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1657

Jean-François Sarasin, Epître à Monsieur le comte de Fiesque

Jodelet supérieur aux comédiens italiens

Dans ce récapitulatif des plaisirs parisiens que l'on peut trouver à cette date, le poète fait l'éloge de la comédie italienne mais présente Jodelet, plus récemment venu, comme encore plus comique qu'eux :

Encore faut-il parler du théâtre,
Où tu soulais parfois t’aller ébattre
Au temps passé. Toujours y sont les farceurs
Italiens, bons et mauvais gaudisseurs.
Toujours y sont le fameux Scaramousse,
Grand médecin, qui ne va pas en housse,
Mais vole en l’air comme un esprit malin ;
Et des bouffons le bouffon Trivelin,
Encor faut-il te parler du théâtre ,
Qu'archi-bouffon pourtant je ne dis, parce
Qu'archi-bouffon est Briguelle à la farce.
Toujours y sont Gracian Balançon,
Moult gracieux en sa longue leçon ;
Puis Mario, puis dame Marinette,
Maîtresse mouche et servante finette :
Aurélia, Pantalon mioo,
Virginio caro figlioo,
Lucile enfin, au visage malade,
Et l'Espagnol fort en rodomontade.
Mais le pis est que cet amant pelé,
Disant toujours Se dice che'l sole,
Vêtu toujours comme un valet de fête,
Ce Lilio nous rompt toujours la tête
De lieux communs, ord et vieil pot pourri ;
Et toutefois, du temps du grand Henri,
Il fut, dit-on, parangon des comiques :
«O grand'bonté des chevaliers antiques !"
Hors icelui ces acteurs estimés,
Gens bouffonnants, que dessus ai nommés,
Quand il leur plaît sottise faire ou dire,
Toujours nous plaît l'ouïr, la voir et rire.
Mais toutefois un zani ballotté
Par les sergens, spavento di notte,
Saut, escalade, et telle momerie,
Chicos Binlis et Turcs de Tartarie
Ne me sont rien au prix de Jodelet ;
Non de par lui, je serais un follet,
Voire un grand fol de lui donner la pomme.
Or, entends-moi ; c'est que le petit homme
Que tu connais, et dont on peut prêcher
"L'esprit est prompt, mais infirme est la chair",
A translaté de la langue espagnole ,
N'a pas longtemps, comédie tant folle,
Où Jodelet est si plaisant garçon
Qu'Italiens il jette hors d'arçon.
Tu l'avouerais si la pièce avais lue,
Et plus encor si jouer l'avais vue.
Don Francesco de Rojas est l'auteur
Et Paul Scarron, comme ai dit, translateur ;
Or, sur ceci, comte, s'il te va prendre
Ardent désir de la voir ou l'entendre,
Je te ferai des loges retenir,
Mais je crains bien que n'y puisses venir.

Oeuvres , éd. P. Festuguière, Paris, Champion, 1926, t.I, p. 352.


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