No 368

9 - 15 juin 1999

Retour au sommaire des numéros du semestre

Edito: le goût du succès
La cellule WEB de l'UNIL
Faute médicale et sophisme
Un institut au microscope
Commet réussir à échouer
L'Islam en Europe et en Suisse
 

Le goût du succès

par Axel Broquet

Les étudiants qui ont la fibre entrepreneuriale ne peuvent que se féliciter de l'initiative CTI Start-up de l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie*. Si leur projet de création d'entreprise est retenu par le Comité d'évaluation, ils sont assurés du financement de démarrage. Sur les 500 dossiers reçus l'an dernier, 150 ont fait l'objet d'un examen approfondi et 21 ont reçu le certificat convoité. Quatre des lauréats sont établis dans le canton de Vaud.

La sélection est rigoureuse, mais les candidats retenus sont vraiment chouchoutés. A part l'accès au capital-risque, ils bénéficient d'un solide appui sur le plan du management et du développement. Un club de «Business angels» &endash; dont le premier président a été officiellement présenté le 25 mai &endash; a été fondé par des entrepreneurs chevronnés pour leur apporter aide et soutien. C'est un transfert de connaissances et de savoir-faire entre générations, assorti de conseils pratiques et d'un partage de relations industrielles et économiques.

Si ça réussit pour la biotechnologie, des techniques médicales, de l'informatique et de la microélectronique, on pourrait s'en inspirer pour d'autres domaines. Pourquoi pas des anges-tuteurs pour les sciences humaines, pour faciliter le passage à la vie professionnelle, voire pour aider l'émergence de nouveaux prestataires de services dans les domaines un peu moins high tech?

*Voir www. admin.ch/ bbt/BBTTECHF.HTM

Retour au sommet


Faute médicale et sophisme

Les erreurs médicales, voilà un sujet passionnel. L'erreur reste humaine malgré les progrès technologiques. Qu'en était-il dans l'Antiquité? Pour le savoir, l'Institut universitaire d'histoire de la médecine et de la santé publique a invité une spécialiste d'Hippocrate.

Où en est la médecine? L'un des moyens de répondre passe par l'histoire de la discipline. C'est pourquoi les étudiants de 4e année de médecine peuvent suivre des cours d'histoire de la médecine (cours d'ailleurs accessibles à toute personne intéressée). En ce qui concerne le délicat problème des erreurs médicales, le débat s'est normalisé et les cas se règlent de plus en plus au tribunal, avec tous les excès observés aux USA.

Un éclairage historique permet d'aborder le problème sous un angle inattendu. Comment les Anciens s'accomodaient-ils des défaillances de leurs médecins? Pour répondre à cette question, Laura Gemelli, chercheuse au Klassisch-Philologisches Seminar de l'Université de Zürich se base sur les sources hippocratiques (Hippocrate au Ve av. J.-C., Galien au IIe ap. et leurs commentateurs, jusqu'au néo-hippocratisme au XVIIIe). D'Hippocrate, nous disposons d'un court texte, La loi, influencé par le stoïcisme. D'après cet écrit, la profession médicale dans les cités grecques n'était soumise à aucune peine autre que la déconsidération.

Laura Gemelli se concentrera sur le Ve siècle. La vie culturelle est alors dominée par les débats entre sophistes et praticiens. Chacun veut gagner rénommée et élèves. Le médecin doit faire face à la concurrence des vendeurs de remèdes, prêtres purificateurs et aussi à certains sophistes, qui ont une bonne connaissance théorique de la médecine, mais surtout de l'art de la persuasion.

Dans ce climat, il est naturel que l'on reproche aux adversaires leurs fautes pour gagner sa réputation. Cependant, tandis que les sophistes sont exclusivement polémiques, les hippocratiques poursuivent aussi des buts différents. Ils visent à la création d'un savoir technique fondé et systématique et d'une déontologie professionnelle, qui puisse préserver l'art médical de l'intrusion des théoriciens profanes et des praticiens qui cherchent seulement à étonner.

Le prochain livre de Laura Gemelli, Hippokratische Therapien bei Frauenkrankheiten. Populäre Medizin oder Wissenschaft paraîtra en juillet.

Les fautes des médecins, polémique et didactique dans la collection hippocratique

Patricia Reymond

Retour au sommet


Nicolas Liechti, Monsieur «cellule web»

Si Nicolas Liechti a tout l'air d'un étudiant, ne vous y trompez pas, il n'en est plus un. Son temps, il le partage entre le Service des affaires socio-culturelles (SASC) et la «cellule web» du Rectorat de l'UNIL. Au SASC, il s'occupe principalement de la gestion des bases de données des fonds et fondations, de la conception d'une nouvelle base de données de la commission sociale de l'UNIL et du secrétariat des boursiers de la Confédération. Mais depuis le début de l'année, Nicolas Liechti constitue également la «cellule web» du Rectorat. Son travail consiste à créer de nouvelles pages pour les services centraux du Rectorat, veiller à la structuration de l'information et du système de navigation et à la vérification de la validité de l'information. Il participe à un groupe de travail formé afin de redéfinir les problématiques web à l'UNIL et de créer une unité graphique entre tous les sites des services du Rectorat et du site central. «Mon travail est de mettre en application les décisions prises par le «groupe web». Le nouveau site sera prêt pour la rentrée académique 1999-2000» précise ce passionné d'informatique.
Après une formation commerciale puis un diplôme littéraire, ce fou de bandes dessinées a travaillé pendant deux ans dans le tourisme. Pas de regrets d'être sur le site? «Comment ne pas apprécier de travailler dans un lieu aussi calme et vert que celui de Dorigny?» (sv)

Retour au sommet


Un institut au microscope

Un institut qui dépend à la fois de la Faculté de médecine et des Hospices cantonaux, qui forme avec leur homologue genevois un institut romand, qui collabore avec plusieurs facultés, est-ce possible? Oui, répondent les chercheurs de l'Institut universitaire d'histoire de la médecine et de la santé publique.

Comme son nom l'indique, l'IUHMSP a pour but de promouvoir l'histoire de la médecine et de la santé en général, ce qui fait qu'il est ouvert à des thématiques larges: diététique, pharmacologie, politique de santé, etc. «Nous assistons à un sort de l'histoire de la médecine en général et de la psychiatrie en particulier. On sent un intérêt diffus pour le sujet dans les médias», explique le professeur Vincent Barras.

Une certaine nostalgie

L'engouement pour cette discipline s'explique peut-être par le fait qu'on associe le bien-être au retour à la nature qui implique bien souvent un retour aux sources. En témoigne l'intérêt pour les médecines naturelles et traditionnelles. Mais l'attention du public est aussi liée aux connections avec l'actualité. «On y aborde des questions telles que les coûts de la santé ou l'éthique. Actuellement nous travaillons sur l'histoire du patient, cette oubliée de l'histoire de la médecine.»

Une petite équipe

L'institut, c'est d'abord une équipe fixe: les professeurs Jacques Gasser et Vincent Barras, une bibliothécaire, une secrétaire et une assistante pour les recherches iconographiques. En outre, une dizaine de chercheurs y sont associés. Avec cela, l'IUHMSP remplit plusieurs missions: l'enseignement d'abord, qui se fait tant au niveau de la Faculté de médecine qu'en formation continue, la promotion, ainsi que la recherche fondamentale et appliquée. «Cette année, nous avons reçu mandat de l'Etat du Valais pour une enquête de santé publique aux XIXe et XXe siècles», dit Vincent Barras.

Pas de salle mais des expos

Le centre a développé des collaborations avec différentes institutions comme la Fondation René-Chassort pour l'éthique médicale, et collabore à des expositions. La dernière en date a été organisée de concert avec les Archives de la construction moderne de l'EPFL. «Nous travaillons beaucoup avec la Fondation Verdan ou avec la Collection de l'Art brut qui partagent nos intérêts. En 2001, nous organiserons avec eux une expo sur le thème «Ecriture et folie.» L'institut est souvent sollicité pour prêter du matériel médical ancien. «Nous avons bénéficié de quelques donations mais le centre n'a pas de lieu d'exposition.»

Entre théorie et pratique

Faut-il être plutôt médecin ou historien pour faire de l'histoire de la médecine? «Jacques Gasser et moi avons une double formation, précise Vincent Barras, ce qui aide certainement à comprendre ces milieux, ainsi que les enjeux. Mais il est nécessaire d'être historien car nous travaillons beaucoup avec des archives.» L'histoire de la médecine a longtemps eu un statut incertain. «Elle fait peur aux étudiants car ils croient qu'il faut avoir des connaissances up to date dans le domaine médical. Pourtant, des notions de base suffisent.»

La proximité des Hospices et du CHUV est un avantage pour le centre. «Comme nous rencontrons régulièrement des praticiens, cela nous permet d'avoir une vision plus large.» Par contre, le fait d'être éloigné de Dorigny est un inconvénient, ce qui n'empêche pas les chercheurs de l'institut d'avoir de fréquents contacts avec des historiens comme Augustino Paravicini ou des anthropologues comme Mondher Kilani avec qui l'IUHMSP vient d'organiser un colloque.

Un tour à la bibliothèque

L'IUHMSP dispose d'une bibliothèque de plus de 6000 livres qui couvre toutes les époques, de l'Antiquité à nos jours, et tous les continents. «A défaut de sources, nous essayons d'acheter les documents de seconde main sur les médecines du monde et nous avons acheté quelques originaux arabes», dit Vincent Barras. «Pour ma part, je voudrais savoir le sanskrit ou le chinois pour travailler sur la médecine de ces pays et faire des études comparatives.» Point besoin de s'intéresser spécifiquement à l'histoire pour trouver son bonheur dans les rayonnages bien fournis: de l'eugénisme à la diététique médiévale, c'est un centre pour l'histoire des idées avec des ouvrages de référence pour psychologues ou sociologues.

De nouveaux horizons...

Quelles thématiques devraient être explorées? «Il faudrait s'intéresser au poids de l'argent dans la médecine. Une histoire des assurances reste à faire.» Réuni en institut romand avec l'Institut Louis-Jeantet pour l'histoire de la médecine de Genève, l'IUHMSP est spécialisé dans les thématiques suivantes: médecine antique, histoire de la psychanalyse et des neurosciences, médecine et société au siècle des Lumières.

IHUMSP, Falaises 1, fax 314 70 55. Bibliothèque ouverte à tous, de 9-12h00 et de 13-17h00 (fermé ve après-midi).Andrew Cunning. Anatomical Renaissance, Scholar 1997Un squelette de la Fabrica, 1543.

Patricia Reymond


Comment réussir à échouer...

Les enseignants attendent des documents d'étudiants une lecture plaisante et une compréhension aisée, mais cette attente est souvent déçue. Pour vous aider à rédiger un travail universitaire, l'Institut de psychologie a un guide pas comme les autres.

Plantu, Wolfgang, tu ferais informatique! Le Monde, 1988

«Tout est parti de l'idée de faire quelque chose pour encourager les étudiants à aller davantage à la bibliothèque et à améliorer la forme et la présentation de leurs travaux» explique Virginie Oberholzer, assistante dans cet institut. Son expérience l'a con- duite à écrire un guide rédactionnel destiné aux étudiants en psychologie mais qui profitera à tous ceux qui s'essaient à la rédaction d'un texte scientifique (disponible à l'institut pour 3 francs).

Prêcher le (mauvais) exemple

L'essai de Virginie Oberholzer présente d'abord l'avantage d'être court. «La plupart des ouvrages méthodologiques consultés pour ce travail sont trop longs», confie-t-elle. Mais ce guide se distingue par le style incisif adopté par l'auteure. «Au lieu d'abreuver les étudiants de règles tous azimuts, j'ai adopté une démarche plus homéopathique qui consiste à prescrire, à petite dose, les mauvaises herbes de la communication scientifique. En attaquant le mal par le mal, je cherche à les faire réagir pour mieux agir ensuite. Une erreur comprise et dépassée, n'est-ce pas formatif?» Mais attention, si le ton est drôle, le contenu est sérieux!

Quelles sont les erreurs à ne pas commettre, mais qui restent fréquentes? «Croire qu'à l'uni, c'est le fonds qui importe seul et de négliger la forme, donc la communication. Certains peinent à admettre la nécessité de se fixer des normes, dans les citations par exemple.» D'autres ont de la peine à dépasser les méthodes apprises au gymnase. «Je suis toujours frappée quand des mémorants accumulent les phrases à la première personne, comme si un texte scientifique se résumait à donner son avis!»

L'absence de structure est aussi fréquente. Pourtant un mémoire sans fil conducteur devient vite illisible et ennuyeux. Et le plagiat? «Inacceptable», selon tous les professeurs interrogés... «Et surtout risqué, commente Virginie Oberholzer, car facilement repérable à cause des ruptures de style.» En outre, les professeurs connaissent aussi la littérature.

La BCU, pas un fast-food

Le point central du guide, c'est la présentation d'une bonne bibliographie. Elle consacre un chapitre à l'aventure documentaire, autrement dit le travail en bibliothèque. «Ne les confondez pas avec un fast-food, conseille l'auteure, la nourriture y est gratuite mais pas prête à l'emporter.» Il faut se donner le temps de chercher. Tous les étudiants qui ont pesté sur le passage de SIBIL à VTLS apprécieront... (Voir page 7.)

Virginie Oberholzer met en garde les étudiants contre une surabondance d'informations. Les bibliothécaires connaissent la Loi de Zipf, du nom d'un spécialiste qui avait calculé que 20% des périodiques apportaient 80% de l'information totale. Inutile donc de vouloir tout voir, l'idéal serait de choisir quelques références de base et de se concentrer sur les 20% restants, plus difficiles à obtenir.

Des annexes, oui mais...

Le guide se termine avec les conseils du professeur Roland Capel à «tous ceux qui aiment les chiffres». Avec la démocratisation de la micro-informatique en général et des logiciels tels que Statview ou SPSS en particulier, la tentation est grande de remplir son travail de statistiques, de tableaux et de graphiques en couleur. Une démarche louable pour autant que ces annexes aient un sens et soient commentées...

Virginie Oberholzer a été institutrice avant de faire une licence puis un diplôme en psychologie. Assistante du prof. Michèle Grossen, elle prépare une thèse sur l'enseignement de la grammaire dans les écoles. Son domaine de recherches est les interactions entre maître et élèves. Très sensible au problème de la vulgarisation scientifique, elle est aussi attirée par le journalisme. (pr)

Virginie Oberholzer. Comment réussir à échouer à votre travail universitaire. Lausanne, 1997

Patricia Reymond

A ne pas faire, quelques morceaux choisis

Snobez le processus de rétroaction en ne faisant pas relire votre mémoire, sinon il vous en coûtera des efforts de correction.
Pratiquez l'orthographe et la syntaxe exotiques.
N'oubliez pas les tableaux, graphiques ou cartes pour le remplissage facile!
Table des matières: faites-en l'économie, votre lecteur se débrouillera!
Partez du principe que votre lecteur est un extralucide qui peut lire entre les lignes et deviner votre pensée sans que vous n'ayez à l'exprimer.
Fuyez les synthèses, c'est fatigant.
Dédaignez les références bibliographiques, elles ne font pas bon ménage avec la science infuse.
Adonnez-vous au plagiat, vous serez bientôt requérant d'asile scientifique. (vo)

Erreurs les plus courantes, erreurs les plus fréquentes,

le point de vue des professeursUniscope leur a posé deux questions:

* Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous constatez dans les travaux qui vous sont rendus?
* Quelle faute serait susceptible de vous faire refuser un travail?

Denis Müller, théologie

* Orthographe et mise en page (malgré l'informatique!), références mal conçues, manque de clarté dans le plan, manque de distinction entre analyse et synthèse, point de vue insuffisamment explicité.
* Des raisons de refuser un travail? plagiat, absence de projet clair, médiocrité de l'argumentation, travail bâclé.

Yves Pigneur, HEC

* Avant l'orthographe, les difficultés de structurer un texte, de construire une argumentation.
* Avec un peu de bonne volonté de part et d'autre, on évite la situation.

Suzette Sandoz, droit

* Le plagiat ne me semble pas fréquent au contraire des fausses citations ou reproductions à peine modifiées et sans guillemets de textes de doctrine ou de jurisprudence.

Jean-Bernard Racine, géographie

* Je n'imagine pas refuser un mémoire puisque j'en suis la rédaction un peu au jour le jour et qu'il n'est jamais arrivé que l'orthographe soit en cause. En revanche j'ai en effet refusé deux fois (sur des centaines) pour plagiat découvert. Echec il y aurait eu si l'appareil critique n'est pas présent et explicité.

François Gaillard, psychologie

Pour moi, ce qui manque souvent, c'est l'argumentation et l'articulation de l'argument en propositions logiques. Le plagiat est inacceptable, et se combine très souvent avec la méconnaissance des règles de l'American Psychological Association. (pr)
Retour au sommet


L'Islam en Europe et en Suisse

Invité de l'association d'étudiants Mosaïque (ancienne AMNU), Tariq Ramadan viendra évoquer la présence de l'Islam en Europe et en Suisse en particulier.

«Le but de ma conférence est de rappeler un certain nombre de faits liés à la présence musulmane en Europe. Il s'agit, en Suisse en particulier, d'une présence, qui, selon moi, va dans le bon sens, celui d'un enracinement progressif et positif», souligne Tariq Ramadan, professeur d'islamologie à l'Université de Fribourg et de philosophie au Collège de Saussure à Genève. Il tentera de répondre le 9 juin à la question «Est-ce qu'on peut vivre l'Islam en Europe?»

Sans vouloir minimiser les problèmes que peut engendrer la présence des communautés musulmanes (liés par exemple à l'abattage rituel, au problème des cimetières musulmans ou au port du foulard dans les écoles, mais aussi à la montée du raccisme et de la xénophobie), Tariq Ramadan souligne sa volonté de relativiser cette dimension et d'insister sur les acquis et en particulier sur la réalité du processus d'intégration de la culture et de la religion musulmanes en Europe. Le nombre grandissant d'associations est un exemple patent. Il faut «avoir une vision juste, équilibrée et ne pas s'arrêter aux seuls problèmes. Je n'adhère pas à la vison ni au discours négativiste, en l'occurence infondés en Europe comme en Suisse», précise Tariq Ramadan.

Pour Peter Sonderegger, membre de l'association Mosaïque, «si nous organisons cette conférence, c'est parce que, dans les médias, on parle surtout des problèmes que les Suisses ont vis-à-vis l'Islam, nous voulons donner un éclairage inverse».

Sophie Vassaux

Retour au sommet