- «Tu
ne tueras point»
- Interview de Christian Pilloud,
DFJ
- Un fil entre Berlin de 1945 et
nous
- Le cerveau pas si rigide que
ça!
- L'Uni, un rite de
passage
Les unis de l'avenir
Edito par Axel Broquet
On peut très bien ne pas partager l'analyse du
développement des hautes écoles de Suisse
présenté dans la publication «Pour
l'Université»* de Charles Kleiber et ne pas
souscrire à l'état des lieux qu'elle
décrit. Il n'en demeure pas moins que ce
«pavé» martèle à ceux qui ne
les auraient pas encore bien entendus le message du 25
novembre 1998 du Conseil fédéral («sur
l'encouragement de la formation, de la recherche et de la
technologie pendant les années 2000 à
2003») et le projet d'avenir pour les hautes
écoles suisses dévoilé au terme des 100
premiers jours d'activité de M. Kleiber en tant que
Secrétaire d'Etat à la science et à la
recherche (www.admin.ch /gwf).
Ce qui est réconfortant en somme c'est le constat
- au niveau fédéral - qu'il faut donner plus
de moyens financiers à la formation et à la
recherche. Il faudra attendre l'après-2001, horizon
de l'assainissement des finances
fédérales!
D'ici là on aura peut être réussi
à concilier coopération et compétition
selon «l'incitation par contrat à clauses
motivantes» et dans le vaste réseau de
réseaux que le document évoque!
*Disponible au SPUL
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«Tu ne
tueras point»
Photo tirée de: Almanach du Cinéma,
Encyclopaedia Universalis, 1995.
La peine de mort, on est pour ou
contre. On s'interroge. Une pétition mondiale va
circuler sur le campus pour obtenir un moratoire d'un an.
Les Aumôneries consacrent une semaine à ce
thème.
Les aumôniers veulent relayer une initiative de la
communauté Sant'Egidio, un mouvement chrétien
italien. Cette organisation, active depuis 1968 dans la
lutte contre la pauvreté, voudrait déposer
avant la fin 1999 une pétition devant l'ONU pour
réclamer un moratoire des exécutions en l'an
2000. «Sant'Egidio milite pour l'abolition de la peine
de mort, dit le pasteur Laurent Lavanchy, mais il a paru
plus réaliste de demander un arrêt d'un
an.»
Les aumôniers ne veulent pas se contenter de
récolter des signatures mais faire
réfléchir la communauté universitaire
sur les enjeux liés à la peine de mort.
«Amnesty et plusieurs associations font campagne contre
les exécutions capitales. Dès lors, il est
facile de signer sans réfléchir, de
céder à un effet de mode.» C'est pourquoi
L. Lavanchy aimerait recentrer le débat sur la peine
de mort et non sur les lacunes du système judiciaire.
«Je suis frappé de voir sur quels arguments se
construisent les campagnes. Elles insistent sur le
barbarisme des exécutions, les erreurs judiciaires et
les cas discutables (exécution de mineurs,
d'handicapés, de repentis). C'est juste mais cela
évacue le problème de fonds. La
société a-t-elle le droit de tuer ses
citoyens? De répondre par la violence à la
violence.» Face à cette difficile question, ils
ne peuvent donner que leur conviction intime. «Pour
moi, renchérit Claire Couplet, la barbarie c'est de
planifier une mort. L'agonie commence quand on apprend la
date de son exécution.»
Tous les jours de la semaine, les aumôniers
diffuseront le film «La dernière marche»
tiré du récit d'Helen Préjean, une
religieuse qui accompagne les condamnés à
mort. Le jeudi, Denis Müller, professeur
d'éthique, et un représentant de Sant'Egidio
évoqueront ce sujet au foyer Planète bleue.
«Plus que convaincre, nous aimerions dialoguer,
comprendre pourquoi on est partisan de la peine de mort et
quels sont les aspects culturels qui s'y rattachent»,
dit C. Couplet. «Le débat ne se situe pas
seulement entre opposants et partisans, mais aussi avec
soi-même. Sommes-nous capables d'évacuer toute
idée de vengeance?» s'interroge L. Lavanchy.
www.santegi-dio.org/solid/pdm
Patricia Reymond
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sommet
Christian
Pilloud se dit pour
«une communauté
universitaire lémanique»
Uniscope
a voulu en savoir plus sur ceux dont nous dépendons
administrativement, plus précisément le
Service des affaires universitaires du Département de
la Formation et de la Jeunesse (DFJ).
Les affaires universitaires, on en entend peu parler.
L'Université est-elle l'oubliée du
Département de la Formation et de la Jeunesse? Pour
en avoir le coeur net, Uniscope a rencontré Christian
Pilloud, chef du Service des affaires universitaires, qui
nous parle de l'avancement de certains dossiers comme le
projet de LUL, le rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL ou... la
«Pidolie».
Quelles sont les tâches
du Service des affaires universitaires?
Les grandes missions du Service sont: d'assurer les
relations entre
l'Université et l'Etat, mission de surveillance de
l'université , de définir la politique
universitaire du canton, de s'occuper du dossier des
subventions fédérales; c'est à nous
qu'il incombe de réclamer cet argent en fonction de
l'application de la LAU, d'assurer les relations avec le BUD
(Bureau des constructions universitaires de Dorigny), de
contrôler le fonctionnement de la Fondation Maisons
pour étudiants (FME), du Réseau des
bibliothèques romandes et tessinoises (RERO) et de
l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL).
Avec la restructuration du
DFJ, l'adjonction de la formation professionnelle, de
l'enseignement spécialisé et de la protection
de la jeunesse, l'Université n'est-elle pas la
dernière des préoccupations du
DFJ?
Non, au contraire, je dirais que l'Université
demeure la «fille aînée» du DFJ; elle
figure parmi les priorités principales du
Département. J'en veux pour preuve les projets en
cours et le nombre d'exposés des motifs soumis
régulièrement au Grand Conseil concernant
l'Université.
Où en est le projet de
nouvelle loi sur l'Université de Lausanne (LUL)?
Qu'en est-il du contrat de prestations? Ce concept a-t-il
été abandonné?
La commission extraparlementaire désignée
par le Conseil d'Etat a examiné l'avant-projet. Elle
a accepté un certain nombre de recommandations, comme
l'harmonisation des chapitres de lois concernant le statut
des enseignants et des étudiants. En revanche, le
concept du mandat de prestations et de l'enveloppe
budgétaire a soulevé une majorité de
critiques. La contractualisation globale qui implique que
l'ensemble des ressources mises à disposition de
l'Université par l'Etat repose sur un contrat
éveille la méfiance des politiciens et des
milieux universitaires pour trois raisons: la
contractualisation limite par trop le contrôle
parlementaire et démocratique, elle n'est pas
adaptée aux activités fondamentales de
l'université l'enseignement et la recherche et enfin,
sur le plan suisse, il n'y a pas d'exemple de
contractualisation de ce type. Ce concept a ainsi
été écarté par la commission
extra-parlementaire.
Et vous, qu'en
pensez-vous?
Après avoir lu notamment l'étude de
François-Xavier Merrien et pris connaissance de
certaines expériences étrangères, je
pense que la contractualisation globale ne répond pas
tellement à la spécificité
universitaire. Il y a une inadéquation entre le
schéma de contractualisation et les objectifs de
l'université. En effet, celle-ci ne fournit pas de
prestations homogènes, mais très diverses et
difficilement quantifiables, telles que l'enseignement, la
recherche ou encore l'apport de l'université à
la cité. On pourrait imaginer d'autres solutions,
comme par exemple une contractualisation partielle,
c'est-à-dire un contrat qui porte sur des objectifs
précis. De sucroît, un certain nombre de
projets législatifs auront une influence directe sur
une nouvelle LUL, comme par exemple la nouvelle loi sur
l'aide aux universités (LAU), le projet de
rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL, les projets d'harmonisation
des lois vaudoise et genevoise et le projet de nouveau
statut de la fonction publique. Je pense qu'il serait
prématuré de vouloir présenter dans les
mois qui viennent une nouvelle loi sans tenir compte des
incidences de ces différents projets. Cela va prendre
du temps. Le calendrier que l'on imaginait&endash;
entrée en vigueur de la nouvelle LUL pour le 1er
septembre 2000 ne sera pas tenu.
Que pensez-vous du projet de
rapprochement des Universités de Lausanne, de
Genève et de l'EPFL?
Ce projet «triangulaire» , que je soutiens
pleinement, est le résultat d'une longue
démarche et de mûres réflexions. Il
s'agit d'une étape importante du rapprochement
UNIL-UNIGE-EPFL, mais non de son aboutissement.
Quelle sera alors
l'étape suivante?
Un renforcement des collaborations dans d'autres
secteurs. Le projet «triangulaire» ne parle pas,
par exemple, des Sciences de la Terre.
Beaucoup ont
été surpris à l'annonce du projet de
rapprochement UNIL-UNIGE-EPFL. Tout a été fait
dans le plus grand des secrets, pourquoi?
Les Facultés et les Instituts
intéressés ont été directement
impliqués lors des phases préparatoires,
à partir de 1994. Des inventaires de toutes les
collaborations existantes et des propositions de
renforcement, de collaboration et de coopération leur
ont été demandés. Mais il est vrai que
dans la phase finale, en été 1998, l'approche
a été plus confidentielle; c'était la
volonté des représentants des trois hautes
écoles (les deux recteurs et le président de
l'EPFL), mais aussi des politiques (Mesdames
Jeanprêtre et Brunschwig Graf, le secrétaire
d'Etat Charles Kleiber et le président du Conseil des
EPF, Francis Waldvogel) afin de ne pas compromettre le
succès du projet avant son annonce.
L'UNIL va perdre un certain
nombre de disciplines. Ne peut-on pas dire qu'elle va
être amputée?
Je ne suis pas du tout d'accord avec cette
appréciation. En effet, il ne faut plus raisonner en
termes d'UNIL et d'EPFL. Lausanne a la grande chance d'avoir
deux hautes écoles universitaires sur un même
site. Ne les mettons pas en opposition. Le projet
«triangulaire» est porteur, c'est un projet phare
qui doit favoriser l'émergence d'une
«communauté universitaire
lémanique». Du côté vaudois, il
faudra être particulièrement vigilant à
ce que la dimension universitaire recherche fondamentale et
enseignements de service de «nos» chimie, physique
et mathématiques soit conservée. L'EPFL devra
donc impérativement ajouter une dimension
«universitaire» à sa dimension
«formation d'ingénieurs». Pour l'EPFL, ce
sera certainement positif, cela lui permettra de mieux se
positionner face aux HES. Une convention entre les cantons
de Vaud, de Genève et la Confédération
fixera le cadre de la politique de coopération des
trois hautes écoles avec la mise en place d'une
direction académique commune qui devra se prononcer
sur les grandes orientations, les nominations, les
créations de postes. Ce passage des sciences dures
à l'EPFL constitue une consolidation
indéniable de la place universitaire lausannoise. Il
convient de relever que l'état actuel des finances
publiques ne permet plus d'assurer tous les
développements scientifiques et les renouvellements
d'équipements. Pour maintenir sur la place
universitaire lausannoise une section de chimie, par
exemple, qui soit un pôle de compétence sur le
plan national et international, cette consolidation est
nécessaire. En conséquence, parler
d'amputation, si l'on a cette approche, est
erroné.
Mais la pharmacie va
être regroupée à
Genève...
Ce regroupement sur un seul site de l'Ecole romande de
pharmacie, actuellement partagée entre Lausanne et
Genève, est dans l'air depuis les années
septante déjà. Il figure dans le plan
stratégique quadriennal commun 2000-2003 des deux
universités. Il est souhaité par les
principaux intéressés et se fera à
Genève, alors qu'on parlait il y a vingt ans d'un
regroupement à Lausanne. Un équilibre des
domaines scientifiques sur la place universitaire
lémanique est indispensable.
Au cas où le projet
«triangulaire» est accepté n'y a-t-il pas
un risque que l'Etat se désengage
financièrement? Le Grand Conseil pourrait voter une
baisse du budget alloué à
l'Université?
Non. Une des conditions fondamentales du succès de
toute l'opération est que des ressources
supplémentaires puissent permettre à l'EPFL de
reprendre la responsabilité universitaire de ces
trois disciplines, et que les ressources
libérées à l'UNIL soient
affectées au développement de nouveaux
projets, en sciences de la vie et en sciences humaines. Il
s'agit d'une condition fixée par la
Confédération. Pour Genève et Vaud, les
ressources cantonales en faveur des universités
devront être maintenues au moins à leur niveau
actuel.
Que pensez-vous de la
«Pidolie», la fusion des cantons de Vaud et de
Genèvechère à Philippe
Pidoux?
J'aime bien, parce que cela dérange. Ce genre de
projet est nécessaire intellectuellement pour
favoriser des réflexions, voire des prises de
conscience sur le besoin, non pas d'aller jusqu'à la
fusion des cantons, ce qui est peut-être un peu
excessif, mais de développer une vision de
collaborations intercantonales et interrégionales. Je
pense que la «Pidolie» est un projet
stimulant.
Combien le canton
reçoit-il pour un étudiant extra-cantonal qui
vient faire ses études à
l'UNIL?
Jusqu'à l'année dernière le canton
reçevait un peu plus de 9000.- par étudiant
extra-cantonal. A partir de cette année, les montants
sont différenciés: l'université
reçoit 9'500.- pour un étudiant en sciences
humaines 17'700.- en sciences et 22'700.- en médecine
avec une limite à 12 semestres pour les sciences et
sciences humaines et 16 pour la médecine.
En 1998, le canton a payé 14 millions et
encaissé 24 millions, il y a donc eu 10 millions
d'excédents. Avec les nouveaux tarifs pour 1999, la
recette excédentaire sera de quelque 12 millions. Le
nombre d'étudiants extra-cantonaux qui choisissent
Lausanne augmente chaque année. Cela signifie que
l'UNIL est une université attractive sur le plan
scientifique et nous ne pouvons que nous en
réjouir.
Christian Pilloud en quelques mots
Il a fait des études de sciences politiques et
économiques à l'Université de Lausanne.
Après un mémoire en droit fiscal, il s'est
spécialisé en management des
universités, en 1978, à l'Université
Harvard. Chef de la Chancellerie de l'Université de
Lausanne de 1976 à 1979, puis directeur
administratif, il a été nommé chef du
Service des affaires universitaires du Département de
la Formation et de la Jeunesse en 1990.
Propos recueillis parSophie Vassaux
Retour au sommet
Un fil
entre Berlin de 1945 et nous
La compagnie des Jours tranquilles interprète D'un
jour à l'autre, à travers des textes de Lothar
Trolle, Franz Kafka et Heinrich Müller. Une sorte de
revue qui interroge 50 ans d'histoire à partir de la
fin de la deuxième guerre mondiale. Dans une mise en
scène de Fabrice Gorgerat.
Le travail de Fabrice Gorgerat a trouvé ses
sources dans Berlin, la fin du monde de Lothar Trolle, une
pièce d'un écrivain en résistance qui
se veut dans la lignée de Brecht et de Müller et
qui remet en cause la genèse de l'Allemagne de l'Est.
En 1970, Trolle décrit les cinq dernières
minutes de la guerre: Peter, un jeune membre des jeunesses
hitlériennes veut échapper à la logique
de la situation dans laquelle se complaisent les bourgeois,
une logique qui veut que l'on subisse les
événements selon la devise: on ne peut rien y
changer, on s'adapte. Reste alors un vide, «un
quotidien de fantasmes et de cauchemars poussé
jusqu'à l'absurde, une clownerie sinistre sous un
déluge de hamburgers et de vaches folles».
Les
principes de l'avarie
A l'apogée du Blitz une famille londonienne
émergeant des ruines de sa maison
Photo tirée de: Hulton Getty Picture Collection,
1940's, Könemann,1998.
Lothar Trolle écrit beaucoup selon le principe de
l'avarie, c'est-à-dire de grosses coupures formelles
qui peuvent d'ailleurs créer une histoire. Cette
démarche a poussé Fabrice Gorgerat a
insérer dans Berlin, la fin du monde deux textes,
l'un de Müller: Hérakles 2 ou l'hydre, une
métaphore polysémique qui raconte l'histoire
d'un homme symbole de la génération des
reconstructeurs, l'autre de Franz Kafka: Ciment, qui relate
la lâcheté d'une bourgeoisie qui ne veut pas
prendre ses responsabilités. Le metteur en
scène, tout comme Trolle, aime «entrechoquer des
matériaux différents qui créent une
alchimie qui fait sens ailleurs que dans l'intellect»,
se ralliant de ce fait à Heinrich Müller, qui
disait qu'il faut utiliser le théâtre pour
«produire des espaces d'imagination, des lieux de
liberté pour celle-ci, contre cet impérialisme
d'invasion et d'assassinat de l'imagination par les
clichés et les standards préfabriqués
des médias»
Histoire de responsabilité
D'un jour à l'autre se veut un travail sur la
responsabilité de l'individu. Fabrice Gorgerat
s'interroge aussi: «Comment peut-on agir sur la
société? A-t-on perdu l'homme de raison du
XVIIe siècle? Comment revendiquer cette
culture?» Les uvres qu'il a choisies se veulent
un fil entre le Berlin de 1945 et nous. Il met en
scène des acteurs pourvus de valises. Ces
dernières sont lourdes de symboles: «elles
stigmatisent les mouvements de la foule, l'errance, et
posent cette question lancinante d'actualité:
qu'est-ce qui reste quand tout a été
bombardé, que tout le monde a été
déraciné?»
Denyse Steigmeier<
Retour au sommet
Le cerveau: pas
si rigide que ça!
Grâce aux progrès scientifiques de ces
dernières décennies, notamment le
développement de l'imagerie cérébrale,
ou les découvertes en matière de neurosciences
moléculaires, cellulaires ou
génétiques, les chercheurs comprennent de
mieux en mieux le fonctionnement et les dysfonctionnements
de notre cerveau.
Afin de familiariser le public au développement
des neurosciences, le GRAAP invite Pierre Magistretti,
professeur de physiologie à l'Université de
Lausanne et vice-doyen de la Faculté de
médecine, à donner une conférence
intitulée Neurosciences qu'est-ce que c'est?
Pour Pierre Magistretti, un des progrès majeur des
neurosciences, ces quinze dernières années,
est la découverte de la plasticité neuronale.
«On a cru pendant longtemps que le cerveau était
plastique pendant le développement
intra-utérin, puis dans les quelques mois, voir
quelques années qui suivent la naissance, mais qu'il
se figeait pour le restant de la vie.» Or les
récents développements des neurosciences
cellulaires et moléculaires ont
démontré que les zones de contact entre les
neurones, appelées synapses, sont constamment
réarrangées par l'expérience et que
notre cerveau en garde une trace «physique». Les
connections entre les circuits nerveux peuvent donc changer
au cours de la vie, mais aussi devenir beaucoup plus
efficaces par l'apprentissage. «Le cerveau est en
constant dialogue avec l'environnement» précise
Pierre Magistretti.
Ainsi, ce mécanisme,
généralisé aux dizaines de milliards de
neurones de notre cerveau, générera une
réponse comportamentale donnée; elle sera
perçue par l'environnement, intégrée
dans notre cerveau et laissera des traces dans les cellules
nerveuses qui aboutiront à des adaptations
comportementales... et ainsi de suite.
Si toute expérience laisse une trace dans notre
cerveau et peut transformer le mode de fonctionnement de ses
circuits neuronaux, il en est de même pour
l'expérience thérapeutique (la psychanalyse ou
la psychothérapie, par exemple). «Cette
plasticité neuronale est au centre de la
psychiatrie nouvelle qui se base sur la notion
d'adaptabilité du cerveau», souligne Pierre
Magistretti.
On voit dès lors entre les neurosciences,
étude du fonctionnement du système nerveux et
la psychiatrie, science des comportements et des
interactions homme/environnement, des voies nouvelles se
créer.
Neurosciences, qu'est-ce que c'est?
Pierre Magistretti, le 14 avril, Borde 27, voir
mémento p.4
SynapseNew ScientistNotre cerveau est composé
de plusieurs dizaines de milliards de connections neuronales
Sophie Vassaux
Retour au sommet
L'uni, un rite
de passage?
Le passage de l'enseignement secondaire à l'uni
n'est pas aisé. Tous les étudiants ne
réussissent pas leur intégration au monde
académique. L'UNIL, l'UNIGE et l'EPFL ont
profité du passage en Suisse d'un des meilleurs
spécialistes de la question pour faire le point.
Depuis 1997, les Rectorats et la Présidence des
trois hautes écoles romandes s'intéressent
à l'évaluation de la qualité de
l'enseignement. Sur cette question, l'avis des
étudiants compte. Dans une expérience pilote,
des profs se soumettent à une évaluation de
leurs étudiants.
Dans le cadre de cette démarche - appelée
à se développer -, l'Université de
Genève a invité le sociologue français
Alain Coulon qui a consacré ses recherches au
problème du passage dans la vie universitaire. Il
estime que «le problème n'est pas d'entrer
à l'uni, mais d'y rester».
Il faut donc considérer l'immatriculation comme un
passage au sens ethnologique du terme.
Ceci suppose l'apprentissage de règles
institutionnelles en rupture avec le passé.
Pour un gymnasien, cela signifie quitter une classe
à effectif réduit et affronter les grands
auditoires, ne plus être soumis à des
contrôles réguliers mais assumer sa
liberté académique.
Cet apprentissage, qu'Alain Coulon appelle
«l'affiliation», traverse trois étapes: le
«temps de l'étrangeté» lorsque
l'étudiant prend contact avec son nouvel univers,
celui de l'apprentissage» où il cherche à
se couler dans le moule et le «temps de
l'affiliation» qui se manifeste par une maîtrise
relative et la capacité de transgresser les
règles.
«Si on ne s'affilie pas, on échoue ou
abandonne, quel que soit son niveau intellectuel. Pour
réussir un parcours étudiant, il faut en faire
son métier.» Même si le problème
est plus aigu en France (les étudiants sont plus
jeunes, les unis sont plus grandes), il touche les trois
institutions romandes, même si l'EPFL connaît un
taux d'échec plus faible. «Nos étudiants
sont davantage encadrés, si bien que l'apprentissage
de l'autonomie est moins rude» dit Jean-Louis
Ricci.
Alain Coulon qui connaît bien la Suisse essaiera de
donner quelques pistes aux enseignants pour faciliter
l'adaptation des nouveaux étudiants. Il parlera de
son expérience à l'Université de Paris
8 où les étudiants suivent un séminaire
d'adaptation qui compte dans leurs crédits.
A. Coulon. Le métier d'étudiant.
Thèse de doctorat, Université de Paris 8,
1990.
L'affiliation des nouveaux étudiants, 15 avril,
17h15, GE, Uni Dufour, aud. Rouiller.
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