le passage de l'enseignement secondaire à l'uni n'est pas aisé. Tous les étudiants ne réussissent pas leur intégration au monde académique. L'UNIL, l'UNIGE et l'EPFL ont profité du passage en Suisse d'un des meilleurs spécialistes de la question pour faire le point.

Depuis 1997, les Rectorats et la Présidence des trois hautes écoles romandes s'intéressent à l'évaluation de la qualité de l'enseignement. Sur cette question, l'avis des étudiants compte. Dans une expérience pilote, des profs se soumettent à une évaluation de leurs étudiants.

Dans le cadre de cette démarche - appelée à se développer -, l'Université de Genève a invité le sociologue français Alain Coulon qui a consacré ses recherches au problème du passage dans la vie universitaire. Il estime que «le problème n'est pas d'entrer à l'uni, mais d'y rester».

Il faut donc considérer l'immatriculation comme un passage au sens ethnologique du terme.

Ceci suppose l'apprentissage de règles institutionnelles en rupture avec le passé.

Pour un gymnasien, cela signifie quitter une classe à effectif réduit et affronter les grands auditoires, ne plus être soumis à des contrôles réguliers mais assumer sa liberté académique.

Cet apprentissage, qu'Alain Coulon appelle «l'affiliation», traverse trois étapes: le «temps de l'étrangeté» lorsque l'étudiant prend contact avec son nouvel univers, celui de l'apprentissage» où il cherche à se couler dans le moule et le «temps de l'affiliation» qui se manifeste par une maîtrise relative et la capacité de transgresser les règles.

«Si on ne s'affilie pas, on échoue ou abandonne, quel que soit son niveau intellectuel. Pour réussir un parcours étudiant, il faut en faire son métier.» Même si le problème est plus aigu en France (les étudiants sont plus jeunes, les unis sont plus grandes), il touche les trois institutions romandes, même si l'EPFL connaît un taux d'échec plus faible. «Nos étudiants sont davantage encadrés, si bien que l'apprentissage de l'autonomie est moins rude» dit Jean-Louis Ricci.

Alain Coulon qui connaît bien la Suisse essaiera de donner quelques pistes aux enseignants pour faciliter l'adaptation des nouveaux étudiants. Il parlera de son expérience à l'Université de Paris 8 où les étudiants suivent un séminaire d'adaptation qui compte dans leurs crédits.

A. Coulon. Le métier d'étudiant. Thèse de doctorat, Université de Paris 8, 1990.

L'affiliation des nouveaux étudiants, 15 avril, 17h15, GE, Uni Dufour, aud. Rouiller.

Patricia Reymond

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