No 372
1er- 30 septembre 1999

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Blues des profs, cafard de l'étudiant
Le nouveau Rectorat entre en fonctions
Suppression de la faute
Prendre soin des personnes âgées
Chasse aux sorciers ou néolibéralisme, l'UNIL publie
Le CAP pour une Afrique économiquement forte

 


 

Blues des profs, cafard de l'étudiant

par Patricia Reymond

Le doyen d'HEC tire la sonnette d'alarme: l'UNIL risque de perdre ses meilleurs professeurs. Des salaires peu concurrentiels (20% de moins qu'à Genève), des tâches administratives et un nombre d'heures d'enseignement trop élevé pour assurer les activités de recherche, autant de facteurs qui découragent les candidats.

Comment réagir en période d'économies? Proposer comme le faisait récemment un journaliste «d'augmenter les taxes de cours plutôt que s'en prendre aux professeurs»? Cette idée laisse songeur quand on sait que celles-ci ne couvrent que 2,3% des dépenses de fonctionnement de l'UNIL.

Pauvres étudiants! En somme, ils devraient payer plus pour avoir moins puisque ce même journaliste suggérait de diminuer les heures d'enseignement données par les enseignants pour qu'ils aient davantage de temps pour leurs recherches.

Taxer davantage les étudiants est une idée simpliste. C'est oublier qu'ils ne sont pas les seuls à bénéficier de l'activité et du rayonnement de leur chère Alma mater. Car une université attractive profite en définitive à l'ensemble du canton.

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Suppression de la faute

La notte d'Antonioni, DR

Le nouveau droit du divorce qui entrera en vigueur en janvier 2000 va fortement modifier la situation des couples divorcés. Pour en parler, le CEDIDAC organise une journée d'études le 8 septembre.

On peut être surpris que le club du CEDIDAC, Centre du droit de l'entreprise, organise des conférences sur le droit de la famille et du divorce en particulier. «C'est un sujet d'actualité. Alors que les cantons sont en train de rédiger des lois de procédure pour s'adapter aux innovations du droit fédéral, les praticiens ont besoin de s'informer», explique Suzette Sandoz, professeure.

Pendant la journée d'études, Denis Tappy, président du Tribunal du district de Vevey, Giorgio Bernasconi, juge cantonal tessinois et Maître Michel Ducrot présenteront respectivement les procédures vaudoise, tessinoise et valaisanne.

Longtemps réclamée, la réforme du droit du divorce intervient après celle du mariage de 1988. Le nouveau droit s'appliquera aussi aux procédures de divorce de première instance qui ont débuté avant le 1er janvier 2000. Mais quelles sont les innovations du nouveau droit?

La culpabilité, plus un critère

«La plus importante réside certainement dans la suppression de la faute puisque le juge ne s'occupera plus de déterminer un coupable (par exemple en cas d'adultère)», répond Suzette Sandoz. La Suisse a innové en évacuant complètement cette question de faute. Or elle avait une influence certaine sur l'attribution des pensions alimentaires.

Désormais, la rente sera fixée en fonction des besoins et surtout des possibilités. Mais son montant pourra être adapté plus tard.» Le 8 septembre, Martin Stettler, professeur à l'Université de Genève, abordera ce problème des pensions alimentaires.

L'un des changements majeurs est l'obligation de partager entre époux les économies réalisées dans le cadre de la prévoyance professionnelle. Cette mesure ne sera pas, on s'en doute, simple à exécuter et Maître Jacques-André Schneider, chargé de cours à l'UNIL, réfléchira sur les conséquences possibles de la réforme.

Enfin, signalons que le nouveau droit donne au juge la possibilité d'accorder l'autorité parentale conjointe. Philippe Gardaz, juge au Tribunal cantonal vaudois, sera amené à traiter de cette question (pr)


Le nouveau Rectorat entre en scène: présentation et interview

La rentrée académique arrive comme chaque année avec son lot de nouveautés. Nous saluons cette fois l'arrivée d'une nouvelle équipe à la tête de l'Université.

Le 1er septembre, le nouveau recteur, Jean-Marc Rapp (droit), entre en fonction. Il succède à Eric Junod (théologie), qui n'avait pas souhaité se représenter.

Les vice-recteurs seront désormais au nombre de quatre: Maia Wentland Forte (HEC), Walter Wahli (biologie) et Jörg Winistörfer (géographie), remplacent Pascal Bridel (HEC) et Oscar Burlet (mathématiques) tandis que Jacques Diezi (médecine) continue son mandat.

Dans un monde universitaire en plein changement, les membres du nouveau Rectorat n'ont pas accepté à la légère la charge nouvelle qu'ils assumeront désormais.

Afin de les présenter, de comprendre leurs motivations et leurs attentes, Uniscope leur a posé quelques questions. (sv)

* Quel a été, en quelques mots, votre parcours (professionel, académique)?
* Quelles seront vos attributions au sein du nouveau Rectorat?
* Quels sont, à votre avis, les plus gros dossiers qui vous attendent?
* Qu'est-ce qui vous a incité à accepter cette charge?

Jean-Marc RappJean-Marc Rapp, Faculté de droit, professeur de droit des obligations et de droit commercial

* Licence en droit en 1975, doctorat de l'Université de Lausanne en 1983, puis brevet d'avocat vaudois en 1984 et Master of Laws de l'Université de Californie, à Berkeley en 1985.

Professeur extraordinaire de droit des obligations puis professeur ordinaire de droit des obligations et de droit commercial dès 1989 à l'UNIL, j'ai été professeur invité à l'Université de Fribourg (1994). Je suis membre du Conseil de la Fondation du Centre de l'entreprise de l'Université de Lausanne (CEDIDAC) depuis 1993. J'ai été vice-doyen, puis doyen de la Faculté de droit de 1996-1998. Au niveau professionnel, j'ai travaillé comme avocat à Lausanne et à San Francisco, exercé des fonctions de juge cantonal suppléant au Tribunal cantonal vaudois, effectué un stage à la Commission européenne. Au niveau politique, j'ai été conseiller communal à Lausanne puis député au Grand Conseil vaudois (1995 à 1998).

* Sur le plan interne, je serai notamment responsable des affaires générales de l'Université et, à ce titre, de veiller à ce que le traitement des divers dossiers incombant au Rectorat s'inscrive dans le cadre de la politique générale que celui-ci aura adoptée. Sur le plan externe, j'assurerai la représentation et la défense des intérêts de l'Université dans le cadre d'une politique de communication que j'entends superviser.

* La réalisation du projet de coordination et de développement UNIL, UNIGE, EPFL avec ses multiples implications. La révision de la LUL, qui doit être guidée par le souci d'assurer à l'UNIL les meilleures conditions cadres dans le contexte issu des nouvelles réglementations fédérales en voie d'adoption. La repourvue coordonnée d'un grand nombre de postes professoraux ces prochaines années entre Lausanne et Genève.

* L'ambition de défendre et développer le mieux que je le pourrai un service public d'une importance exceptionnelle, par sa mission très exigeante et son rôle essentiel dans le développement du pays.

Maia Wentland Forte, Faculté des HEC

* Diplômée en économie et finances de l'Institut d'études politiques de Paris, j'ai obtenu un DEA en intelligence artificielle de l'Université de Paris VI et un doctorat en informatique de gestion de l'UNIL. J'ai notamment travaillé comme ingénieur-conseil au sein de la direction des études industrielles de la Banque Nationale de Paris, créé une entreprise spécialisée dans le développement de systèmes d'aide à la décision dans le domaine bancaire et financier. Professeur extraordinaire à l'Ecole des HEC, depuis 1996, j'assume aussi la direction du programme MBA.

* Du budget, de l'informatique et des statistiques.

* La défense des intérêts de l'UNIL vis-à-vis des pouvoirs publics et de la collectivité ainsi que la mise en place d'une collaboration inter-institutionnelle avec nos collègues lémaniques.

* J'espère contribuer à infléchir la politique de l'UNIL et même, celle de l'Etat de Vaud vis-à-vis de son Université sur certains points. Je pense que l'UNIL est, et doit rester, une composante importante du service public puisqu'elle forme les individus sur lesquels notre société repose. C'est pourquoi elle doit bénéficier d'un financement direct afin que son indépendance soit garantie tout en lui assurant un fonctionnement normal et un développement harmonieux, et en veillant à une utilisation économe des deniers publics. Je défends l'idée qu'il convient de préserver et de promouvoir le statut de notre Université ainsi que son rayonnement propre dans tout projet d'association ou de collaboration, en particulier avec les institutions universitaires de notre région. Enfin, je souhaite renforcer l'idée que la mission fondamentale de notre institution est de dispenser un enseignement de qualité, sachant que toute activité d'enseignement supérieure doit aller de pair avec une activité créatrice de réflexion et de recherche.

Walter Wahli, Faculté des sciences (biologie)

* Brevet d'instituteur en 1967, diplôme de biologiste en 1975 et doctorat en 1977 à l'Université de Berne.

Après avoir été instituteur, professeur de gymnase et assistant diplômé, j'ai été chercheur au Département d'Embryologie de l'Institution Carnegie à Baltimore et aux Instituts Nationaux de la Santé des USA à Bethesda. Je suis professeur ordinaire et directeur de l'Institut de Biologie animale de l'UNIL, depuis 1980.

* La recherche et la formation postgrade et continue. Ces deux secteurs auront une place encore plus importante dans l'université de demain dont le rayonnement dépendra largement de la qualité et du niveau d'internationalisation de ces deux activités.

* Les hautes écoles lémaniques ont amorcé un processus de développement et de coordination de grande envergure qui leur permettra d'inscrire leur action dans une perspective commune. La réalisation des projets liés à la réussite de cette entreprise, dans les secteurs dont je serai responsable, représente pour moi un objectif prioritaire, qui me motive énormément. De nouvelles structures sont indispensables pour que le potentiel exceptionnel que représentent les enseignants et chercheurs de ces trois hautes écoles et des instituts associés puisse s'exprimer pleinement. Par faute de moyens et de structures adéquates, la recherche suisse s'essouffle dans des domaines cruciaux pour l'avenir alors que plusieurs nations plus ambitieuses passent résolument à l'offensive. C'est alarmant! Il s'agira donc de convaincre la population et ses représentants de l'exigence d'un soutien augmenté plutôt que relâché en faveur de la formation et la recherche pour le développement social, culturel et économique de ce pays et de son maintien en bonne position au plan international.

Jacques Diezi, Faculté de médecine

* Après des études de médecine à l'Université de Neuchâtel et de Lausanne, terminées en 1965, des stages dans divers hôpitaux, j'ai exercé différentes activités pré- et postdoctorale en pharmacologie, physiologie et toxicologie à Lausanne et aux Etats-Unis. J'ai occupé le poste de professeur assistant à l'Université de Yale, puis à l'Institut de pharmacologie et de toxicologie à Lausanne. D'abord professeur associé, je suis, depuis 1990, professeur ordinaire à l'UNIL. Je suis aussi responsable de l'Unité de toxicologie et vice-recteur depuis 1995.

* Je continue à m'occuper des affaires étudiantes et des relations internationales.

* Les plus gros dossiers concernent l'ensemble du rectorat, en premier lieu le projet de développement avec l'Université de Genève et l'EPFL, et les modifications du contexte général des relations entre la Confédération et les cantons dans le domaine universitaire. Les questions du financement des universités, les débats sur la limitation d'accès aux études universitaires dans certains secteurs et le maintien de la «visibilité» de l'Université de Lausanne au niveau international en enseignement et recherche vont continuer à être d'actualité.

* Le fait que le recteur élu et moi-même ayons pu trouver des points de convergence dans la perception des dossiers universitaires, que la présence d'un membre de l'équipe du rectorat sortant, avec des collaborateurs motivés et efficaces, amène peut-être un atout dans une première phase d'activité du nouveau rectorat, et que cette époque de réflexions et de changements importants relatifs à l'université me paraît tout à fait intéressante...

Jörg Winistörfer, Faculté des lettres (géographie)

*Après des études de Lettres à L'UNIL (géographie), j'ai rédigé une thèse sous la direction du professeur Marcel Burri, géologue, traitant des questions quaternaires dans les Alpes valaisannes. J'ai occupé des postes de suppléants dans l'enseignement vaudois puis ai été rattaché à l'UNIL où j'ai mis en place un enseignement de géographie physique dans le cadre des études de lettres. J'ai enseigné la géomorphologie au département de géologie durant trois ans à Genève et donné deux fois un cours sur le Quaternaire alpin à l'Institut de géographie de Fribourg. Les thèses que j'ai dirigées traitent de question quaternaire, de gestion des sols au Sahel et des problèmes liés au périglaciaire dans les Alpes. Les thèmes en cours traitent davantage des questions de gestions des écosystèmes naturels et de leur conservation.

De 1978 à 1984, j'ai été président du jury d'examens du Bac International de Londres/Genève. Dès 1983 je me suis orienté vers les questions de développement et environnementales dans le Sahel. Deux projets de recherches m'ont permis d'approfondir les questions de gestion des zones fragiles et la capacité endogène de développement des populations.

* L'enseignement, les enseignants et les bâtiments.

* La réorganisation du paysage universitaire de Suisse occidentale dans l'optique 2005/2010, l'adéquation formation et emplois, l'apparition de HEP/HES, la place de l'Université dans la société et le financement de l'Université.

* Dans ma jeunesse, je me suis adonné avec passion à l'alpinisme, chaque ascension est un défi, il doit m'être resté un goût pour les défis. Je crois que la modification de l'enseignement supérieur est un des domaines les plus importants pour notre jeunesse et j'espère pouvoir contribuer à réussir ce challenge.

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UNIL, le nouveau parti de Jean-Marc Rapp

Le 1er septembre, Jean-Marc-Rapp prend, avec sa nouvelle équipe, les commandes de l'UNIL. Sa tâche ne sera pas aisée: en effet, il hérite de gros dossiers, en particulier celui du rapprochement des trois hautes écoles lémaniques. Pour Uniscope, il a accepté de répondre à quelques questions.

Comment considérez-vous votre rôle de Recteur?

Un rôle essentiellement double. D'une part il s'agit d'un rôle politique qui consiste à expliquer et défendre la position de l'Université à l'extérieur. D'autre part c'est un rôle de gestionnaire dont la mission est de contribuer le mieux possible au bon fonctionnement de l'Université pour ses usagers.

De quelle manière votre expérience et votre engagement politique influenceront-ils votre façon de diriger l'Université?

Du point de vue interne, je ne crois pas que ma petite expérience politique ait une influence particulière. En revanche, dans mon rôle de représentant de l'Université à l'extérieur, j'espère que ma connaissance des rouages politiques et les contacts que j'ai noués pourront être mis à profit.

Vous avez abandonné votre mandat politique...

Oui, j'y ai renoncé de moi-même. Je ne pense pas que les deux activités soient compatibles. Il existe à l'intérieur de l'Université un grand nombre de sensibilités différentes que la présence d'un recteur engagé pourrait heurter. De plus, cela pourrait fragiliser la relation de confiance qu'un recteur doit pouvoir entretenir avec les autorités. Maintenant, l'Université est mon nouveau parti!

Pourquoi le passage de trois à quatre vice-recteurs?

Cette possibilité existe dans la loi sur l'Université de Lausanne et je l'ai choisie devant l'ampleur et la complexité du travail à accomplir, tout particulièrement le projet de rapprochement UNIL, UNIGe, EPFL.

Mon idée était aussi de répartir un peu différemment les domaines de responsabilité des vice-recteurs. Un des changements principaux que j'ai introduit est le regroupement en un seul dicastère de tout ce qui concerne la recherche, la formation postgrade et la formation continue. En effet, les deux derniers domaines sont parfois difficilement distinguables.

Des trois mesures de la Table ronde concernant l'UNIL (rétrocession d'une part des honoraires des mandats privés des professeurs, baisse du budget des équipements spécialisés de 5,3 à 4,3 millions et suppression de la participation de l'UNIL au rachat d'années de caisse de pension par les nouveaux professeurs), laquelle vous semble-t-elle la plus dangereuse pour l'Université? Comment allez-vous (ré)agir?

La plus dangereuse est clairement la baisse du budget d'équipement.

Le rectorat d'Eric Junod a fait une contre-proposition. Il a demandé que le surplus des recettes, provenant des accord intercantonaux (ce que paient les cantons pour leurs ressortissants qui viennent étudier à Lausanne), soit affecté à l'Université. Après tout, c'est bien l'Université qui génère ces recettes, les cantons paient pour leurs étudiants et non pas pour d'autres services de l'Etat de Vaud!

Pour ce qui est de la rétrocession des honoraires, l'Université a déposé un projet de réglementation inspiré par celui de Genève. Pour l'heure, nous attendons la réponse du département.

Qu'est-ce qui est le plus important, le rapprochement avec Genève ou la redistribution des branches entre l'EPFL et les deux universités?

Pour moi, cela fait partie d'un même projet, à savoir de rapprocher les trois hautes écoles lémaniques. Contrairement à que certains craignent, le rapprochement avec Genève n'équivaut pas à une fusion, avec la disparition de deux entités au profit d'une nouvelle. Soyons clair, il ne s'agit pas de créer une méga-université mais de faire face à un contexte budgétaire difficile dans les deux cantons. L'Université est un service public, pas une entreprise, de même que ses étudiants ne sont pas des clients mais des citoyens. Le moins que nous puissions faire, c'est de maintenir le même niveau de services, voire d'en proposer de nouveaux qui répondent aux aspirations des étudiants et des chercheurs. Comme nous avons de la peine à obtenir les moyens de développer nos hautes écoles, nous avons tout intérêt à collaborer pour partager les frais.

Les étudiants ont parfois l'impression qu'il s'agit d'une restructuration, que l'on va supprimer des chaires et qu'ils devront naviguer comme des abeilles entre plusieurs sites. Mais il ne s'agit pas de cela, nous cherchons seulement les domaines où mener une politique conjointe est le plus profitable, en particulier pour la recherche. Ainsi le rapprochement avec Genève ne concerne pas les étudiants de premier certificat, mais surtout ceux de deuxième et troisième cycles. Il a permis de mettre sur pied de nouveaux postgrades, comme celui en droit des affaires qui connaît un grand succès, preuve que les étudiants réagissent favorablement.

Quel est l'avenir de la CUSO dans un paysage universitaire romand qui semble de plus en plus séparé en deux entités (BENEFRI d'un côté et les hautes écoles lémaniques de l'autre) ?

La CUSO reste indispensable parce qu'elle représente un espace de discussion et un outil de coordination entre les universités de Suisse occidentale. Elle a d'ailleurs le mérite de compenser le côté exclusif des alliances interuniversitaires telles que Lausanne-Genève ou BENEFRI. En effet, le risque serait de constituer des fiefs et de se fermer aux autres institutions. Or il faut voir que si Genève est clairement notre partenaire institutionnel, d'autres collaborations ne sont pas exclues. Pour reprendre l'exemple des postgrades, la CUSO fait un bon travail dans la mise en place des diplômes de troisème cycle. On peut tout à fait imaginer qu'un programme commun Lausanne-Genève débouche sur un diplôme romand. Les conventions qui sont passées permettent d'ailleurs d'ouvrir ces programmes à d'autres institutions. Dans certains domaines, en effet, il n'est d'ailleurs pas sûr que deux universités atteignent la masse critique suffisante.

*

De gauche à droite: JörgWinistörfer, Maia Wentland Forte, Jean-Marc Rapp, Mireille Zahnd (secrétaire générale), Walter Wahli, Jean-Paul Dépraz (directeur administratif) et Jacques Diezi.

Photo: A. Herzog

Propos recueillis par Patricia Reymond et Sophie Vassaux

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Prendre soin des personnes âgées

Il est parfois difficile pour les personnes âgées de reprendre une vie normale après un accident ou à une maladie. Les aider à récupérer leur autonomie est la mission des Centres de traitement et de réadaptation.

A l'occasion de leurs dix ans et dans le cadre de l'année internationale de la personne âgée, les Centres de traitement et de réadaptation (CTR) du canton de Vaud organisent une journée d'étude et de réflexion consacrée au problème de la réadaptation.

Destinée à tous les professionnels de la santé et, en particulier, à ceux qui s'occupent de personnes âgées, cette journée aura lieu le 14 septembre à Dorigny. Elle accueillera des spécialistes du domaine (médecins, infirmières, juristes...), de Suisse mais également de France, de Belgique et du Canada, et se terminera par une allocution du secrétaire d'Etat à la recherche et à la science, Charles Kleiber, ancien directeur des Hospices cantonaux.

Pour René Schulé, administrateur du Centre universitaire de traitement et de réadaptation (CUTR) de Sylvana, à Epalinges, «les CTR sont des structures hospitalières qui se situent entre l'hôpital et le retour à domicile ou l'EMS. Ils accueillent une large majorité de personnes âgées, qui nécessitent des soins spécifiques, mais n'ont pas besoin de toute l'infrastructure d'un hôpital en soins généraux».

Interdisciplinaire

La mission de ces établissements est de rendre au patient le plus d'autonomie possible afin de favoriser son retour et son maintien à domicile. Le plus souvent envoyés par un hôpital, les patients sont entourés d'une équipe de médecins, infirmières, physiothérapeutes, ergothérapeutes, diététiciennes et assistants sociaux qui préparent un programme de réadaptation personnalisé.

Avantage économique

C'est pour répondre à un manque de structures d'acceuil pour les patients âgés que les CTR se sont développés. Reconnus officiellement en 1989, le canton de Vaud en compte actuellement neuf. Ceux-ci représentent un avantage économique certain pour l'ensemble du système de santé. En effet, ces établissements n'ont besoin d'aucun équipement lourd (salles d'opération, ou scanners, par exemple) et utilisent un personnel réduit.


Chasse aux sorciers ou néolibéralisme, l'UNIL publie

Georg Modestin. Le diable chez l'évêque, chasse aux sorciers dans le diocèse de Lausanne (vers 1460). Lausanne, 1999 (Cahiers lausannois d'histoire médiévale; 25).

Le diable sévit sur les terres de l'évêque! Face au danger, autorités et dominicains de Lausanne mettent en place un tribunal de l'inquisition qui se révélera un instrument de répression très efficace. Des paroissiens d'Henniez, Bulle et La Roche vont subir les rigueurs de sa justice.

L'auteur qui a étudié trois procès nous fait partager le sort des malheureux accusés, depuis leur dénonciation, jusqu'au bûcher. Soumis à la torture, harcelés de questions dont la dialectique leur échappent, ils s'accusent des crimes les plus improbables: reniement de Dieu, adoration du diable, infanticide et cannibalisme. Ce livre esquisse un arrière-plan social des accusés qui permet souvent de saisir les conflits à la base des accusations de sorcellerie.

André Mach (dir.). Globalisation, néolibéralisme et politiques pu-bliques dans les Suisse des années 1990. Zürich: Seismo, 1999.

En dix ans, la Suisse a connu une vague sans précédent de réformes de ses politiques sociales et économiques. Ces changements renvoient à des facteurs structurels tels que la mondialisation ou la progression du chômage, mais André Mach pense qu'ils sont aussi une réponse aux impulsions politiques données par les acteurs de l'économie suisse. S'il est encore difficile de mesurer la portée de ces bouleversements, l'auteur et des étudiants avancés en SSP ont voulu identifier les partisans du néolibéralisme et leurs revendications et analyser leur influence dans les dossiers d'actualité: privatisation des PTT, révisions de l'AVS, loi sur les cartels, politique agricole.

Claude Calame. Mondher Kilani. La fabrication de l'humain dans les cultures et en anthropologie. Lausanne: Payot, 1999.

Pour définir un modèle humain, les sociétés ont utilisé divers moyens qui vont du mythe à la stratification des rapports sociaux, tandis que le discours anthropologique recourt à des métaphysiques ou des modèles cognitifs. Fruit de cette réflexion, le livre propose plusieurs pistes.

Parmi celles-ci, Annamaria Rivera explore les nuances de la relation homme-animal tandis que Thomas Laqueur illustre sa réflexion par le problème de l'esclavage. Claude Blanckaert présente les classifications anthropologiques des Lumières et Françoise Héritier parle des implications sociologiques de la reproduction assistée sur la «fabrication de l'humain». (pr)

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Le CAP pour une Afrique économiquement forte

A l'aube du 3e millénaire, l'Afrique reste en marge des échanges économiques internationaux. Pour faire le lien entre les entrepreneurs africains et l'économie suisse, des membres de la diaspora africaine ont créé un Centre africain de promotion économique (CAP) qui a son siège à l'UNIL.

L'une des conséquences de l'isolement africain est son faible attrait pour les investisseurs, tandis que le continent exporte peu de produits à valeur ajoutée. Il n'est donc pas surprenant que, les conditions de vie de ses populations se détériorent, favorisant les crises sociales. Les guerres qui secouent le continent témoignent de la faillite d'un développement qui privilégie l'aide internationale au détriment de la création des richesses.

L'augmentation du prix des importations, le coût du crédit et les dépréciations monétaires ont fait chuter la croissance industrielle de 4,5% en 1995 à 2,5 en 1997. Les investissements directs étrangers restent faibles: 5 milliards de dollars sur les 350 investis dans le monde en 1996. Pourtant l'Afrique a des atouts: une population jeune, une diaspora solidaire, des consommateurs dont les besoins sont loin d'être satisfaits et des richesses naturelles à profusion.

Des opportunités nouvelles

Les investisseurs s'intéressent de plus en plus aux marchés extra-européens mais concentrent leurs efforts sur les pays émergents (les tigres). Les crises asiatique et brésilienne offrent une opportunité de mieux profiler les pays africains, ceux de l'Afrique subsaharienne, par exemple, qui ont suivi ces dernières décennies des programmes d'ajustement structurel qui ont amélioré leur compétitivité même si les populations ont supporté les coûts sociaux élevés. De nouvelles institutions sont créées, permettant une harmonisation du droit des affaires. Voilà qui pourrait attirer les investisseurs et le CAP se propose de faire connaître les marchés africains. «Nous voulons servir de relais, explique Kpate Adjaoute, professeur-assistant en HEC, parce qu'il est parfois difficile d'obtenir des données économiques fines, en dehors des indicateurs macroéconomiques livrés par le FMI.» Le CAP veut montrer que l'Afrique offre des secteurs prometteurs. Il fera d'ailleurs le tour des chambres de commerce africaines pour les identifier.

Patricia Reymond

Créer des liens avec le Sud

La création d'un centre comme le CAP doit beaucoup au bénévolat de ses membres. D'ore et déjà, ils peaufinent leur programme. Etat des lieux et perspectives...

Face aux pessimistes, les initiateurs du CAP dévoilent ses atouts: un esprit panafricain, de la motivation et des relations. Tout cela lui devrait permettre d'être un intermédiaire entre les acteurs économiques des deux continents. C'est pourquoi, le centre a reçu le soutien de la commission nord-sud de l'UNIL qui hébergera le CAP. Une occasion pour notre Alma Mater de renforcer sa visibilité puisque le CAP a déjà noué des contacts en Europe et aux USA.

Mais ses promoteurs se font peu d'illusions: la route sera semée d'embûches. Parmi celles-ci figure le faible attrait de l'Afrique pour les entrepreneurs suisses. Parce que ce continent traîne une réputation d'instabilité et de corruption... mais aussi parce notre tissu économique est dominé par des PME dont les aires d'influence sont locales ou spécifiques (ainsi les industries de précision exportent vers les pays industrialisés). A cela s'ajoute une méconnaissance mutuelle. Car si les Suisses s'intéressent peu à l'Afrique, les Africains connaissent mieux les entreprises françaises, américaines ou anglaises déjà implantées sur le continent pour des raisons historiques.

Pour dialoguer, il faut se connaître. C'est pourquoi le CAP veut organiser des colloques et des conférences, multiplier les prises de contact à tous les niveaux (par exemple en aidant des jeunes à trouver des stages ou des jobs en Afrique) et, pourquoi pas?, proposer des modules d'enseignement. Actuellement, il existe peu de possibilités pour les étudiants HEC de suivre des cours en économie du développement depuis la retraite du professeur Marc Iffland. (pr)

L'avenir appartient aux électriciens d'Afrique

Pour 1999-2000, le CAP se concentre sur un projet relatif au secteur énergétique. en organisant un symposium sur le thème «Rôle possible des entreprises et institutions suisses dans le développement et le financement du secteur électrique en Afrique». Pourquoi ce secteur? «Parce qu'il est porteur. A une forte demande africaine correspond en Suisse une saturation du marché, dit Edgar Gnansounou, diplômé de l'EPFL, par conséquent les entreprises électriques suisses pourraient s'internationaliser.» Le projet répond bien à la philosophie du CAP. «Nous voulons être opportunistes. Identifier les besoins de part et d'autre, rechercher les correspondances et ne pas nous disperser.» (pr)

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