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5 - 11 mai 1999


Les Sciences et la Cité

par Sophie Vassaux

La Vallée de la Jeunesse porte déjà bien son nom mais elle le portera peut-être encore mieux en l'an 2000, puisqu'elle accueillera un «espace des inventions» destiné aux enfants de 7 à 14 ans. La Rotonde sera transformée pour l'occasion en différents espaces conçus comme un parcours ludique visant à expliquer l'histoire et l'évolution d'une invention. Organisé en collaboration avec l'Université, l'EPFL et les enseignants du secondaire et du primaire, voilà un projet qui pourrait constituer un espace de rencontre. Entre les grands et les petits d'abord, mais aussi entre professeurs, parents, chercheurs et enseignants.

Dans le même esprit, et dans celui du Bazar de la Faculté des sciences/UNIL (www.unil.ch/sc/pages/bazar/bazar.htm) et du groupe I-Média, la Faculté des sciences de l'Université de Genève met sur pied une «passerelle science-cité» piloté par des chercheurs de l'Université et des citoyens. Un site internet a d'ores et déjà été créé: www.unige.ch/science-cite. A l'heure où les enseignants, le public et les chercheurs peinent à se rencontrer, voilà des initiatives qui donnent l'espoir d'une réconciliation entre deux mondes qui s'ignorent trop souvent.

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Adolescentes plus fragiles

Filles et garçons ne sont pas égaux devant la puberté... c'est en tout cas le constat de Monique Bolognini, sociologue, responsable d'une unité de recherche au Service Universitaire de Psychiatrie des Enfants et des Adolescents (SUPEA), à Lausanne.

William Gedney: Nous avons le temps, 1964. In: Photographies d'Enfants, ed. Time Life

«Dans l'enfance, les garçons tendent à être psychologiquement plus fragiles que les filles, mais cette tendance s'inverse assez nettement par la suite, en particulier lors du passage de l'enfance à l'âge adulte. Il s'agit d'un phénomène généralisé que l'on observe dans tous les pays industrialisés», constate Monique Bolognini, qui lors d'un cycle de séminaires organisé par l'Unité multidisciplinaire de santé des adolescents (UMSA) parlera des différences entre les sexes: ampleur et signification.

Si les troubles comportementaux sont en majeure partie masculins (comme par exemple la violence), les troubles psychiques tels que états dépressifs, troubles alimentaires ou anxiété liée au stress sont essentiellement l'apanage des adolescentes...

Des causes? Monique Bolognini en souligne trois. D'abord la manifestation des troubles serait le résultat d'une socialisation différentielle: on apprend à un garçon à ne pas pleurer, par exemple. Ensuite, l'identification au rôle de femme est encore de nos jours moins valorisant que celui de l'homme, le passage à l'âge adulte est donc un peu plus périlleux. Enfin, les transformations biologiques liées à la puberté sont beaucoup plus visibles chez une fille que chez un garçon, celles-ci «ont plus de peine à accepter les changements physiques, parfois même elles les refusent, surtout dans une société qui idéalise la maigreur», souligne la sociologue. Il ne paraît dès lors pas étonnant que les troubles des conduites alimentaires (anorexie et boulimie) touchent les filles dans plus de 90% des cas.

Le problème majeur de la prévention est la quasi-invisibilité des signes précurseurs de tels troubles, il est donc difficile d'agir. Pour la sociologue, «la boulimie est probablement le trouble qui passe le plus inaperçu». L'adolescente est alors seule face à sa souffrance. «N'oublions pas que ces dysfonctionnements tradusient le plus souvent un profond mal-être, il est donc important que celui-ci soit expliqué, sinon le risque est grand que les troubles deviennent chroniques», conclut la sociologue.

Sophie Vassaux

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Apprentissage des langues et informatique: le mariage

La Faculté des lettres de l'Université de Lausanne s'est dotée d'un centre multimédia flambant neuf. Profitant de l'usure des anciens laboratoires de langues elle a décidé de s'équiper «hi-tech».

Près de 50 ordinateurs sont venus compléter et moderniser l'ancien laboratoire de langues rebaptisé pour l'occasion, Centre multimédia ou CMM. Un matériel informatique sophistiqué renforce un appareillage désormais désuet. L'Université de Lausanne fait œuvre de pionnier puisqu'elle est parmi les premières universités européennes à s'équiper de la sorte.

Destiné en priorité aux étudiants et professeurs des Sections de langues de la Faculté des lettres, Georgette Blanc, responsable du Centre multimédia, remarque cependant que l'«on y rencontre de plus en plus d'étudiants de langue maternelle étrangère venant parfaire leur français», de plus il sera également ouvert aux étudiants du Centre de langues.

Les ordinateurs sont équipés d'un programme (Speaker auteur) permettant aux enseignants de composer leurs cours eux-mêmes. «Cette solution a été préférée à l'achat de logiciels «prêts-à-l'emploi», souligne la responsable, les licences étant très chères et les programmes non modifiables. De plus les logiciels adaptés à l'enseignement universitaire sont rares».

De son côté, l'étudiant travaille sur la version élève du même programme. Le système permet d'exercer les langues par écrit, oralement et en utilisant le son et l'image pour un apprentissage plus ludique. Le professeur, quant à lui, peut superviser le travail des étudiants et entrer directement en interaction avec eux.

Prendre le temps

Une difficulté cependant, il s'agit du temps nécessaire à la préparatoin d'un cours: Georgette Blanc l'estime, au début, entre 10 et 15 heures pour un cours de 2 heures. Ce qui pourrait bien rebuter un certain nombre de professeurs à utiliser ces outils du futur. La responsable ne semble cependant pas en souci, «l'intérêt est grand pour ces nouvelles méthodes d'enseignement et d'apprentissage, et les postes de plus en plus souvent occupés».

Le CMM, c'est où?

Au BFSH2 salle 1015: laboratoire de langues; salle 1018: salle multimédia avec 24 ordinateurs sous forme de réseau, pour un apprentissage individuel en présence d'un enseignant.

Au BFSH1 salle 255: salle multimédia avec 22 ordinateurs, 3 lecteurs vidéo et 15 cassetophones, pour un travail en autonomie (ouvert de 9h à17h).

Sophie Vassaux

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Doper la recherche suisse

Le Fonds national lance un nouvel instrument d'encouragement à la recherche, le programme «Pôles de recherche nationaux» (PRN). Une petite présentation s'impose.

Présenté dans le cadre du «Message sur la promotion de la formation, de la recherche et de la technologie pendant la période 2000-2003», le coup d'envoi du programme PRN a été donné avec l'ouverture d'un concours public en mars 1999.

Inspiré par des exemples américains, allemands et hollandais, l'objectif premier du programme est le renforcement durable de la place de la recherche en Suisse dans des domaines économiquement et socialement importants tels que les sciences de la vie, ou l'environnement.

Les PRN devraient renforcer le contact avec l'interdisciplinarité, les partenaires non-académiques, le transfert de technologie et de savoir vers des utilisateurs potentiels, ainsi qu'exercer une influence positive sur la qualité de l'enseignement et de la formation des jeunes chercheuses et chercheurs.

Il est clair que la structure, la taille et le mode de fonctionnement des projets varieront en fonction du domaine de recherche. Par contre tous devront répondre aux conditions suivantes:

* être basé dans une haute école suisse et bénéficier de son soutien à long terme;

* être dirigé par une personne hautement qualifiée qui devra y consacrer au moins un tiers de son temps;

* s'étendre sur plusieurs années et disposer d'un budget conséquent.

* privilégier une approche dite intégrée (de la recherche fondamentale aux applications) dans des domaines utiles à la société ou à l'économie.

* inclure un centre de compétences (leading houses) qui entretiendra des réseaux de recherche.

Ces réseaux pourront avoir comme partenaires des groupes de chercheurs des hautes écoles spécialisées (HES), de l'économie et des administrations ou encore d'organisations non gouvernementales.

Les PRN disposeront d'une large autonomie en matière de développement scientifique, de management et de répartition des moyens entre les différents groupes de recherche.

A lire pour patienter

Les propositions des chercheurs suisses devraient être sur le net dans les semaines à venir. En attendant, lire l'interview d'Urs Christ, collaborateur au programme PRN, par Eva Herrmann dans le Tages Anzeiger du 13.04.99 disponible à l'adresse suivante: www.tages-anzeiger.ch/archiv/99april/990413/244504.HTM

Mix & RemixPatricia Reymond5 &endash; 11 mai 1999

Actualités

Questions sur les PRN au secrétaire général du FNRS

Les chercheurs suisses avaient jusqu'au 31 mars pour présenter leurs déclarations d'intention au secrétariat des PRN. Uniscope a voulu recueillir les premières impressions de Hans Peter Hertig, secrétaire général du FNRS

La route est encore longue avant le démarrage d'un PRN et les chances de chaque participant ne sont que de 4% selon les estimations du Tages Anzeiger. Les groupes de recherche qui ont déposé une déclaration d'intention auront jusqu'au 31 juillet pour présenter une première version du projet, une esquisse qui sera ensuite évaluée par des experts. Les requêtes détaillées sont attendues pour février 2000. Les premiers PRN commenceront leurs activités en janvier 2001.

Le FNRS a reçu 230 projets. En principe, il doit en sélectionner une quinzaine. N'est-il pas possible d'en retenir davantage?

Le Conseil fédéral nous a attribué un montant de 120 millions de francs qui seront dévolus aux pôles nationaux de recherche pour la période 2001-2003. Dans ces conditions, nous devons en limiter le nombre. C'est pourquoi nous envisageons d'en soutenir une quinzaine en tout. Pour la première phase de 2001, nous pensons choisir huit projets qui recevront 2 à 6 millions de francs par an pendant dix ans.

Avez-vous été surpris par le nombre élevé de projets?

Non. Remarquons que parmi les 229 projets &endash; dont 27 lausannois &endash; qui nous ont été soumis, il s'agit de déclarations d'intention et non de présentations détaillées. Maintenant, les hautes écoles doivent nous indiquer quels projets elles veulent soutenir. D'ici l'été, leur nombre devrait se réduire au moins de moitié ou même des deux tiers.

Le FNRS avait-il fixé des consignes?

Oui. Les critères formels ont été définis dans le programme de mise au concours. La déclaration d'intention devait être contenue dans un texte de 5000 signes mais l'esquisse du projet devra être beaucoup plus précise (voir encadré).

Quels seront les critères de sélection? Allez-vous privilégier les sciences exactes?

Nous allons privilégier les quatre domaines que le Conseil fédéral a définis comme prioritaires, à savoir les sciences de la vie, les sciences de l'environnement et du développement durable, les technologies de l'information et télécommunications, les sciences humaines et sociales.

Qu'attendez-vous des universités? Doivent-elles soutenir financièrement les projets?

L'université d'accueil du projet a plusieurs moyens d'apporter son soutien (mise à disposition de locaux et d'infrastructures, décharge de cours pour le directeur du projet, etc).

Qui va évaluer les esquisses de projets?

Chaque esquisse va être évaluée par trois experts internationaux. Elle sera soumise à une expertise du Conseil de la recherche. En dernier lieu, ce sera au Département fédéral de l'intérieur de décider.

Que peut-on dire sur l'ensemble des projets? Quels sont les domaines d'intérêt des chercheurs suisses?

Je ne peux pas vous répondre dans l'état actuel. Il est difficile de comparer des projets très différents les uns des autres et nous n'avons pas fait de statistiques. Mais nous pouvons déjà dire que de nombreux projets sont interdisciplinaires. Les déclarations se répartissent plus ou moins dans les proportions suivantes: un tiers pour les sciences sociales et humaines, un tiers pour celles de la vie, un sixième pour l'environnement et un sixième pour les technologies.

Une collaboration avec les milieux non académiques est-elle une condition pour l'acceptation d'un PRN?

Non, mais les propositions qui ne prévoient ni application pratique ni transfert de savoir ou de technologie ont moins de chances de succès.

Le directeur d'un PRN doit jouir d'une réputation internationale. Quels seront les critères d'appréciation?

Nous nous basons sur les critères reconnus par la Peer Review.

Quelle est la différence entre un PRN et un Programme prioritaire (PP)?

Rappelons que les PRN sont destinés à prendre le relais des PP lancés dans les années 90 pour renforcer la place scientifique suisse.

La définition et le processus de sélection d'un PRN s'appuie sur une démarche de type «bottom up». Au contraire des PP existants à la thématique très large, les PRN se construisent autour d'un centre de compétences et d'un projet précis. La plus importante différence entre ces deux instruments réside dans le fait que les hautes écoles sont davantage impliquées dans le processus. Leurs responsables seront associés au processus de décision depuis le début. Les universités devront identifier leurs centres de compétences et les mettre en avant.

DR, Service de presse FNRS

Propos recueillis par Patricia Reymond

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Brûler les planches de la Grange

Le 4e festival de Théâtre universitaire de Lausanne ouvre ses portes le 11 mai. 12 manifestations, un cocktail de productions maison, d'accueils de troupes venant notamment d'Angleterre, de Belgique, et d'Israël. En ouverture de festival, le Théâtre 1015 avec Dispersion et la Sun and Moon Company, avec Hanjo de Yukio Mishima et Pleuvoir, puis... de Roelof Overmeer.

Comme toute institution culturelle qui se respecte, le festival de théâtre universitaire a ses troupes permanentes avec lesquelles il a en quelque sorte signé un contrat de confiance: il s'agit du Théâtre 1015, et de la Sun and Moon Company: David Junod, organisateur du festival, tient en effet à dynamiser la création sur le site.

Un drame japonais

Roelof Overmeer de la Soon Moon Compagny exprime d'ailleurs sa reconnaissance envers David Junod: «Grâce à lui, le festival devient de plus en plus sérieux, les exigences de plus en plus grandes, c'est très motivant pour nous!» Le bouillant homme de théâtre présente deux pièces, l'une de son cru: Pleuvoir, puis... et Hanjo de Yukio Mishima. Dans la première, une femme ayant «tué» son mari est poursuivie et harcelée par trois Furies qui lui reprochent son acte. S'engage alors un travail entre l'énergie passive et l'énergie active qui entraîne une transformation de la femme. Dans la seconde pièce, les acteurs se lancent dans l'interprétation de thèmes inspirés du No anciens. Rappelons que le No trouve ses racines dans les cérémonies religieuses au Japon. En 1956, Yukio Mishima évoque l'attente d'un amant, dans une salle d'attente d'une gare de Tokyo. «L'accent est mis sur l'intériorité. Il n'a aura pas d'éclairages, les acteurs seront des ombres, ce qui renforcera ce sentiment.»

Une brochette d'auteurs

Le Théâtre 1015 est dirigé depuis deux ans par Alain Subilia. Au départ de son travail avec les étudiants, il n'y avait aucune image. Puis les acteurs ont lu des textes, ceux de Peter Handke, de la Genèse, de Georges Perec et de Samuel Beckett, qui ont été «à la base d'une organisation spatiale et temporelle de la matière.» Le fil conducteur de spectacle pourrait être l'errance, l'exil, le chemin que l'être humain fait avec l'autre. »Mon intention n'est cependant pas de faire un spectacle totalisant sur le sujet! La dispersion, c'est comme un noyau qui s'ouvre et se referme, ou comme le cœur, ou encore comme un astre sur sa trajectoire. Je tiens à montrer comment on se disperse et on se retrouve dans la vie. J'ai aussi travaillé sur la parole: l'acteur est une sorte de passeur de parole.»


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Relire et comprendre Saint Paul

Pour un chercheur, le cours public est l'occasion de partager son savoir avec la population. Ce semestre, le Professeur Daniel Marguerat nous offre une vision renouvelée de Paul. Accusé d'avoir conduit Juifs et Chrétiens à la rupture, l'homme militait pourtant pour que le destin d'Israël fût respecté.

Le cycle sur Paul de Tarse proposé par la Faculté de théologie a attiré chaque soir 500 personnes, un succès qui surprend Daniel Marguerat. «Après tout, Paul n'est pas une figure populaire comme Jésus. De quoi ne l'a-t-on pas accusé? Dogmatique, antiféministe... Il traîne une mauvaise réputation. Pourtant c'est un homme d'une actualité folle, qu'il faudrait relire pour redécouvrir.» Pour sa part, D. Marguerat aimerait montrer les enjeux de cette pensée. En effet, Paul de Tarse est rarement lu, même au sein de l'Eglise qui laisse de côté des textes dérangeants. «On oublie trop souvent qu'il fut maintes fois réinterprété. Comme il a marqué le christianisme, l'Antiquité et le Moyen-Age l'ont récupéré.»

Il en fut ainsi avec la question féminine. Sa Lettre aux Corinthiens recommande bien aux femmes de se couvrir dans les assemblées mais on oublie que Paul a œuvré pour l'égalité entre les chrétiens. Dans ses communautés, les femmes pouvaient prier et prophétiser.» Selon Daniel Marguerat, Paul défend une identité ouverte. «J'entends par là que Dieu, tel qu'il le conçoit, accepte les personnes indépendamment de leurs qualités et de leurs acquis.» Dans ce sens, la pensée paulienne va à contre-courant du libéralisme ambiant qui juge les personnes au mérite.

Déjà à son époque, ce juif rénégat irritait. On l'accuse encore d'avoir provoqué une rupture entre Juifs et Chrétiens. Issu de l'élite du judaïsme, il a été séduit par le caractère universaliste du christianisme. «Mais Paul souhaitait qu'Israël fût respecté. Il disait que les Juifs seraient sauvés à la fin du monde.»

Sa pensée se résume dans les Lettres aux Romains, 11 qui compare le christianisme aux branches d'un olivier et le judaïsme à ses racines. Il dit aux chrétiens qu'ils ont été greffés sur l'arbre d'Israël: «Si tu te glorifies, sache que ce n'est pas toi qui portes la racine mais que c'est la racine qui te porte.» Ce texte a été oublié au profit de l'Evangile écrit vingt ans après, plus imprégné d'un certain antijudaïsme. «En lisant Paul, on comprend pourquoi le judaïsme et le christianisme se sont séparés mais l'antisémitisme s'est fait sans lui.»

Israël face à son destin, me 5 mai, 18h30, Aula de Rumine, Cycle Paul de Tarse, un homme aux prises avec Dieu.

Mais pourquoi donc avoir choisi cette photo moderne et ce titre provocateur? La question fait sourire Daniel Marguerat. «Nous voulions montrer l'actualité de Paul qui ne jugeait pas les hommes sur leur apparence comme les néo-libéraux. Quant au titre, c'est vrai que le destin de Paul fut marqué par des ruptures.». Patricia Reymond

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Quand nos manies prennent le dessus

«L'intégration des approches cliniques en psychiatrie. L'exemple du trouble obsessionnel-compulsif», tel est le titre de la leçon inaugurale de François Borgeat, professeur et directeur du Département universitaire de psychiatrie adulte (DUPA).

Selon François Borgeat 1,5% de la population est atteinte de troubles obsessionnels-compulsifs (T.O.C.). Ce trouble va bien au-delà de la simple manie ou de l'obsession que tout un chacun a un jour ou l'autre vécu, il s'agit là d'une maladie, souvent handicapante. Le T.O.C., c'est un besoin irrépressible de répéter (compulsion) sans cesse un rituel, souvent bizarre, comme se laver, ranger les objets dans un ordre précis ou vérifier que l'on a bien fermé portes et fenêtres ou éteint l'électricité. Pour les médecins, un trouble obsessionnel-compulsif est considéré comme pathologique lorsqu'il prend plus d'une heure par jour et qu'il interfère de façon significative avec la vie professionnelle, sociale et familiale. François Borgeat remarque «beaucoup d'obsessionnels-compulsifs fonctionnent à un niveau moins élevé que leurs talents leur permettraient car leur maladie est un poids souvent très lourd à porter.» Pour beaucoup, les troubles ont commencé à la pré-adolescence déjà. Par la suite ils évoluent de façon cyclique, étant plus ou moins prononcés selon les périodes et les événement de la vie du patient, mais les rémissions complètes sont rares.

«Le défi de la psychiatrie actuelle est d'y intégrer les approches modernes, comme la biologie ou les neurosciences. Dans le cas des troubles obsessionnels-compulsifs, les seuls traitements qui ont démontré une bonne efficacité sont les médications serotonergiques et les thérapies cognitivo-comportamentales (visant à amener le patient à penser autrement)», souligne le directeur du DUPA.. (sv)

François Borgeat en quelques mots

Après avoir été chercheur au Centre de recherche Fernand Séguin à Montréal et dirigé pendant 8ans le Département de psychiatrie de l'Université de Montréal, François Borgeat a été nommé chef du Département universitaire de psychiatrie adulte (DUPA) à Cery, en 1996. Spécialisé dans les troubles liés à l'anxiété, il a notamment fait des recherches sur le bio feed-back et sur la perception préconsciente et subliminale. Il a contribué a réorganiser le DUPA, en créant notamment la section des troubles anxieux et de l'humeur.

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